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"Davos du désert": Ryad ouvre ses bras aux dirigeants mondiaux

Des participants du Future Investment Initiative (FII) discutent lors de ce forum organisé à Ryad, le 29 octobre 2019Fayez Nureldine

Hauts responsables américains, présidents étrangers et dirigeants de grandes firmes internationales: l'Arabie saoudite a lancé mardi son "Davos du désert" en grande pompe, à l'opposé de l'édition de 2018 désertée par de nombreuses personnalités en raison du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Plus de 300 participants venus de 30 pays participent au Future Investment Initiative (FII) à Ryad, un événement annuel de trois jours destiné à projeter l'image d'un pays attrayant pour les investissements étrangers.

Le succès de cet évènement aidera aussi, selon des analystes, à réparer l'image du prince héritier, Mohammed ben Salmane, tenu responsable par une experte de l'ONU et la CIA du meurtre de Jamal Khashoggi, qui était proche du régime saoudien avant de le critiquer.

Le prince Mohammed a fait une apparition discrète dans l'après-midi, installé dans la salle de conférence et affichant un large sourire, lors de l'allocution de responsables étrangers, selon un communiqué et des photos publiés par l'agence de presse officielle SPA.

La presse étrangère a eu un accès restreint à la salle de conférence.

"C'est une victoire majeure" pour le prince héritier, a estimé auprès de l'AFP Samuel Ramani, un chercheur de l'Université d'Oxford, selon lequel le monde des affaires "se remet du meurtre de Khashoggi".

"Plus de 6.000 responsables et participants sont présents. C'est plus du double de la première édition du FII (en 2017), la progression a été incroyable", s'est félicité Yasir Al-Rumayyan, directeur-général du fonds souverain saoudien (Public Investment Fund, PIF), lors de la cérémonie d'ouverture.

"Cela fait 20 ans que je viens en Arabie saoudite, mais ce que je constate tout particulièrement ces deux ou trois dernières années, c'est une transformation", a déclaré le magnat de l'énergie indien Mukesh Ambani.

Le Premier ministre indien Narendra Modi, le président brésilien Jair Bolsonaro, le roi Abdallah II de Jordanie et plusieurs chefs d'Etat africains doivent également s'adresser aux participants du forum.

Avec les secrétaires américains au Trésor, Steven Mnuchin, et à l'Energie, Rick Perry, le gendre et conseiller de M. Trump s'est aussi rendu au FII où, fidèle à la ligne pro-israélienne du président américain, il a estimé qu'Israël n'est pas "la cause de toutes les souffrances du peuple palestinien".

Parmi les invités du FII, figurent aussi les PDG de Blackstone Group et de SoftBank Group, deux sociétés de gestion d'actifs de premier plan, ainsi que les présidents des fonds souverains du Koweït, des Emirats arabes unis, de Singapour et de Russie.

- Les yeux sur Aramco -

"Le FII de cette année est très différent de celui de l'an dernier. La menace de sanctions qui pèse sur l'Arabie saoudite en raison de son bilan en matière des droits humains est désormais révolue", a déclaré à l'AFP Ryan Bohl, du centre de réflexion américain Stratfor.

"Beaucoup de responsables cette année n'ont aucun scrupule à se rapprocher de l'Arabie Saoudite", d'après lui.

L'édition précédente du forum avait été hantée par l'assassinat le 2 octobre 2018 de Jamal Khashoggi, tué au consulat saoudien d'Istanbul.

Un an après, c'est surtout l'entrée en Bourse très attendue, et maintes fois reportée, du géant pétrolier public Aramco qui suscite toutes les attentions.

L'entreprise la plus rentable du monde devrait faire son introduction en Bourse sur le marché local le 11 décembre, selon la chaîne de télévision saoudienne Al-Arabiya.

Le royaume, premier exportateur mondial de brut, prévoit d'introduire en Bourse jusqu'à 5% d'Aramco, entreprise dont la valorisation varie selon les estimations entre 1.500 et 2.000 milliards de dollars.

"Nombreux observateurs internationaux ainsi que la plupart des participants accorderont plus d'attention à l'introduction en Bourse retardée d'Aramco qu'aux conséquences de l'affaire Khashoggi", confirme à l'AFP Steffen Hertog, professeur associé à la London School of Economics.

- Ombre sur les réformes -

Si certaines grandes firmes internationales chercheront à éviter d'être mêlées au faste du FII pour juguler tout risque de mauvaise réputation, elles poursuivront sans doute les négociations dans l'ombre, selon les observateurs.

Après le scandale de l'assassinat de Khashoggi, le gouvernement saoudien a renforcé sa politique d'ouverture à la culture et aux divertissements en accueillant des concerts spectaculaires, en assouplissant les restrictions aux droits des femmes et en délivrant pour la première fois des visas touristiques.

Mais il peine encore à attirer les investissements étrangers dont il a besoin.

En 2017, le somptueux hôtel Ritz-Carlton, qui abrite le FII, avait été transformé en prison cinq étoiles pour des centaines de chefs d'entreprise saoudiens et certains membres de la famille royale arrêtés par les autorités.

En marge du forum, des mémorandums d'entente ont été signés sur 15 milliards de dollars d'investissements étrangers en Arabie saoudite, ont annoncé les organisateurs.

Mais les besoins en investissements étrangers semblent autrement plus importants que cette somme.

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