"Dédiaboliser" le survivalisme, malgré l'attente du pire et les couteaux

Panneaux solaires, filtration d'eau, poules et potager, armes contre les pilleurs: Daniel D. est un "prepper". Il se prépare à faire face à une catastrophe, mais rejette l'image associée aux survivalistes américains "armés jusqu'aux dents".

C'est d'ailleurs le message affiché par "le premier salon du survivalisme en Europe" qui a lieu à Paris jusqu'à lundi: "dédiaboliser" ce mouvement en insistant sur "la résilience, la prévention des risques et l'autosuffisance", explique à l'AFP l'un des organisateurs, Clément Champault.

"On ne parle pas d’apocalypse zombie, pas d'extraterrestres qui arrivent sur la planète, mais on parle de risques réels, séismes, très fortes chutes de neige, tempêtes", et des moyens d'être "en capacité d'absorber le choc", poursuit-il.

Rations de survie lyophilisées, kits de premiers secours, éoliennes individuelles, système de filtration d'eau, stages de survie en pleine nature ou simple matériel de trek, mais aussi détecteurs de radioactivité, masques à gaz, chambres fortes... Les exposants proposent équipements et méthodes destinés à répondre à une catastrophe locale ou à plus large échelle.

"Mais l'équipement ne sert à rien sans le savoir-faire", relève Daniel D., venu d'Annecy pour l'événement.

- "Hordes sauvages" -

Le sexagénaire qui sait chasser, pêcher et reconnaître les plantes comestibles, a ainsi dépassé son "goût du secret" pour rejoindre un petit groupe de "preppers", chacun avec ses "compétences", comme un infirmier et un mécanicien, qui se réunissent tous les mois.

"Je ne suis pas un survivaliste -- la survie ce sera pour ceux qui ne seront pas préparés. Je suis dans l'autonomie: il faut être équipé, informé, et préparé aux risques, inondations, séismes, avalanches, ou un séisme social comme mai 68", insiste encore Daniel D., avec ses airs de "Monsieur tout le monde", cheveux blancs et chaussures de ville.

Mais si cet ancien militaire d'un régiment de transmission assure ne pas vivre dans la peur, il garde chez lui "une arme de poing et une arme d'épaule". "S'il y a une rupture de la normalité, les gens ne respecteront plus les lois, les forces de l'ordre ne pourront pas faire face à ces hordes sauvages qui iront piller", justifie-t-il.

"On protège sa famille avant tout, sans avoir l'esprit (survivaliste) américain", renchérit Laurent Berrafato, directeur de la publication du magazine Survival. "C'est une philosophie avant tout pacifiste, mais pacifiste, ça ne veut pas dire +je vais vous laisser faire+, attention!".

Et si le salon ne vend pas d'armes à feu, les gilets pare-balles, casques, couteaux, haches et autres machettes sont légion.

"Derrière les couteaux, les kits de secours, il y a un business. Derrière l'histoire que raconte le survivalisme, le teotwawki ("the end of the world as we know it", la fin du monde tel que nous le connaissons, ndlr), il y a une culture de consommation", explique Bertrand Vidal, sociologue à l'université Paul-Valéry de Montpellier.

- "Demain pire qu'aujourd'hui" -

Mais pas seulement. Le survivalisme, "c'est réveiller le sauvage, le primitif qui est en soi, le John Rambo qui est en soi", poursuit-il, décrivant une contre-culture à l'"imaginaire angoissé" née aux Etats-Unis dans les 1960 dans des cercles xénophobes.

Depuis, "les peurs ont changé et maintenant les menaces qu'entrevoient les survivalistes contemporains, que je préfère appeler preppers, sont plus axées sur l'angoisse écologique, le changement climatique", même si certains pointent encore du doigt l'immigration, ajoute le spécialiste qui estime à quelques milliers la communauté en France.

Le comportement survivaliste n'est pas pour autant réservé à ce mouvement, comme en témoignent certains visiteurs.

"C'est un état d'esprit. On essaie de se préparer un peu, est-ce que s'il y a un accident j'ai une trousse de secours dans ma voiture?", commente Cédric, 32 ans, qui a chez lui "le minimum, quelques packs d'eau".

D'autres essaient de mettre en avant l'environnement. "Ecologie et survivalisme sont toujours liés. C'est pour ne pas oublier mère nature", note ainsi Laurent Berrafato.

Mais pour Bertrand Vidal, les deux imaginaires sont bien différents. "L'écologiste va cultiver son jardin pour rendre la planète meilleure quand le survivaliste le fait pour survivre", persuadé que "demain sera pire qu'aujourd'hui".

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