Procès du groupe de Tarnac: 10 ans après, le village corrézien veut "tourner la page"

Procès du groupe de Tarnac: 10 ans après, le village corrézien veut
La devanture du "magasin général" à Tarnac, en Corrèze, en mars 2018PASCAL LACHENAUD

A Tarnac, beaucoup espèrent que le procès des militants libertaires dans "l'affaire Tarnac", qui a rendu célèbre à son corps défendant ce petit village de l'extrême nord de la Corrèze, permettra enfin, dix ans après, de "tourner la page".

Au total, huit militants du groupe dit "de Tarnac" sont jugés à partir de mardi devant le tribunal correctionnel de Paris dans le cadre de cette affaire de dégradations de ligne TGV, présentées à l'époque comme des sabotages terroristes menés par des membres de "l'extrême gauche radicale".

En 2008, quand des escadrons de gendarmes ont fondu sur le hameau, "bouclant tout", ça a été "dur" et "disproportionné", se souvient la maire du village, Marie-Rose Bourneil. Et "tout ça a laissé des traces" dans la population, qui s'est divisée au fil des années, confesse-t-elle, attristée.

Volets clos, riverains silencieux adossés aux portes des maisons, la méfiance induite par dix ans de surexposition médiatique est souvent de mise à Tarnac.

Les libertaires de la "communauté du Goutailloux" ont "organisé une réunion pour dire de pas parler aux journalistes", croit savoir une habitante. "Une réunion publique", tempère Mme Bourneil, "car ils voulaient pouvoir exposer leur position aux habitants."

Tarnac est depuis longtemps un lieu d’attraction pour les militants politiques. Ancrée très à gauche, cette montagne limousine fut au coeur de la Résistance locale et de son "colonel", égérie du pays, l’instituteur et militant communiste Georges Guingouin.

Alors quand les néo-ruraux du Goutailloux se sont fait arrêter, "ça a fait resurgir de mauvais souvenirs...", explique Mme Bourneil, "une sorte de solidarité naturelle s’est organisée tout de suite."

Pourtant aujourd'hui, les 324 habitants des hameaux rattachés à Tarnac ne sont pas unanimes.

"Sous le masque d'une utopie communautaire et l’apparence d'une démocratie réinventée se dissimule une politique communale des plus conservatrice", affirme Philippe Auliac. Le "paparazzi du rock" connu pour avoir photographié David Bowie, Tarnacois depuis 2013, fait référence au conseil municipal où siègent les deux prévenus vivant encore sur place: Benjamin Rosoux et Manon Glibert.

- "Une autre vie" -

Chez les administrés les plus âgés, "la mauvaise publicité" liée à l'affaire passe mal, tout comme les manières des nouveaux habitants. C'est le cas pour Danielle Plazanet, la veuve de Jean, l'ancien maire communiste qui installa Julien Coupat, désigné par les enquêteurs comme le "chef du groupe de Tarnac", et ses compagnons à la ferme du Goutailloux.

"C'est bien simple: tout ce qu’ils font à la mairie c’est pour eux, ils ont raison sur tout et nous les anciens, les gens du pays, ils nous prennent pour des ploucs et ils nous le disent. Sur son lit de mort mon mari a beaucoup regretté de les avoirs aidés", vitupère la septuagénaire.

"L'hiver ils sont peut-être une vingtaine, mais l’été c’est une bonne centaine qui font la fête et vivent dehors. Là-bas, c’est la zone", se désespère l'agricultrice.

"Ce que je dis moi, c’est que ces jeunes ils veulent une autre vie. Peut-être que ça dérange, mais ça fait du bien. Alors ce que j’espère, c'est que ce procès leur rendra justice", rétorque Christian, retraité de l'aéronautique.

"Ils se sont beaucoup entendu dire qu’ils n’étaient pas +du pays+", relève la maire, aussi employée à mi-temps du "magasin général" où officient deux des prévenus. Et pourtant "ils ont fait plus pour le village que certains natifs partis toute une vie et revenus à la retraite. Ils ont gardé le magasin ouvert, s’investissent dans les associations, mettent leurs enfants dans notre école", ajoute-t-elle.

L'ancienne poste, sous le nom de PTT transformé en "Pôle de Turbulence Technologique", accueillera bientôt une "annexe de bibliothèque, co-working et même studio de montage cinéma", et plus loin a été ouverte une maison réaménagée pour accueillir six chambres et un logement pour des migrants.

Au dessus du "magasin général", une pancarte revendique: "De Tarnac à Bure: non à l’enfer nucléaire."

"Oui, ils sont militants politiques: ils ne s'en sont jamais cachés", constate Marie-Rose Bourneil.

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