A Paris, le dispositif "parcs et jardins sans tabac" divise

A Paris, le dispositif
Un dispositif parcs et jardins sans tabac est déjà mis en place dans la ville de StrasbourgSEBASTIEN BOZON
tabac

Flâner dans les allées des jardins et parcs parisiens sans humer de fumée de cigarettes ni fouler de mégots, c'est la promesse avancée par la ville de Paris dans plusieurs parcs et espaces verts.

Un dispositif expérimental -et non pénalisant- mené depuis juillet et jusqu’à l’automne dans six parcs de la capitale séduit en grande partie les non fumeurs mais agace certains adeptes de la cigarette.

Les visiteurs des jardins Anne Franck (IIIe arrondissement), Yilmaz (Xe) ainsi que des squares Trousseau (XIIe), Henri Cadiou (XIIIe), Georges Brassens (XVe) et des Batignolles (XVIIe) sont avertis depuis le 10 juillet, ils pénètrent désormais dans une zone revendiquée sans tabac.

"L’idée, c’est de bénéficier d’un square aéré, à l’air pur, sans le tabac et les nuisances que cela procure notamment en matière de déchets, de mégots" explique Geoffroy Boulard, maire du XVIIe arrondissement. "Il y a aussi l’enjeu de santé publique: faire prendre conscience que dans un square, il y a des enfants, des personnes âgées… Le tabagisme passif, c’est un enjeu de santé publique" poursuit l’élu LR qui s’est porté volontaire avec pour exemple le cas de la ville de Strasbourg et de ses parcs "sans tabac" depuis juin.

Le message véhiculé par les affichettes vertes du square des Batignolles et sur les tracts distribués par la mairie de quartier rencontre un écho favorable chez les passants non-fumeurs.

"Je suis tous les jours dans ce square. Il y a certaines personnes qui fument du tabac, et ça m’arrive d’aller les voir" reconnaît Nadia, auxiliaire parentale. Depuis 2015 et dans toute la France, fumer à proximité d’une aire de jeux pour enfants est passible d'une amende de 38 euros, mais pour cette nourrice du XVIIe, il faudrait "interdire la cigarette là où il y a les gamins. La fumée, les mégots par terre… Il y en a qui jouent avec ça, les mettent dans la bouche".

- "Excessif" -

Pour Ophélie Chapuzet, serveuse au magasin Naturalia qui jouxte le square, il s’agit d’une question de confort. "Mine de rien, les fumeurs empêchent les autres de pouvoir respirer normalement. Et si l’on n'aime pas trop avoir l’odeur de fumée sur nous, c’est plutôt pas mal" se réjouit la jeune fille, son déjeuner sur les genoux.

Côté fumeurs, le dispositif est jugé disproportionné. "En plein air, comme ça, c’est excessif" conteste Candice, 46 ans, cigarette à la main, debout sous un platane d’Orient. "Je ne savais pas que c’était interdit. Je me suis déjà éloignée des gens sur les bancs pour respecter leur espace… On en fait vraiment trop".

Louis, informaticien, vapote sur sa cigarette électronique. Ancien fumeur, il prédit déjà que "Bientôt, on n'aura plus le droit de fumer que chez soi". "Évidemment, près des bacs à enfants, ça peut se concevoir. Mais en plein air, ça n’a aucun sens !"

Sam, jeune auto-entrepreneur assis en retrait avec son ami sur les rochers de l’allée Barbara, estime ne déranger personne. "Mais on voit quand même beaucoup de parcs avec des mégots par terre, donc pourquoi pas?" Mais l'interdiction "ne va pas (l)’empêcher de fumer".

Une transgression qui ne l'expose à aucune sanction: les vigiles en charge de la campagne de prévention ne peuvent que rappeler à l’ordre les fumeurs récalcitrants. "L’idée, c’était de ne pas être dans la répression, mais d’informer" relève le maire du XVIIe.

Le jet de mégot sur la voie publique est cependant passible de 68 euros d’amende.

L'expérimentation des parcs sans tabac doit durer quatre mois, après quoi le Conseil de Paris décidera des suites à y donner.

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