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"Fric-Frac", la bonne pioche de Michel Fau, chantre du théâtre oublié

Kenzo TRIBOUILLARD

Depuis quelques années, Michel Fau s'attèle à exhumer de petits trésors du théâtre de boulevard. Dernière trouvaille: "Fric-Frac", une comédie sur une rencontre entre bourgeois et truands teintée d'une gouaille bien parisienne.

Après "Douce Amère", comédie oubliée de Jean Poiret, le metteur en scène remonte cette pièce savoureuse d'Edouard Bourdet, qui avait été adaptée au cinéma en 1939.

Sur la scène du Théâtre de Paris, Julie Depardieu, Michel Fau et Régis Laspalès reprennent la suite d'Arletty, Michel Simon et Fernandel.

Cette étude de moeurs tout en humour sur la basse pègre des faubourgs et la petite bourgeoise mesquine d'avant-guerre, avait été remontée une première fois sur scène en 1971.

"J'aime les textes oubliés. Il y a plein d'auteurs à redécouvrir dans le boulevard, ceux de Montherlant, de Marivaux, de François Mauriac, Marcel Aymé, d'Anouilh ou Achard", confie à l'AFP Michel Fau.

"Ce n'est pas parce que ce n'est plus à la mode que ce n'est pas bien! L'opéra fait renaître des oeuvres passées de mode. Il y a le même travail à faire au théâtre", estime-t-il.

Avec "Fric-Frac", la gouaille et l'argot des titis parisiens fait son grand retour. Il y est notamment question d'oseille (argent), de cave (honnête homme qui se laisse duper) et de fleur de nave (imbécile).

Loulou (Julie Depardieu) attend que son homme sorte de prison. Pour trouver de l'argent, elle se sert du naïf Marcel (Régis Laspalès), employé de bijouterie, pour organiser un cambriolage avec le veule Jo (Michel Fau).

"J'aime quand le théâtre de boulevard dit des choses de façon divertissante et parfois délirante", souligne encore le metteur en scène et comédien.

"Depuis quelques temps, on a eu des choses un peu trop réalistes et sages. Les pièces de Poiret, celles avec Maria Pacôme ou Jacqueline Maillan flirtaient avec l'absurde, tout en évoquant des peintures sérieuses de la société", ajoute-t-il.

- "La poésie des petites gens" -

"C'est la rencontre de deux mondes, les truands et les bourgeois, mais ce sont de petits truands et de petits bourgeois. La pièce nous parle de la poésie des petites gens", résume Michel Fau.

Dans le rôle de la bourgeoise hystérique, Emeline Bayart, récemment vue au cinéma dans le rôle de Bécassine, livre une composition irrésistible, au point de voler la vedette aux têtes d'affiche.

Les comédiens évoluent dans d'impressionnants décors en fausses perspectives, aux couleurs pétantes rappelant les premières affiches publicitaires, et apportant une note surréaliste à la fantaisie déjantée de l'oeuvre.

Comédien, chanteur, metteur en scène, grand défenseur du théâtre de boulevard, "art noble", Michel Fau a embarqué en 2015 Catherine Frot dans "Fleur de Cactus", qui a fait un carton.

Il a récidivé un an après avec "Peau de Vache", autre pièce du duo Barillet et Grédy, avec la tornade comique Chantal Ladesou, avant "Douce Amer" sur les vicissitudes du couple.

"Au printemps, je vais monter +Ariane à Naxos+, un opéra de Richard Strauss au Capitole de Toulouse. En avril, ce sera un opéra oublié du XIXe, +Le Postillon de Longjumeau+ d'Adolphe Adam, à l'Opéra Comique, à Paris", annonce Michel Fau, 54 ans, actuellement à l'affiche au cinéma de "L'Amour est une fête", film de Cédric Anger dans l'univers des sex-shops de Pigalle.

"C'est en faisant des choses très différentes que j'ai l'impression d'évoluer, de Tartuffe à Fric-Frac, avant un tour de chant ou un opéra...", dit-il. "J'essaie de me renouveler pour ne pas m'enfermer".

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