En ce moment
 
 

Réforme des retraites: un "âge d'équilibre" qui chamboule tout

Réforme des retraites: un
Edouard Philippe prononce son discours de politique générale à l'Assemblée nationale, le 12 juin 2019Alain JOCARD

L'exécutif a l'intention de créer un "âge d'équilibre" en plus de l'âge légal de départ en retraite, pour pousser les Français à "travailler plus longtemps", au risque de braquer les syndicats et d'écorner la promesse de campagne d'Emmanuel Macron.

On pouvait croire le sujet clos, mais le grand débat de l'âge est relancé: Edouard Philippe a annoncé mercredi que la réforme des retraites "définir(a) un âge d'équilibre et des incitations à travailler plus longtemps".

Le tout "en ne bougeant pas l'âge légal" et donc en maintenant "la possibilité d'un départ à 62 ans", a précisé le Premier ministre, affirmant qu'"ainsi chacun pourra faire son choix, en liberté et en responsabilité".

Une démonstration d'équilibrisme sur une crête étroite, entre la promesse d'Emmanuel Macron de ne pas toucher à l'âge légal et les prévisions du Conseil d'orientation des retraites (COR), qui fait état d'un "besoin de financement" de 10 milliards d'euros en 2022 et entrevoit la fin des déficits en 2042 dans le meilleur des cas.

Le gouvernement avait-il d'autres choix? Il a en effet déjà touché au taux de prélèvement en 2018 (hausse de la CSG), puis au niveau des pensions en 2019 (revalorisation inférieure à l'inflation), avant de faire en partie machine arrière face à la grogne des retraités.

L'option d'une mesure agissant sur l'âge de départ s'est naturellement imposée après ces revirements. Mi-mars, dès la fin du grand débat, M. Philippe avait jugé la question "légitime", aussitôt suivi par une Agnès Buzyn "pas hostile" à cette piste, que Gérald Darmanin a jugée "très courageuse".

Un tir groupé suivi d'une passe d'armes avec le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, qui avait exigé une "clarification", apportée fin avril par le chef de l'Etat: l'âge légal restera bien à 62 ans, mais avec "un système de décote qui incite à travailler davantage".

- "Inacceptable" -

M. Delevoye privilégiait pourtant l'idée d'une surcote et avait avancé en début d'année l'hypothèse d'un "coefficient majorant" pour augmenter les pensions "de 3 à 5% par année supplémentaire en activité".

Mais le haut-commissaire avait aussi évoqué dès février 2018 un autre scénario, articulé autour d'un "âge pivot". Une notion restée imprécise, mais qui rappelle fortement le "bonus-malus" du régime complémentaire des salariés du privé (Agirc-Arrco), entré en vigueur cette année.

Un dispositif qui pénalise ceux qui partent à l'âge du "taux plein" et récompense ceux qui prolongent leur carrière d'au moins un an, au moyen d'une décote ou d'une surcote temporaires.

Pour la majorité, l'essentiel est de permettre "une organisation de retraite à la carte", a expliqué le président du MoDem, François Bayrou, pour qui "retraite pleine, c'est un mot du système précédent".

Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, aurait préféré un report de l'âge légal à 64 ans, jugé "plus efficace", même si "une décote quand on part à 62 ans (...) est une manière d'aller dans cette direction".

Sauf que cela ferait basculer la CFDT dans le camp des opposants à la réforme, aux côtés de la CGT et FO. "Une telle mesure compromettrait l'équilibre du projet et le rendrait inacceptable", a mis en garde la centrale de Laurent Berger.

Les "recommandations" du haut-commissaire, attendues en juillet, donneront le ton de la rentrée sociale. A moins que l'exécutif ne repousse encore son arbitrage sur ce sujet sensible.

Le Premier ministre, qui avait annoncé fin avril un projet de loi "à la fin de l'été", n'a pas confirmé cette échéance mercredi, indiquant qu'il entendait se donner "du temps et de la souplesse".

"Tout sera présenté en temps et en heure", a assuré Mme Buzyn jeudi, tandis que la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a affirmé que le texte serait dévoilé "à l'automne".

Vos commentaires