En ce moment
 

Au lycée "autogéré" de Paris, la révision du bac à la carte

Au lycée
Capture d'écran d'une vidéo de l'AFPTV tournée au lycée "autogéré" de Paris dans le XVe arrondissement Agnès COUDURIER-CURVER
education

"On part à Fontainebleau pour une journée +escalade+, vous venez ?" Au lycée "autogéré" de Paris, qui scolarise des jeunes venus chercher une alternative au système traditionnel, il n'y pas que les révisions du bac au programme en cette fin d'année.

C'est le professeur de physique, tenue sportive de rigueur, qui va superviser l'activité.

Pendant ce temps, dans le jardin de ce lycée public du XVe arrondissement où poussent des herbes folles, quelques élèves au look décontracté, voire excentrique, profitent des tables en bois pour discuter ou écouter de la musique.

Rémi et Louis, en Terminale S, ont, eux, investi une classe de chimie pour réviser le bac. "Normalement, on a cours à cette heure-là, mais aujourd'hui on est seuls, l'autre prof est parti en voyage avec une partie de la classe", explique Louis, 18 ans. Plongé dans un livre d'exercices, il est décidé à s'accrocher : "Je vais devoir travailler dur si je veux l'avoir".

Au lycée autogéré, dit "LAP", il y a moins de bacs blancs que dans un lycée traditionnel, ou "tradi", comme disent les "LAPiens". Et encore moins de notes. C'est d'ailleurs ce qui a poussé Rémi, 18 ans, à s'y inscrire il y a trois ans. "Si tu leur demandes gentiment, les profs peuvent accepter de te noter, mais ce n'est pas du tout la règle", explique-t-il.

Ici, pas de hiérarchie non plus, ni de proviseurs ou de surveillants. Tout le monde tutoie tout le monde. "Un élève vaut autant qu'un prof, et une personne égale une voix", résume Frédéric, 63 ans, professeur de mathématiques.

Il raconte être arrivé au LAP il y a dix-neuf ans un peu par hasard. Et n'en être jamais reparti. "J'aime la liberté qu'on y a", déclare-t-il en déambulant dans un couloir recouvert de dessins et graffitis.

Dans ce lycée expérimental créé en 1982, environ 240 élèves sont venus chercher ce qu'ils ne trouvaient pas ailleurs : une ambiance conviviale, presque familiale, de la liberté et une kyrielle d'activités, proposées parallèlement aux cours (vélo, sérigraphie, court-métrage, maroquinerie...).

Seuls une poignée d'établissements de la sorte existent en France.

- Libre fréquentation -

Se revendiquant comme un "espace de liberté", le LAP a été plusieurs fois la cible d'attaque par des militants d'extrême droite, la dernière en date à la mi-mars.

Le lycée parisien est régi par deux principes : la libre fréquentation et l'auto-gestion. Elèves et profs prennent ensemble, en commissions, toutes les décisions concernant l'organisation de l'établissement et statuent sur les dossiers de candidature des lycéens. Aucun cours n'est obligatoire et rien n'empêche par exemple un élève de Seconde de suivre un cours de philo de Terminale.

Revers de la médaille : "Aucun prof ne préviendra les parents si vous n'êtes pas là, donc le risque, c'est de glisser dans l'absentéisme", ont prévenu les élèves de la commission "accueil" lors d'une réunion d'information qui a fait salle comble mi-mai.

"Moi, j'ai du mal à travailler chez moi, alors je viens à tous les cours", confie Laetitia, en Terminale L, arrivée ici en Première. Ancienne élève d'un lycée classique, elle n'en "pouvait plus de la pression". "Je plongeais", dit-elle. Désireuse de poursuivre des études de musicologie, elle s'épanouit notamment en participant au projet de "comédie musicale".

Dana, 17 ans, en Terminale S, a de son côté appris au lycée autogéré à "être à l'aise en public", elle qui se disait auparavant "très timide". En Seconde dans un lycée "tradi", elle se souvient de "beaucoup trop de stress". "Ici, on te pousse moins, il faut s'impliquer tout seul, ce n'est pas la même difficulté", estime-t-elle.

Si la plupart des élèves espèrent obtenir le bac, "l'examen n'est pas forcément vu comme une fin en soi", explique Frédéric. Le taux de réussite --environ 40%-- y est d'ailleurs bien inférieur à la moyenne nationale (88%). Mais "s'ils n'étaient pas venus ici, beaucoup ne l'auraient jamais passé", rappelle le professeur.

Vos commentaires