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Arthur Ely, le rap pour smasher le spleen

Arthur Ely, le rap pour smasher le spleen
Arthur Ely photographié à Paris le 7 octobre 2019Martin BUREAU

Rêve de tennis refermé sur une blessure, décès de son père, "illusions perdues à l'entrée dans l'âge adulte": Arthur Ely habille sa mélancolie en mode hip-hop, avec une touche éclatante d'humour noir.

"Ma jeunesse qui prend le large/Et moi qui prends de l'âge/J'ai le mal de l'horloge", chante-t-il sur "Le Temps" à... 23 ans. "Je parle comme si je faisais déjà une crise de la cinquantaine, c'est vrai", admet le jeune homme ébouriffé rencontré par l'AFP.

Son sourire en interview rassure après l'écoute des textes sombres de son album "En 3 lettres": "Hier dans l'trom (le métro, ndlr) j'voulais mettre fin à mes jours" ("Soleil") ou encore "Ça y est c'est limpide/Et en fait vivre je valide pas" ("Libre").

"Quand tu es face à ton écriture, tu dramatises un peu tout, j'ai besoin de transformer une vie linéaire en quelque chose de romanesque, explique-t-il posément. Quand j'écris, tout devient très intense, c'est ce que je cherche".

Mais pas question de s'"enfermer dans le pathos, les artistes qui dégoulinent ça me fatigue": "Même au fond du trou, on est des machines à se relever, c'est ça qui est beau".

- "Je me tacle moi-même" -

Sans oublier une ironie - "je me tacle moi-même" - face aux coups du sort et coups de blues. Comme sur "Mayday" où il lâche "J'suis perdu comme ma mère sur Insta (Instagram)". "Dans mes morceaux les plus rock, les plus énervés, il y a cette énergie de vivre, j'envoie tout péter, +on est là pour se marrer+", commente-t-il.

Il dit "rock", oui, car il a commencé par jouer de la guitare électrique, dont les cordes ont remplacé celles de sa raquette de tennis. "Je n'ai fait quasiment que du tennis de 5 ans à 14 piges, je pensais être +pro+, mais j'ai eu une blessure - un problème de croissance, au niveau du dos - vers 15 ans, et je savais déjà que ce serait compliqué d'être +pro+. Mais à 11-12 ans, je faisais partie d'un pôle espoirs".

Pour remplacer les raquettes, "il y avait une ou deux guitares chez moi, mon père en avait fait". Dans "Plus j'avance", titre choc, on entend "2013, j'passe mon bac et mon père se barre". Il faut comprendre qu'il s'agit d'un deuil. "Mon père est décédé quand j'avais 17 ans".

S'en suivent alors des aller-retours entre Strasbourg, où il est né et où vit sa mère, et Paris, où il habite en colocation avec une de ses trois sœurs et où il tente sa chance en guitare-voix dans des "bars, pubs, devant des gens qui bouffent des burgers".

- "Arrêter les métaphores baudelairiennes" -

A cette époque, il traîne aussi avec Jacques, le trublion de l'électro, qui vient de Strasbourg comme lui. "Sa petite sœur est ma meilleure pote, lui commençait l'électro, il habitait dans un squat, c'était un peu mon mentor. Un jour, on marchait, il me dit +il faut que tu puisses faire tes maquettes, prends un +ordi+, c'est plus simple, pas besoin d'avoir des gens à l'heure aux +répét'+".

C'est la bascule, place au rap après les solos façon Jimi Hendrix de son adolescence et la période acoustique post-bac avec écoute frénétique de soul agrémentée de bouts de chanson française.

"J'ai commencé à me poser des questions sur mon écriture, à arrêter les métaphores baudelairiennes +à la con+ (rires). Vald, Kalash Criminel, il y a un truc plus vivant, les mecs avaient faim, il n'étaient pas là pour rigoler".

Ce son urbain, urgent, lui permet de parler de sa vie "de façon concrète, avant je me cachais un peu derrière ma guitare". Le prochain étage de la fusée Ely se détachera sur la scène des "Etoiles", "première date en mon nom, le 27 novembre", avant une tournée en France au printemps.

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