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Réélection du président du Bélarus avec 80% des voix: "De sérieux doutes sur le caractère démocratique de ce vote"

Réélection du président du Bélarus avec 80% des voix:
Svetlana Tikhanovskaya et son alliée Maria Kolesnikova lors de leur conférence de presse ce lundi
 
 

Le Bélarus a annoncé ce lundi la victoire écrasante de son autoritaire président Alexandre Loukachenko, après une nuit marquée par la répression violente de manifestations antigouvernementales, l'opposition dénonçant des fraudes. Dans la foulée, des observateurs internationaux mettent eux-aussi en doute le caractère démocratique de cette élection controversée.

Le chef de l'Etat, au pouvoir depuis 26 ans a, selon les résultats officiels, remporté un sixième mandat avec 80,23% des voix, devant l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa (9,9%). Celle-ci a rejeté les résultats officiels et demandé que le président cède les commandes du pays. "Le pouvoir doit réfléchir à comment nous céder le pouvoir. Je me considère vainqueur de ces élections", a-t-elle dit devant la presse en fin de matinée.

L'Allemagne exprime de "sérieux doutes"

"Nous avons de sérieux doutes concernant le déroulement et le caractère démocratique de ce vote", a déclaré ce lundi Steffen Seibert, le porte-parole d'Angela Merkel, estimant que les "standards démocratiques minimum pour une élection n'ont pas été garantis".

La Pologne appelle à un sommet extraordinaire de l'Union européenne

La Pologne a de son côté appelé lundi à un sommet extraordinaire de l'Union européenne sur la situation au Bélarus. "Les autorités ont fait usage de la force contre leurs citoyens réclamant un changement dans le pays. Nous devons soutenir le peuple bélarusse dans sa quête de liberté", a déclaré dans un communiqué le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. Mateusz Morawiecki a annoncé avoir écrit à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ainsi qu'au président du Conseil de l'UE Charles Michel pour demander un tel sommet.

Le Bélarus est bordé par la Russie à l'Est, l'Ukraine au Sud et des États membres de l'UE comme la Pologne à l'Ouest ainsi que la Lituanie et la Lettonie au Nord. Dans un communiqué commun dimanche, les présidents polonais Andrzej Duda et lituanien Gitanas Nauseda ont enjoint au Bélarus de "reconnaître et de respecter pleinement les critères démocratiques fondamentaux" dont la liberté d'expression. "Nous sommes convaincus qu'une coopération plus étroite avec l'Union européenne est dans l'intérêt du Bélarus (...) et nous nous tenons prêts pour continuer à apporter plus de soutien au Bélarus dans l'approfondissement de ses relations avec la famille européenne unie", ont-ils soutenu.

La Commission européenne réclame un décompte "exact" des votes

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a condamné lundi la répression en cours au Bélarus et réclamé un décompte "exact" des votes exprimés pour la présidentielle. "Le harcèlement et la répression violente des manifestants pacifiques n'ont pas leur place en Europe. J'appelle les autorités du Bélarus à veiller à ce que les votes de l'élection d'hier (dimanche) soient comptés et publiés avec exactitude", a-t-elle demandé dans un message sur son compte twitter.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a pour sa part condamné "une violence d'État disproportionnée et inacceptable à l'encontre de manifestants pacifiques" et a mis en garde les autorités du Bélarus. "Nous continuerons à suivre de près l'évolution de la situation afin d'évaluer la manière dont l'UE pourrait mieux orienter sa réponse et ses relations avec le Bélarus compte tenu de l'évolution de la situation", a-t-il averti.

Par ailleurs, le président du Conseil européen Charles Michel a prévu de convoquer un sommet extraordinaire les 24 et 25 septembre consacré aux relations internationales. La situation au Bélarus devrait être inscrite à l'ordre du jour. Le Belarus devrait aussi être discuté lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l'UE organisée fin août à Berlin, a précisé un responsable

10 collaborateurs arrêtés et 3 autres candidats empêchés

La campagne électorale avait été marquée par une mobilisation sans précédent en faveur de cette nouvelle venue en politique de 37 ans, professeur d'anglais de formation. Elle avait estimé dimanche soir que "la majorité" de ses concitoyens la soutenait. "Je considère que nous avons déjà gagné car nous avons vaincu notre peur", avait-elle encore dit. M. Tikhanovskaïa avait appelé ses partisans à voter en masse, en portant des bracelets blancs et en photographiant leurs bulletins de vote, pour rendre des fraudes plus difficiles mais aussi être en mesure de mener un décompte parallèle dont le résultat n'a pour l'heure pas été annoncé.

Dimanche, de longues queues se sont formées en conséquence devant de nombreux bureaux de vote, dénoncées par la Commission électorale comme une "provocation" organisée. L'opposition a aussi accusé le pouvoir de fraudes massives.

Les autorités avaient redoublé d'efforts en fin de campagne pour enrayer l'essor de Svetlana Tikhanovskaïa, arrêtant une dizaine de ses collaborateurs dont la cheffe de son QG de campagne, Maria Moroz. Avant l'émergence de Mme Tikhanovskaïa, les principaux rivaux de M. Loukachenko avaient été écartés: deux sont incarcérés, un troisième est en exil. Les trois autres candidats autorisés n'ont pas mobilisé.

La montée en puissance de Mme Tikhanovskaïa s'est faite sur fond de difficultés économiques croissantes, aggravées par des tensions avec la Russie, accusée de chercher à vassaliser le Bélarus, et de la réponse controversée d'Alexandre Loukachenko à l'épidémie de coronavirus, qu'il a qualifiée de "psychose".

Le Bélarus n'a pas organisé de scrutin jugé libre depuis 1995. A plusieurs reprises, les manifestations y ont été matées sans ménagement, notamment après la présidentielle de 2010.




 

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