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Féminicide de Julie Douib: l'accusé "assume" mais nie toute préméditation

 

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"J'assume (...) mais je ne suis pas monté pour ça": Bruno Garcia-Cruciani, jugé pour l'assassinat de Julie Douib, a nié vendredi s'être rendu chez son ex-compagne pour la tuer, peinant toutefois à expliquer le déroulé des faits devant les assises de Bastia.

"J'assume ce qui s'est passé, je vais prendre une peine pour ça. Mais je ne suis pas monté un dimanche matin, avec mes enfants chez moi (à son domicile), ma famille, mes amis, pour ça", a-t-il déclaré, les mains dans le dos, évoquant le meurtre de la jeune femme, mère de ses deux fils de huit et 10 ans au moment des faits, le 3 mars 2019 à L'Ile Rousse (Haute-Corse).

"Quand vous avez tiré, vous avez pensé à quelque chose d’autre qu’à vous-même?", lui demande l'avocate générale.

"A mes enfants", répond Bruno Garcia-Cruciani.

"Vous nous dites que quand vous avez tiré sur la mère de vos enfants, vous avez pensé à vos enfants?", répète, sidérée, la magistrate. Après un silence, il glisse: "Tout s'est passé très vite".

Il décrit, instant par instant, les moments qui ont précédé la mort de la jeune femme de 34 ans, dont il était séparé depuis septembre 2018.

"Julie Douib m'a ouvert, j'avais l'arme sur moi, je suis entré, elle a reculé quand elle a vu l'arme", se rappelle-t-il.

"Elle est allée dans la chambre, mon silencieux est tombé, elle m'a demandé +C'est quoi ça?+, elle a saisi le canon de mon arme, ça a tiré, c'est après que j'ai vu le sang, pour moi je ne l'avais pas touchée", poursuit-il.

Sur les deux tirs suivants, dont celui qui a été fatal, confirmés par l'enquête, il répète: "C'est allé très vite, je peux pas vous dire".

- "Psychopathe" -

"Pourquoi l'avez-vous suivie sur le balcon?", demande la présidente. "Je sais pas, la panique, elle est partie en courant, du coup je l'ai suivie".

"Pourquoi n'êtes vous pas parti après le premier tir?", insiste-t-elle. "Je ne sais pas".

"Pourquoi n'avez-vous pas appelé les secours?", poursuit-elle. "Je ne m'explique pas Mme la présidente". "Je voulais rentrer chez moi et vite aller à la gendarmerie", ajoute M. Garcia-Cruciani.

L'avocate générale lui demande s'il pense qu'on peut avoir "une discussion loyale" sur la garde des enfants quand on fait asseoir par terre son ex-compagne en la menaçant d'une arme. "On ne parlait pas que de ça", rétorque-t-il: "Là, c'était la discussion sur la relation cachée" avec son nouveau compagnon.

Témoignant devant la cour plus tard, ce dernier a expliqué avoir commencé une relation intime avec la jeune femme, après sa séparation fin septembre 2018. Dans le box, l'accusé regarde délibérément dans une autre direction.

"On se fréquentait mais on n'avait pas l’intention de se mettre en couple", explique ce professeur de sport. "Il y avait quand même un psychopathe qui la traquait en permanence", dit-il.

"Tout ce qu’il a fait était prémédité depuis bien longtemps. Il va se servir de ça -- notre relation -- pour justifier l'injustifiable", assène-t-il, expliquant que Julie Douib, "un rayon de soleil" qui "faisait tout pour ses enfants", avait "vécue pire que des violences physiques".

- "C'est pas juste" -

Les 37 photos qu'elle avait prises de ses hématomes et qui ont été découvertes après sa mort ont ensuite été projetées à la cour ainsi qu'une vidéo montrant l'accusé violenter sa propre mère souffrant de la maladie d'Alzheimer.

Choquée, Mme Douib, la mère de Julie a quitté la salle. M. Douib, père de la victime, a, lui, tenu à rester pour entendre des enregistrements audios des disputes du couple, conservés par Julie Douib: "On va enfin savoir ce qu'il a fait à ma fille".

"Maman, tu vas partir ce soir?", demande, après une dispute, la petite voix d'un des fils de Julie Douib, dans l'un de ces enregistrements. "Mais non, écoute-moi, maman jamais elle s'en va (...) Il pourra faire tout ce qu'il veut, maman jamais elle te laissera".

"C'est pas juste, ma fille pourrit dans une boite et lui il est là, c'est un monstre", dit, dévastée, Mme Douib en quittant l'audience.

Le verdict est attendu mercredi. L'accusé risque la réclusion à perpétuité.

Le meurtre de Julie Douib, 30e féminicide de l'année 2019, avait suscité une vague d'indignation en France, entraînant l'organisation par le gouvernement d'un sommet sur les violences faites aux femmes.




 

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