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Scénario digne d'un film policier en France: dix personnes jugés pour l'assassinat d'une milliardaire monégasque

Scénario digne d'un film policier en France: dix personnes jugés pour l'assassinat d'une milliardaire monégasque

Dix personnes, dont son gendre polonais, commanditaire présumé, comparaissent à partir de lundi devant les assises en France pour leur implication à des degrés divers dans l'assassinat de la milliardaire monégasque Hélène Pastor et de son chauffeur, dans un dossier aux relents de sordide polar.

Le 6 mai 2014, à la sortie de l'hôpital de Nice (sud-est) où elle a rendu visite à son fils Gildo, Hélène Pastor, une milliardaire originaire de Monaco tombe dans un guet-apens: un homme armé d'un fusil à canon scié tire sur son monospace et blesse grièvement la femme d'affaires, 77 ans, et son chauffeur égyptien, 64 ans. Ce dernier décède le 10 mai. Hélène Pastor, héritière d'un empire immobilier, dont la fortune est estimée à 12 milliards d'euros, meurt le 21 mai. Interrogée quatre jours avant, elle lâche aux enquêteurs: "J'ai peur, je veux vous revoir car j'ai d'autres choses à dire". Elle n'en aura pas le temps. L'enquête avait pourtant déjà permis de retrouver la trace des tueurs présumés: deux Marseillais, déjà condamnés pour violences ou trafic de stupéfiants.

Des bras cassés au bout du canon

Agissant à visage découvert, Samine Said Ahmed, 28 ans, accusé d'être le tireur mais qui nie les faits, et Al Haïr Hamadi, 35 ans, accusé d'avoir joué le rôle de guetteur devant l'hôpital, ont laissé dans leur sillage une multitude d'indices. A Marseille, les caméras de vidéosurveillance les filment achetant des téléphones, puis montant dans un train pour Nice. Là, ils louent une chambre d'hôtel, où l'un d'eux laissera ses traces ADN en oubliant un flacon de douche. Les enquêteurs les repèrent encore en face de l'hôpital où ils attendent Hélène Pastor après être arrivés en taxi, faute d'avoir pu acheter un scooter. "C'est la première fois que l'on voit des assassins arriver en taxi sur les lieux du crime, ils font tout ce qu'il ne faut pas faire", ironise un proche du dossier. Pour remonter la piste du commanditaire de ce double meurtre, les enquêteurs continuent à les surveiller et étudient leurs appels. Ils mettent ainsi au jour toute une galaxie d'intermédiaires présumés, qui comparaîtront aussi devant les assises d'Aix-en-Provence pour complicité d'assassinat ou association de malfaiteurs.

L'héritage serait le motif

Peu à peu, les policiers voient surtout se dessiner un scénario digne d'un roman policier, qui les mène jusqu'à Wojciech Janowski, 69 ans, le compagnon depuis 28 ans de la fille d'Hélène Pastor, lui-même homme d'affaires et consul honoraire de Pologne à Monaco. Les enquêteurs soupçonnent qu'un contrat sur la tête d'Hélène Pastor a été passé par un Janowski aux abois, en raison d'importants problèmes financiers. En témoigne, selon l'accusation, le fait qu'il détourne depuis des années à son profit ou pour ses sociétés une grande partie des 500.000 euros que verse chaque mois Hélène Pastor à sa fille. Son but avec ce contrat, selon l'accusation: faire main basse de la même manière sur l'héritage qui reviendrait à la fille d'Hélène Pastor.

"On a exercé une pression terrible sur moi"

Un mois après les meurtres, Pascal Dauriac, 49 ans, coach sportif de M. Janowski et seul accusé à avoir été directement en contact avec lui, reconnaît être l'organisateur du double assassinat, son beau-frère lui servant de recruteur: "M. Janowski m'a manipulé... Il m'a expliqué que sa belle-mère était un monstre". Selon Pascal Dauriac, c'est Janowski qui veut brouiller les pistes en tuant le chauffeur d'Hélène Pastor et en demandant au tireur de voler son sac à main. C'est le même Janowski qui a fait des repérages à l'hôpital, et lui aurait confié vouloir éliminer ensuite Gildo Pastor. L'homme d'affaires polonais reconnaît dans un premier temps avoir commandité les crimes, avant de se rétracter. "On a exercé une pression terrible sur moi, on m'a menacé de faire accuser ma femme, Sylvia, alors j'ai cédé", a-t-il confié à son avocat Luc Febbraro. Il nie aujourd'hui toute implication dans le meurtre et accuse au contraire son ancien coach de lui avoir soutiré de l'argent contre une "protection". Le procès doit durer jusqu'au 19 octobre. Six des 10 accusés, dont MM. Janowski et Dauriac et les exécutants du contrat, comparaîtront détenus.

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