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Mort d'Adem Demaçi, "le Mandela du Kosovo"

(Belga) Le défenseur des droits de l'homme Adem Demaçi, qui avait croupi 28 ans dans les prisons de la Yougoslavie de Tito pour avoir lutté contre la discrimination de la minorité albanaise, s'est éteint à l'âge de 82 ans, a indiqué jeudi un responsable.

"Notre professeur est mort", a déclaré Xhavit Haliti, vice-président du parlement du Kosovo lors d'une session de l'assemblée de cette ex-région de Yougoslavie majoritairement albanaise et désormais indépendante. Les parlementaires kosovars ont observé une minute de silence pour ce père de famille dont "on se souviendra de la vie et l'oeuvre aussi longtemps que la nation albanaise et les Albanais seront vivants", a souligné M. Haliti. Né en 1936, Adem Demaçi avait passé 28 ans derrière les barreaux pour s'être opposé à la discrimination des Albanais sous la Yougoslavie communiste de Josip Broz Tito. Ses années d'emprisonnement lui avaient valu le surnom de "Mandela du Kosovo". Ceux qui l'érigent en père de la jeune nation d'Europe l'avaient également appelé "Bac", rang suprême dans la société kosovare accordé aux sages des familles. Amnesty International l'avait reconnu comme prisonnier d'opinion durant ses longues années de détention au cours desquelles il s'est même vu refuser le droit d'assister aux funérailles de sa mère. Adem Demaçi avait finalement été libéré en 1990 et avait reçu le prestigieux prix Sakharov du Parlement européen en 1991. Sa voix aiguë s'était élevée, au milieu des années 1990, dans les manifestations d'Albanais contre les violences du régime serbe de Slobodan Milosevic. Prônant au début une "politique de résistance pacifique", M. Demaçi était devenu un porte-parole de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), un mouvement de guérilla pro-indépendant qui avait combattu les forces armées serbes lors du conflit de 1998 à 1999. Il avait gagné le coeur de nombreux Kosovars en 1999, pendant les trois mois de frappes aériennes de l'Otan contre les forces de M. Milosevic, en restant dans les rues de Pristina, alors que la majorité des politiciens avaient fui la capitale kosovare, craignant des représailles du régime serbe. Après le conflit, Adem Demaçi s'était éloigné de la politique pour devenir président de l'association des écrivains du Kosovo et avait usé de son influence pour endiguer les vengeances à l'égard de la minorité serbe restant au Kosovo. "Les deux peuples se réconcilieront et ils gagneront tous les deux le droit d'intégrer l'Europe", avait-il déclaré en avril 2013 lorsque la Serbie et le Kosovo avaient conclu un accord sur la normalisation de leurs relations. (Belga)

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