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A bord de l'Ocean Viking, peluches et tests de grossesse attendent les migrants

Marina termine la tortue. A main levée, la sage-femme de Médecins sans Frontières (MSF) a décoré deux conteneurs sur l'Ocean Viking, le nouveau bateau de SOS Méditerranée, pour accueillir les migrants, et en particulier rassurer les enfants.

Si l'Aquarius, l'ancien navire des deux ONG, disposait d'un abri temporaire pour les femmes et les enfants, l'équipe médicale de MSF - un médecin, deux infirmières et une sage-femme - s'est préparée à devoir héberger plus longtemps qu'avant des migrants en attente d'un port.

Le zèbre, l'éléphant, la tortue, des ailes d'oiseaux, une réplique de l'Ocean Viking et des dessins d'enfants réalisés sur l'Aquarius, égayent les parois austères des abris - un pour les hommes, un autre pour les femmes et les enfants.

"Nous savons que nous pouvons avoir à garder les patients à bord un certain temps, c'est un défi nouveau", confirme à l'AFP Stéphanie, infirmière allemande et chef de l'équipe médicale. "On est plutôt bien équipé, mais on espère ne pas avoir à faire face à cette situation trop longtemps".

Outre les fournitures médicales bien rangées sur les étagères - perfusions, pansements, médicaments, kits de réhydratation ...- elle a prévu des peluches, des petits jeux et des cartes pour distraire enfants et adultes.

- Six naissances en haute mer -

MSF a dressé sa clinique au centre du pont, dans un conteneur blanc, avec une salle d'urgences, une chambre de trois couchettes et une salle d'accouchement aux draps bleus.

En général, et même dans l'Italie de Matteo Salvini, les femmes enceintes proches du terme bénéficient d'une évacuation médicale. Mais dans certains cas, la météo peut empêcher l'évacuation, ou alors le travail est déjà engagé.

Ces dernières années, au moins 35 bébés sont nés sur des navires de secours militaires ou humanitaires en Méditerranée, selon un décompte de l'AFP.

Six d'entre eux ont vu le jour sur l'Aquarius: d'abord Désiré Alex, en mai 2016, prénommé en l'honneur du capitaine de l'époque, puis Newman, Favour, Mercy, Christ et Miracle, dont les prénoms racontent à eux seuls le soulagement incrédule de leurs mères.

La mère de Christ avait accouché seule en haute mer, dans un canot rempli d'hommes: quand elle est montée sur l'Aquarius, son bébé était toujours attaché par le cordon ombilical.

Marina s'est occupée de Favour, une nuit de tempête en décembre 2016. Sa mère, une Nigériane qui avait perdu son mari en Libye, a supplié les passeurs de la laisser monter à bord. Comme une faveur.

"En venant la voir vers à 4h00 du matin, je l'ai trouvée debout se tenant le ventre... On a 150 femmes à bord... Je demande une évacuation médicale... impossible", raconte-t-elle.

Favour naît le lendemain, en pleine forme, se souvient la sage-femme en montrant sur son téléphone la photo du bambin joyeux qu'il est devenu en Italie.

Selon ses observations, "les mouvements du bateau, surtout dans la tempête, favorisent les contractions". Le relâchement des mères quand elles arrivent à bord du bateau de secours, serait aussi un déclencheur d'accouchement.

Mais ces naissances sont aussi une question de statistiques. Depuis 2014, près de 80.000 femmes, pratiquement toutes en âge d'être mères, sont arrivées par la mer en Italie, sans compter les adolescentes.

- Test de grossesse -

L'Aquarius a recueilli près de 4.700 femmes, pour la plupart exposées aux violences, aux sévices et aux abus sexuels tout au long de leur périple. En 2016, 4,4% d'entre elles étaient enceintes. En 2018, la proportion était passée à 10%.

Marina reçoit toutes les femmes qui le souhaitent. C'est primordial pour celles qui ont subi des viols: "Si vous êtes enceinte, si vous pensez être enceinte, venez me voir. Ca restera confidentiel". Toutes celles qui le demandent reçoivent un test de grossesse.

Elle a ainsi reçu nombre de très jeunes filles, mineures voyageant seules, passées par les "connection house" en Libye, des maisons de prostitution. "Parfois c'est à moi de leur annoncer qu'elles sont enceintes".

Face au nombre de grossesses non désirées, MSF propose désormais des pilules abortives à bord. "On ne le faisait pas avant, mais on a eu tellement de demandes...", affirme Marina qui note aussi que "beaucoup de femmes ne se signalent pas - ou alors juste avant de débarquer".

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