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A Damas, une guerre d'un "genre différent"

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Dans une rue déserte du vieux Damas, Ahmad s'est vu contraint en raison du nouveau coronavirus de fermer sine die son magasin de tissus, pour la première fois depuis le début de la guerre en Syrie.

"Nous avons traversé des moments difficiles pendant la guerre (...) Parfois, nous fermions, mais nous rouvrions peu après", raconte à l'AFP l'homme de 59 ans, assis sur une chaise posée sur le trottoir en face de sa boutique.

"Mais jamais de ma vie je n'ai vu les marchés et les magasins devoir fermer pendant des jours comme c'est le cas aujourd'hui."

Rideaux de fer baissés, stands couverts par des draps, les rues commerçantes du vieux Damas comme ailleurs dans la capitale syrienne sont presque vides.

Dans le célèbre souk al-Hamidiyé, d'habitude grouillant de monde, seuls des ouvriers en combinaisons oranges et masques de protection pulvérisent du désinfectant sur les rideaux de fer fermés par des cadenas tandis que quelques passants portant des masques traversent rapidement la rue.

En début de semaine, Ahmad a demandé à ses employés de rester chez eux et leur a versé leur salaire.

Les autorités syriennes, qui ont signalé cinq cas de contamination au Covid-19, ont ordonné la fermeture des commerces non vitaux, des écoles, des universités, des restaurants et des cafés, ainsi que la suspension des transports publics entre les provinces.

Les institutions publiques fonctionnent à minima. Et un couvre-feu nocturne a été imposé.

Jamais de telles mesures n'ont été décrétées par le pouvoir en neuf ans de guerre dévastatrice qui a tué plus de 380.000 personnes, déplacé des millions d'autres et ravagé une grande partie des infrastructures y compris hôpitaux et centres médicaux.

- "Ennemi caché" -

"Nous faisons peut-être face à une guerre d'un autre genre", s'inquiète le commerçant Ahmad, qualifiant l'épidémie "d'ennemi caché".

"Je ne sais pas comment nous allons vivre sans travail", ajoute-t-il, alors qu'il a trois personnes à sa charge dans un pays où, selon l'ONU, 80% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Dans le vieux Damas, même la célèbre mosquée des Omeyyades a fermé ses portes.

Non loin, Moustapha, 24 ans, le visage à moitié couvert par un masque bleu, les mains protégées par des gants, se dirige à grands pas vers une pharmacie.

"Damas a toujours gardé énergie et vitalité malgré la mort, les bombardements et les balles perdues. (Mais) aujourd'hui la ville est complètement paralysée", dit-il.

Bastion du régime, la capitale syrienne a été la cible d'attentats sanglants et d'attaques aux roquettes meurtrières pendant la guerre déclenchée par la répression de manifestations prodémocratie.

Mais cela n'avait pas empêché Moustapha de poursuivre ses études. Aujourd'hui toutefois il risque de perdre sa dernière année d'université. "A l'annonce de la fermeture des universités, j'ai réalisé que nous étions en danger."

Plusieurs organisations humanitaires craignent une "catastrophe" en cas de propagation à grande échelle de la maladie Covid-19 en Syrie, où à peine un peu plus de 60% des hôpitaux sont encore fonctionnels et 70% du personnel soignant d'avant-guerre a fui selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Application "Stéthoscope" -

Dans les régions sous contrôle du régime (plus de 70% du territoire), des citoyens ont également décidé de se mobiliser pour aider face au nouveau coronavirus.

Hussein Najjar, un médecin de 37 ans, a monté avec des collègues et des experts l'application "Stéthoscope".

Elle permet à ses usagers de poser des questions liées à la pandémie et de recevoir des réponses fournies par des spécialistes.

L'objectif est de sensibiliser le plus grand nombre de personnes et d'aider à combler le manque de ressources médicales, explique M. Najjar.

Ces dernières années, ce médecin a soigné des centaines de blessés et effectué plus de 200 opérations.

Mais la bataille qu'il livre aujourd'hui est différente. "Cette fois, l'ennemi est inconnu. Il attaque silencieusement."

Ce qui est un peu réconfortant néanmoins, dit-il, c'est que la Syrie "n'est pas seule" dans cette lutte: "des pays sont déjà en première ligne et nous profiterons de leurs expériences".

"La bataille contre le coronavirus sera totale. Nous n'avons pas le choix."

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