"Air Cocaïne" : un des condamnés a quitté Saint-Domingue pour la France

L'expert français en sûreté aéronautique Christophe Naudin, escorté dans un tribunal de Saint-Domingue, le 27 septembre 2016ERIKA SANTELICES

Le Français Christophe Naudin, condamné à cinq ans de prison par la justice dominicaine pour son rôle dans la fuite des deux pilotes français impliqués dans l'affaire "Air Cocaïne", a quitté la République Dominicaine pour la France où il va continuer à purger sa peine, a annoncé jeudi le parquet général dominicain.

Il a été à livré à aux "autorités venues de France pour le transférer", a déclaré à l'AFP une porte-parole du procureur général, Julieta Tejada.

Elle a précisé que Christophe Naudin faisait le voyage à bord d'un appareil de la compagnie aérienne espagnole Iberia, qui a quitté à 17h25 heure locale (21h25 GMT) l'aéroport de Las Américas, à Saint-Domingue, et fera escale à Madrid.

Christophe Naudin "est attendu vendredi dans la matinée à l'aéroport de Roissy", au nord de Paris, avait précisé dans la journée à l'AFP une source aéroportuaire française.

Son retour sur le territoire français constitue un nouvel épisode dans une histoire aux nombreux rebondissements depuis la nuit du 19 au 20 mars 2013, quand Bruno Odos et Pascal Fauret avaient été interpellés à Punta Cana.

Le Falcon 50 qu'ils pilotaient s'apprêtait alors à décoller pour Saint-Tropez (sud de la France) avec 680 kilos de cocaïne à son bord.

Condamnés à 20 ans de prison par la justice dominicaine, ils avaient pris la fuite dans des conditions rocambolesques en octobre 2015, avant leur procès en appel, avec l'aide de Christophe Naudin, du député européen (ex-Front National, FN) Aymeric Chauprade et de Pierre Malinowski, assistant parlementaire de l'ancien président du FN Jean-Marie Le Pen et de M. Chauprade.

Expert en sûreté aéronautique âgé de 54 ans et habitué des plateaux télé français, Christophe Naudin n'a jamais caché sa participation à l'évasion, qui devait selon lui réparer un "déni de justice".

Mais il a dû en payer le prix : extradé en mars 2016 d'Egypte, où il effectuait une mission, vers Saint-Domingue, il y a été incarcéré et s'est vu infliger cinq ans de prison et 33.000 dollars d'amende.

- État de santé "dégradé" -

A son arrivée à Paris, Christophe Naudin "sera présenté au parquet de Bobigny en vue de son incarcération dans une maison d'arrêt francilienne", selon la direction de l'Administration pénitentiaire (DAP).

Ce retour a été rendu possible par un accord conclu entre les deux pays en 2009, et qui s'applique au cas de l'expert français car celui-ci a admis sa "responsabilité pénale et sa participation à l'évasion" des pilotes, a souligné le parquet dominicain.

En état de "perpétuelle inquiétude" dans le quartier de haute sécurité de la prison de Najayo, M. Naudin, qui est de santé fragile, a "perdu 35 kilos", avaient déclaré en octobre dernier des membres de son comité de soutien lors d'une conférence de presse.

"Son état de santé est considérablement dégradé", a dit à l'AFP son avocat français, Stephen Monod. "Ses conditions de détention ont été extrêmement difficiles", ont ajouté Eric Dupond-Moretti et Antoine Vey, les avocats français qui ont négocié son rapatriement.

"Il était impératif qu'il soit transféré en France auprès de sa famille, où ses conditions de détention seront meilleures et où il sera soumis au régime d'exécution et d'application des peines de droit français", ont-ils dit à l'AFP.

L'avocat dominicain de Christophe Naudin, Miguel Valerio, a précisé que son client devrait encore purger deux ans et neuf mois dans une prison française.

Quant aux pilotes du Falcon 50, ils n'en ont pas fini avec la justice, française cette fois: en décembre, la chambre de l'instruction de la cour d’appel d’Aix-en-Provence a ordonné le renvoi devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône de 11 des 14 personnes mises en examen dans le dossier Air Cocaïne, dont MM. Odos et Fauret.

Contrairement aux pilotes, un autre Français, Nicolas Pisapia, présenté comme passager de l'avion où la cocaïne a été découverte, est toujours en République dominicaine, où il a été condamné en appel en 2016 à 20 ans de prison. Il a saisi la Cour suprême.

Un autre passager du Falcon 50, le Français Alain Castany, lui aussi condamné à 20 ans de réclusion, a été transféré en juin 2017 en France pour raisons de santé. Il avait été hospitalisé plusieurs mois dans un état grave après avoir été fauché par une moto sur le sol dominicain.

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