Taxer TOUTES les grandes fortunes européennes, qui est pour et qui est contre? "Il ne faut pas mentir à la population" (vidéo)

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Faut-il mettre en place une taxe européenne commune sur les grandes fortunes ? C'est ce qu'ambitionne notamment Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi et tête de liste PS à l'Europe. Selon lui, cette taxe pourrait rapporter 150 milliards d'euros à l'Union Européenne. Qu'en pensent les autres partis ? C'était au cœur du débat de "C'est pas tous les jours dimanche".

Selon Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi, porte-parole du PS et tête de liste à l'Europe, si chaque pays impose séparément cette taxe sur les grandes fortunes, cela ne fonctionnera pas. Il défend donc une taxe à l'échelle européenne. "Parce que si un seul pays le fait, les exilés fiscaux vont déménager de l'autre côté de la frontière. Si, comme c'est proposé depuis des années, on le fait à l'échelle de l'Europe, peut-être que quelques-uns vont partir vivre ailleurs, mais ça pourra être beaucoup efficace. Et cela pourra rapporter 150 milliards d'euros, ce qui est l'équivalent du budget de l'Union Européenne aujourd'hui. On pourrait doubler le budget et, par exemple, éradiquer en 15 ans la pauvreté des enfants grâce à une taxation sur les grandes fortunes."

Quelle serait le taux de taxation et dans quelle mesure serait-elle appliquée ? "Au-delà d'un million d'euros de capital, en enlevant la maison et l'outil de travail, chacun paierait par exemple 1%."


"Il faut arrêter de taxer les gens"

Invités sur le plateau de "C'est pas tous les jours dimanche", les autres têtes de liste à l'Europe ont également pu donner leur avis sur cette taxation. Pour le MR, c'est non. "Le parti socialiste a développé cette thèse-là en Wallonie et s'est rendu compte que c'était inapplicable, a essayé de l'appliquer à la Belgique tout en se rendant compte que c'était inapplicable, affirme Olivier Chastel, député fédéral MR et tête de liste à l'Europe. Il va falloir convaincre 27 Etats Membres. Et sans doute que bon nombre de concitoyens qui seront concernés par ces taxes iront à 40km de nos frontières, en Angleterre qui aura quitté l'Union Européenne. C'est tout à fait inefficace. Treize pays de l'OCDE avaient cette taxe sur les fortunes et sont revenus en arrière parce que l'impact était négatif pour leurs finances. Il faut arrêter de vouloir absolument taxer les gens. Il y a d'autres alternatives pour alimenter le budget européen, notamment pour la transition climatique."

"Vous savez qu'il ne faut pas les 27, neuf Etats pourraient démarrer et créer cette taxe, réagit Paul Magnette. Et après, distribuer ce bénéfice dans les pays qui taxeraient les plus fortunés. Il faut la volonté politique, je ne dis pas que ce sera facile."


"Commencer par l'impôt des sociétés"

Ecolo et le PTB rejoignent par contre le PS sur cette taxation. "Je suis un peu choqué d'entendre Monsieur Chastel dire qu'il faut arrêter de taxer les gens, explique Philippe Lamberts, député européen Ecolo et tête de liste à l'Europe. Je constate que la justice fiscale explose en Europe depuis que la doctrine libérale prévaut. On nous dit qu'il ne faut pas taxer les gros contribuables potentiels. Résultat: le poids de la charge fiscale repose essentiellement sur les petits. C'est cela qu'il faut changer. Nous devons avoir une approche fiscale en termes de coopération. Là où il faut commencer, c'est sur l'impôt des sociétés. Aujourd'hui, les multinationales se retrouvent à payer entre 0 et 5% d'impôts alors que les PME se retrouvent à payer le taux nominal, qui varie entre 12 et 34%."

"Le faux argument qui est que les riches vont s'enfuir, on a vu en France que ça n'a pas été le cas, ajoute Marc Botenga, tête de liste PTB à l'Europe . Il y a eu 1% des Français qui ont quitté le pays. L'impact était donc très positif. Il faut arrêter avec ce faux argument qui est toujours utiliser pour épargner les riches et taxer les petites personnes."


"Cette compétence n'existe pas"

Du côté du cdH, la réponse est plus nuancée. "On doit sortir de la posture politique et être dans l'efficacité, la justice sociale et fiscale, affirme Benoît Lutgen, député fédéral cdH, bourgmestre de Bastogne et tête de liste à l'Europe. Aujourd'hui, l'Union Européenne n'a pas la compétence fiscale pour lever un impôt. Cette compétence n'existe pas au niveau de l'Union Européenne. Ce sont les Etats membres qui ont la réalité de l'imposition. Il ne faut pas mentir à la population. Bien sûr qu'on doit faire contribuer ceux qui ont les épaules les plus larges dans notre société, en les incitant aussi à investir dans des projets de lutte contre le réchauffement climatique, des projets de PME. S'ils ne réinvestissent pas au niveau de l'Union Européenne et dans nos contrées, il doit y avoir une taxation. On peut faire en sorte que chacun contribue justement à l'emploi dans nos territoires et peut-être qu'on aura des projets qui créeront de l'emploi pour tout le monde."

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