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Toujours plus de Belges, comme Florence ou Véronique, se mettent en société: quels sont les avantages?

Toujours plus de Belges, comme Florence ou Véronique, se mettent en société: quels sont les avantages?
 
 

La grande majorité des PME (Petites et Moyennes Entreprises) belges ne sont constituées que d'une seule personne. Il y en a désormais plus de 823.000. La majorité d'entre elles sont des indépendants et des entreprises sans employé. C'est le cas de Florence et de Véronique qui se sont lancées récemment.

Florence Renson fait ce qu'elle aime. Tout simplement. Elle a sauté le pas il y a un peu plus d'un an, en octobre 2019. Ce pas, c'est la création de SA société de compléments alimentaires. Une entreprise dont elle est l'unique patronne et l'unique travailleuse. C'est ce qu'on appelle une PME sans employé. En 2019, le nombre de ces entreprises a continué d'augmenter : + 4% par rapport à 2018. Il y en avait 823.345 dans notre pays.

Lorsqu'elle était petite, l'habitante de Seraing en région liégeoise ne rêvait pas d'entreprise, ni de business plan mais de pouvoir créer ses formules. Passionnée par tout ce qui entoure la nutrition, elle raconte qu'elle ambitionnait de réaliser un sirop pour les enfants "avec un bon goût". C'est donc assez naturellement qu'elle s'est tournée vers des études de bio-ingénieur chimiste. Son diplôme en poche, elle a travaillé successivement pour plusieurs employeurs dans le domaine de l'alimentation et de la nutrithérapie, durant un peu moins de 5 ans. Jusqu'à ce qu'elle se rende compte qu'il lui manquait quelque chose dans sa vie de salariée : "Je n'étais plus en accord avec l'éthique, avec la manière dont les choses se passaient. Et n'ayant pas encore d'enfant, ni de maison à payer, je me suis lancée", confie la jeune femme de 30 ans.

Je ne savais pas coudre, donc je me suis mise derrière une machine et j'ai regardé des tutos

Florence n'est pas passée par la case indépendant avant de créer sa société, au contraire de Véronique Vermeeren. Après un peu plus de quatre ans d'activité, cette créatrice de Nivelles (Brabant wallon) vient tout juste de lancer sa micro-entreprise en décembre dernier. Suite à deux burn-out, cette ancienne responsable de communication a choisi de créer son emploi à partir de quelque chose qui la faisait vibrer. Elle a commencé à travailler un produit noble, qui pousse en Belgique : le lin, pour développer petit à petit sa marque de linges de maison, Lina Luxe. "J'y croyais vraiment, j'ai pris la vague il y a quatre ans, on ne parlait pas trop de local mais je sentais qu'il fallait que je me lance". Et elle a dû redémarrer à zéro : "Je ne savais pas coudre, donc je me suis mise derrière une machine et j'ai regardé des tutos". Malgré cela, la magie a opéré assez rapidement : "Ma première couture s'est faite de manière assez fluide. Puis, j'ai commencé les ventes à domicile", détaille Véronique.

Plus de 80 % des PME sont sans employé

En tout, il y avait 1.009.018 PME (petites et moyennes entreprises) en Belgique en 2019. La catégorie des entreprises sans employé est donc largement dominante : plus de 80 % avec 823.345 activités de ce type. Une tendance qui s'inscrit dans la durée. Ces dix dernières années, les PME sans salarié ont affiché la plus forte augmentation : + 3,4 % en moyenne.

Parmi ces PME sans employé, il y a 437.727 indépendants et 385.618 sociétés, dont 243.924 SPRL (société privée à responsabilité limitée, devenue au 1er janvier 2020 la SRL) et 141.694 autres sociétés (société anonyme, etc.).

Au 31 décembre 2019, parmi les 987.648 PME domiciliées en Belgique, 616.745 étaient situées en Flandre (62,4%), 260.436 en Wallonie (26,4%), 110.467 à Bruxelles-Capitale (11,2%).

Les entreprises sans salarié dominent dans les principaux secteurs d'activité. Elles englobent plus de 88 % des PME actives dans les domaines spécialisés, scientifiques et techniques. Elles sont largement présentes aussi dans les services, les technologies de l'information et de la communication. Elles sont un peu moins représentées, même si elles sont toujours plus importantes en nombre que les entreprises employant des salariés, dans les secteurs de l'horeca, du commerce et de la construction. Des activités nécessitant plus souvent de travailler en équipe.

Les PME belges actives dans l'industrie manufacturière (la fabrication de biens), catégorie dans laquelle se retrouvent nos deux entrepreneuses, sont dans plus de 71 % des cas, sans employé. Les chiffres relevés ici concernent l'année 2019, la crise sanitaire a très certainement eu un impact négatif sur les créations d'entreprises en Belgique, mais il n'y a pas encore de données pour le mesurer.

Je fais tout et c'est très concret mais je ne compte pas mes heures

Si ces entreprises sont sans employé, elles ne manquent souvent pas de travail. En plus d'avoir développé les formules et compositions de sa gamme de compléments alimentaires, Florence est secrétaire, déléguée commerciale, préparatrice de colis, livreuse et elle assure également le service après-vente : "Je fais tout et c'est très concret et enrichissant, j'apprends plein de choses". Faire ce qu'elle aime lui permet d'accepter plus facilement le revers de la médaille : "Je compte beaucoup moins mes heures... mais sans employé, j'ai aussi moins de compromis à faire sur ce que je veux, la qualité que je choisis", souligne la jeune femme. Florence veut avant tout produire des articles qui s'inscrivent dans une démarche éthique et respectueuse de l'environnement.

Ne pas compter ses heures, Véronique y est également habituée : "Je travaille toute seule donc je n'ai pas d'horaire, parfois jusqu'à minuit. Il faut souvent plusieurs heures pour réaliser une seule pièce, car la finition doit être impeccable. Mais le week-end, j'essaye de ne pas 'produire', je me concentre sur la communication, la créativité".

Me lancer en société, c'était presque une obligation

Florence a créé sa société vers la fin de l'année 2019 mais avec la crise sanitaire, le démarrage a été plus lent que prévu, les fournisseurs étaient à l'arrêt. Ses produits sont donc arrivés sur le marché en septembre 2020. 31 points de vente proposent sa gamme de 10 compléments alimentaires Nutrifix (du produit anti-stress à celui pour renforcer les articulations). Et pour l'instant, "les ventes se passent bien" même si elle ne peut pas encore se payer de salaire : "Une société a besoin de deux, trois ans pour arriver à l'équilibre. Ma priorité, c'est de faire connaître mes produits".

Former une SRL (société à responsabilité limitée) pour Florence, "c'était presque une obligation. C'est non seulement plus avantageux et aussi plus logique : pour des questions de crédibilité, il fallait déposer une marque". La maturation de son projet a pris à peu près un an. Et pour ce qui est des formalités administratives, elle considère que cela n'a pas pris beaucoup de temps. La jeune entrepreneuse a bénéficié des conseils de l'UCM, l'Union des classes moyennes : "Cela fait peur de se lancer, on se lance dans l'inconnu, on se pose des questions : est-ce que cela va marcher ? L'important, c'est de se faire bien accompagner."

Plus de formalités mais des avantages fiscaux importants

Comme l'a pointé Florence, se lancer dans une activité en société est plus "prudent" et comporte plusieurs avantages mais la préparation et les formalités à remplir sont plus importantes. Débuter en tant que personne physique est assez simple et rapide : il faut obtenir un numéro d'entreprise auprès du Guichet d'entreprises et demander une identification à la TVA.

Il faut aussi rédiger des statuts qui seront publiés au Moniteur belge.

Un plan financier est également nécessaire. Ce document doit contenir une estimation des revenus et des dépenses de l’entreprise pour au moins deux ans. Il s’agit d’évaluer la viabilité financière de la société.

En ce qui concerne la grande majorité des formes de société, il faut se rendre chez le notaire (notamment dans le cas d'une SRL, société à responsabilité limitée).

Et il faut également affilier l'entité à une caisse d'assurances sociales.

En tant qu'indépendante, j'allais travailler pour payer

Un indépendant personne physique engage l'entièreté de son patrimoine dans son activité. Concrètement, en cas de faillite, ses biens propres peuvent être saisis ainsi que la part qu’il détient dans des biens communs (avec son conjoint par exemple). Par contre dans une société, la responsabilité peut être limitée à l'apport dans l'entreprise. Ce qui veut dire que, dans une SRL par exemple, les biens personnels du dirigeant de la société sont protégés et donc non saisissables, en principe.

La fiscalité peut aussi s'avérer plus intéressante dans le cadre d'une activité en société. Le montant des impôts pour les sociétés est en général beaucoup plus bas. En clair, l’impôt des personnes physiques pour les indépendants tourne rapidement autour des 53 à 54 %. Par contre, le taux de l’Isoc, l’impôt des sociétés, est en général de plus ou moins 30 %. Il peut même atteindre 20 % (pour la première tranche de 100.000 euros de revenus imposables).

Je suis partie de rien et voir aujourd'hui tout le chemin parcouru en quatre ans, il y a une grande fierté

Véronique a elle aussi décidé de passer en société, en raison des avantages, notamment fiscaux. Pour éviter de voir une grande partie de ses revenus engloutie dans les taxes, elle a créé une SNC, société en nom collectif  : "Mon chiffre d'affaire est produit par mes deux mains. Sinon en tant qu'indépendante, j'allais devoir travailler pour payer. Quand on est artisan, créateur, la pilule est un petit peu difficile à avaler", résume-t-elle.

Elle a opté pour ce type de société, car il n'y a pas d'acte notarié, ni de frais : "C'est la forme la plus rapide à mettre sur pied". Par contre, sa responsabilité n'est pas limitée en cas de faillite, contrairement à la SRL.

Sur son choix de vie, elle explique qu'elle ne peut pas s'imaginer retourner à un travail salarié : "Je me repositionnerais, je me battrais...". Mais elle ne se voit pas retravailler dans un open space.

Elle aime sa liberté même s'il y a aussi beaucoup de contraintes : "Etre son propre patron, c'est un confort de vie. Je travaille de chez moi, je fais un métier passion et je suis là pour mes enfants".

Certaines nuits, j'ai peur mais je l'accepte volontiers

Et "c'est valorisant de me voir grandir, je suis partie de rien et voir aujourd'hui tout le chemin parcouru en quatre ans, il y a une grande fierté", ajoute la quadragénaire.

Son objectif à terme, ce serait de pouvoir transmettre son savoir-faire, pourquoi pas à ses enfants et de pouvoir créer de l'emploi. Souhait partagé par Florence, qui elle non plus ne peut concevoir un retour à son ancienne vie : "Je suis toujours sur mon petit nuage, même si c'est quand même un peu stressant. Parfois, certaines nuits, j'ai peur et j'ai de longues journées mais je l'accepte volontiers, c'est un changement tellement gratifiant".

Véronique formule un conseil à l'attention de ceux qui voudraient se lancer. Il faut, dit-elle, "oser être animé par quelque chose qu'on a à l'intérieur de nous".

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