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Espagne: gouvernement ou pas, l'économie prospère

Espagne: gouvernement ou pas, l'économie prospère
La courbe de l'IBEX 35, principal indice de la Bourse de Madrid, le 7 juin 2019 GABRIEL BOUYS

En attendant un gouvernement, l'Espagne continue à être gouvernée par intérim, comme elle l'a été pendant 13 mois depuis fin 2015, ce qui n'empêche pas l'économie de croître allégrement, beaucoup plus vite que la moyenne de la zone euro.

Pedro Sanchez ne fait plus qu'expédier les affaires courantes depuis les élections d'avril dernier, comme l'a fait son prédécesseur conservateur Mariano Rajoy avant de réussir à former un gouvernement après deux scrutins non concluants en décembre 2015 et en juin 2016.

- Prévisions revues en hausse

L'Espagne n'est sortie d'une longue récession que fin 2013. Elle a depuis enchaîné trois années de croissance supérieure à 3% de 2015 à 2017 avant de ralentir à 2,6% en 2018.

Mais après un début d'année meilleur qu'attendu, les principales institutions économiques ont revu à la hausse ces dernières semaines leurs prévisions de croissance pour l'Espagne en 2019. La Commission européenne a relevé son estimation de 2,1% à 2,3% (contre 1,9% pour la zone euro), le Fonds monétaire international de 2,1 à 2,3% et la Banque d'Espagne de 2,2 à 2,4%.

La croissance "continuera d'être alimentée par le dynamisme de la consommation intérieure privée", a estimé la Banque d'Espagne, l'augmentation des salaires et les taux d'intérêt bas dopant le pouvoir d'achat des ménages.

Le salaire minimum a augmenté de 22% en janvier, une des mesures phare de Pedro Sanchez. Mais la hausse des salaires "est, a priori, moins propice à la progression de la consommation" que ne l'est la création d'emplois, a nuancé la Banque.

En effet, le taux de chômage a été ramené de 27% en 2013 à 14% fin juin, même s'il reste le pire de la zone euro après les 18% de la Grèce.

- Effet de rattrapage -

En fait, l'économie espagnole, comme celle d'autres pays périphériques de la zone euro comme l'Irlande et le Portugal, continue de profiter d'un effet de rattrapage post-crise peu sensible aux aléas de la vie politique, a expliqué à l'AFP Josep Comajuncosa, économiste de l'école de commerce Esade.

"Des travailleurs et des capacités productives des entreprises qui n'étaient pas utilisées pendant la crise sont désormais intégrés au processus productif", dit-il, car de nombreuses personnes ont retrouvé un emploi et les entreprises reçoivent plus de commandes.

La hausse de la consommation des ménages, celle des exportations et une légère hausse des dépenses publiques permettent de compenser l'incertitude qui pèse sur les investissements des entreprises, détaille l'économiste.

Mais de toute façon, "l'incertitude provenant des problèmes mondiaux -guerre commerciale, Brexit- a bien plus d'influence que cette petite incertitude additionnelle que peut générer en Espagne l'absence de gouvernement", estime-t-il.

- Impact à long terme? -

Certaines réformes cruciales restent en suspens à cause des blocages politiques à répétition. Par exemple, les investissements publics dans les infrastructures se font sur la base de budgets reconduits d'une année sur l'autre à cause de l'incapacité des gouvernements à en faire voter un nouveau.

"Par conséquent, l'investissement public est bien inférieur à ce qu'il devrait être comme dans le +couloir méditerranéen+ (le long de la côte Est) ou les régions de Valence et de Catalogne", qui fournissent une grande part des exportations, estime M. Comajuncosa.

Le blocage politique "diminue le potentiel de croissance pour le futur", selon lui.

"Nous sommes sans gouvernement stable depuis des années, ce qui a empêché de faire face aux défis (économiques) et du marché du travail", regrette de son côté Maricruz Vicente, du syndicat Commissions ouvrières, l'un des principaux du pays.

Selon elle, il est "urgent" de modifier la réforme du travail adoptée par les conservateurs en 2012, accusée d'avoir fait grimper en flèche la précarité en facilitant les licenciements. Le syndicat réclame aussi une réforme en profondeur du système de retraites, en lourd déficit, et une indexation des retraites sur l'inflation.

Les grandes institutions internationales demandent aussi régulièrement de meilleures formations universitaires et professionnelles plus adaptées aux besoins des entreprises.

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