L'onde de choc Weinstein en France

L'onde de choc Weinstein en France
L'actrice italienne Asia Argento (C) et la chanteuse américaine Rose McGowan lors d'une manifestation à Rome le 8 mars 2018Alberto PIZZOLI

L'onde de choc Weinstein, du nom du producteur américain accusé depuis octobre de viols et agressions sexuelles, secoue aussi la France, libérant la parole des femmes et suscitant des polémiques, tandis que le gouvernement renforce l'arsenal législatif.

- Déjà des scandales -

Avant l'affaire Weinstein, la France connaît plusieurs scandales d'agressions sexuelles. Le plus célèbre est celui du Sofitel: en 2011, le président du FMI Dominique Strauss-Kahn, favori pour la présidentielle de 2012, est accusé de tentative de viol par Nafissatou Diallo, une femme de chambre de l'hôtel new-yorkais. Le scandale pulvérise sa carrière politique.

Finalement les poursuites judiciaires sont abandonnées et DSK conclut une transaction financière avec son accusatrice.

En 2011, le maire de Draveil, Georges Tron (LR), est accusé par deux employées municipales d'agressions sous couvert de massage thérapeutique des pieds. Son procès pour viols en réunion, ouvert fin 2017, sera ajourné après l'ébruitement des doutes d'un juge.

En 2016, le député écologiste Denis Baupin est accusé d'agressions et harcèlement sexuels. Quatorze femmes, dont des élues, témoignent dans les médias et quatre d'entre elles déposent plainte. Le parquet classe l’enquête: selon le procureur de Paris François Molins, "les faits dénoncés, aux termes de déclarations mesurées, constantes et corroborées par des témoignages, sont pour certains d'entre eux susceptibles d'être qualifiés pénalement. Ils sont cependant prescrits". Au moins un cas non prescrit est aussi classé sans suite.

La parole commence à se libérer en France. Ainsi, en 2015, une tribune dans Libération d'une quarantaine de femmes journalistes dénonce les dérives sexistes de certains hommes politiques.

Une loi pour sanctionner le délit de harcèlement sexuel et encourager les femmes à porter plainte est votée en 2012.

- #balancetonporc -

Quand éclate l'affaire Weinstein, la journaliste française basée à New York Sandra Muller lance le mot-dièse #balancetonporc, qui devient viral sur les réseaux sociaux, à l'instar de #metoo outre-Atlantique. Elle-même accuse un ancien dirigeant de chaîne télé, qui réitère "ses excuses" dans Le Monde, mais la poursuit en diffamation.

La parole se libère aussi à l'organisation étudiante Unef et dans les rédactions de plusieurs médias comme La chaîne parlementaire.

L'islamologue suisse controversé Tariq Ramadan, cible de plaintes pour viols, est inculpé en France et écroué.

L'onde de choc atteint même le gouvernement, avec des accusations d'agression sexuelle contre le ministre de l'Ecologie Nicolas Hulot et du Budget Gérald Darmanin, qui nient catégoriquement.

La France enregistre en 2017 une hausse de 12% des plaintes pour viol et de 10% pour agressions sexuelles (31,5% au quatrième trimestre, avec probablement la révélation de faits anciens).

- "Liberté d'importuner" -

A contre-courant, une tribune signée dans Le Monde par cent femmes, dont Catherine Deneuve, défend en janvier la "liberté d’importuner" pour les hommes, l'estimant "indispensable à la liberté sexuelle". Face au tollé en France et à l'étranger, la star présente ses excuses aux seules victimes d'agression, assumant le texte.

Brigitte Bardot s'en prend aux actrices françaises dénonçant le harcèlement sexuel, estimant que c'est en majorité "hypocrite".

Des controverses éclatent aussi autour de rétrospectives organisées par la Cinémathèque française en l'honneur de Roman Polanski (maintenue) et Jean-Claude Brisseau (reportée), tous deux mis en cause dans des affaires d'agression sexuelle.

- Le politique s'en mêle -

En novembre, Emmanuel Macron décrète l'égalité entre les sexes "grande cause du quinquennat", jugeant "notre société tout entière (...) malade du sexisme", lors de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, marquée par de nombreux rassemblements.

Il confirme que le projet de loi "contre les violences sexuelles et sexistes", prévu en 2018, élargira à 30 ans le délai de prescription des viols sur mineurs et annonce un "délit d'outrage sexiste" avec une amende "dissuasive" contre le harcèlement de rue.

- Projet de loi et polémique Cantat -

Mercredi, le gouvernement présente son projet de loi, qui, hasard du calendrier, arrive en pleine polémique sur les concerts de Bertrand Cantat.

Le chanteur, condamné à huit ans d'emprisonnement en Lituanie pour la mort de sa compagne Marie Trintignant en 2003, libéré en France en 2007, est devenu le symbole des violences contre les femmes.

Cible de manifestations et pétitions, il renonce aux festivals d'été, revendiquant néanmoins son droit à la réinsertion, là où ses détracteurs invoquent la décence.

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