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A Lausanne, les jeunes militants pour le climat préparent l'avenir

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"La motion est approuvée à 99%". Des cris de joie éclatent, des adolescents s'enlacent... Ces jeunes militants pour le climat, qui font grève depuis des mois le vendredi comme Greta Thunberg, sont venus des quatre coins d'Europe en Suisse pour débattre de l'avenir de leur mouvement.

L'adoption en plénière de revendications communes, fruit de quatre jours de travail sur le campus de l'université de Lausanne, traîne en longueur en ce jeudi soir. Des jeunes de "Fridays for future" discutent des objectifs dont ils veulent se doter, pour les présenter vendredi au dernier jour de ce "sommet" auquel a participé Greta Thunberg, l'adolescente suédoise devenue la figure de proue de la jeunesse engagée contre le réchauffement.

Les discussions sont vives, un participant a une objection, d'autres demandent des éclaircissements. Mais l'assistance reste quasi silencieuse grâce aux gestes de communication non verbale: bras croisés pour marquer son opposition, un C formé avec la main pour une clarification...

Les applaudissements sont rares. Mais quand le texte est approuvé, par consensus, les jeunes ne s'en privent pas. Comme leurs aînés la veille à Genève pour saluer le dernier rapport du Giec.

Ils se sont finalement mis d'accord sur trois revendications communes: "assurer la justice climatique et l'équité", "maintenir la hausse de température mondiale en dessous de 1,5°C comparé aux niveaux pré-industriels" et "écouter la meilleure science actuellement disponible".

- "Grande liberté" -

Greta a 16 ans, elle est venue de Montpellier. Elle a rejoint le mouvement en mars, quand des centaines de milliers d'écoliers sont descendus dans la rue pour réclamer la "justice climatique".

"Ça fait des mois qu'il y a des grèves et il ne faut pas que ça s'essouffle", dit cette grande brune à l'AFP. Son autre motivation: "rencontrer enfin les gens", après des mois d'échanges sur internet.

Entourée d'une dizaine d'autres Français, elle profite du dîner offert sur une terrasse du campus, face au lac Léman et une prairie où paissent des moutons.

L'université a mis à disposition des locaux, la ville des logements gratuits, les repas sont confectionnés avec des invendus de supermarchés.

"On a eu une grande liberté" pour choisir les thèmes débattus, raconte Greta. Le travail en plénière a abouti à une base commune, tout en confrontant les participants à la difficulté de prendre en compte les différents points de vue et les cultures.

"Ça nous a tous fait grandir", estime Kelmy Martinez, 21 ans, un des co-organisateurs.

Les jeunes ont participé à une soixantaine d'ateliers. Vendredi après-midi, rejoints par des familles et des "grands-parents pour le climat", ils ont défilé dans les rues de Lausanne, au cri de "la justice climatique, maintenant" ou "révolution".

- Pas "stupide" -

"C'est très enrichissant de se parler directement", complète Valentine, 17 ans, venue de Chambéry. A tel point qu'un autre rassemblement est prévu.

Le plus jeune des 450 participants a 11 ans. La moyenne d'âge tourne autour de 18-20 ans. Ils sont venus d'Irlande, de Scandinavie, d'Italie, de Chypre, de Russie, du Liban...

Certains ont rejoint "Fridays for future" cet hiver, d'autres plus tard, inspirés par la grève scolaire pour le climat lancée par Greta Thunberg.

"Une génération s'est identifiée à elle (...) Mais ce n'est pas une leadeuse", précise Valentine. Ces adolescents et jeunes adultes tiennent à la nature horizontale et décentralisée de leur mouvement, sans porte-parole ni chef(fe) de file.

Parmi eux Christopher détonne. Cet Irlandais d'une cinquantaine d'années au sourire jovial a accompagné sa fille Saoirse, 14 ans, pour ce long périple en ferry et en train.

"Elle fait la grève tous les vendredis", raconte ce chercheur. "Je ne l'encourage pas, mais je la soutiens".

Saoirse, elle, assure repartir avec "un peu plus d'espoir et de motivation". Une nouvelle grève globale est prévue en septembre, quand se tiendra un sommet sur le climat de l'Onu à New York.

"C'est difficile d'argumenter d'un point de vue d'adulte que ce qu'ils font est stupide, car ça ne l'est pas" au vu de la connaissance scientifique, reprend le père, tout en lançant à sa fille que "si on veut changer les choses, il faut étudier".

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