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G20 Finances: cachez ce protectionnisme que Trump ne saurait voir

G20 Finances: cachez ce protectionnisme que Trump ne saurait voir
Le président américain, Donald Trump, le 19 mars 2018 à ManchesterMANDEL NGAN

Depuis l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, les ministres des Finances du G20 usent et abusent de circonlocutions pour évoquer le protectionnisme qu'ils fustigent à longueur d'année sans l'appeler par son nom pour ne pas froisser Washington.

Lors de leur réunion de Buenos Aires, les ministres se sont mis d'accord après de longues journées de négociations sur la mention de "tensions économiques" dans leur communiqué final, une expression suffisamment vague pour ne vexer ni Washington ni Pékin, tout en renvoyant implicitement aux mesures tarifaires annoncées par M. Trump sur l'acier et l'aluminium ou aux surcapacités chinoises souvent décriées par les partenaires du G20.

Ce langage feutré et pudique, qui évite soigneusement de parler de tensions "commerciales" pour ne pas pointer du doigt directement Washington et Pékin, est le fruit du bras de fer auquel se sont livré les deux premières puissances mondiales lors de la rédaction du texte à Buenos Aires, mais il reflète aussi la volonté des Européens de reconnaître l'existence d'un problème à l'échelon mondial.

Ces "tensions économiques" ont permis aux ministres de s'épargner une réédition du cauchemar de leur réunion d'il y a un an à Baden-Baden (sud-ouest de l'Allemagne) quand les Etats-Unis avaient fini par imposer pour la première fois la suppression du mot protectionnisme comme une menace pour la croissance mondiale, au terme d'un débat houleux qui s'est prolongé pratiquement jusqu'à la fin de la réunion.

Depuis, le G20 a eu recours à une multitude d'expressions synonymes de "protectionnisme", évoquant par exemple "un commerce juste" dans ses conclusions.

A Buenos Aires, les ministres avaient trouvé une nouvelle expression, inspirée par la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui faisait référence aux "inward looking policies", c'est-à-dire "des politiques tournées vers l'intérieur".

Une façon de parler du protectionnisme sans le dire qui avait séduit le G20 Finances jusqu'à ce que les ministres ne trouvent le moyen de glisser les "tensions économiques" dans le communiqué final pour la plus grande satisfaction de tous les participants à Buenos Aires.

Quelques uns, comme le ministre français de l'Economie, se gardent de ces convenances et n'hésitent pas à mettre les pieds dans le plat: "oui, l'augmentation des mesures tarifaires, c'est du protectionnisme. Oui, le protectionnisme est une menace pour notre croissance. Regardons les choses en face", a affirmé Bruno Le Maire à l'AFP.

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