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La trêve commerciale entre Washington et Bruxelles reste à concrétiser

Donald Trump semble avoir entendu les mises en garde contre sa politique commerciale agressive en acceptant une trêve avec l'Union européenne, qui suscite néanmoins des interrogations et doit encore se concrétiser par un véritable accord.

"Nous avons eu une longue session de négociation hier. Nous avons défini les contours d'un accord et, désormais, nous allons les transformer en un véritable accord", a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, sur la chaîne américaine CNBC, au lendemain d'une rencontre entre le président américain et le chef de l'exécutif européen Jean-Claude Juncker.

Washington et Bruxelles ont désamorcé mercredi la crise née des tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis, annonçant leur volonté de supprimer la quasi totalité de ces taxes et une série de décisions dans l'agriculture, l'industrie et l'énergie. Ces mesures doivent toutefois être formalisées.

Alors que l'Union européenne est, depuis le 1er juin, sous le coup de taxes douanières punitives américaines de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium, M. Mnuchin a reconnu que "le premier dossier" à régler était précisément celui concernant l'acier et l'aluminium.

Il a également confirmé qu'il n'y aurait pas de taxes douanières sur le secteur automobile européen pendant les négociations.

La Maison Blanche a chargé fin mai son ministre du Commerce Wilbur Ross de déterminer l'opportunité d'imposer des taxes supplémentaires allant jusqu'à 25% sur l'automobile. Et "l'enquête est toujours en cours" pour les imposer aux pays hors UE, a indiqué M. Ross jeudi à la presse.

Interrogé sur le calendrier des négociations avec l'UE, il a déclaré qu'il était "difficile de se prononcer". "Les discussions sur le commerce durent en général des mois", a-t-il observé. "Nous allons nous efforcer de les accélérer".

Le compromis annoncé mercredi est intervenu alors que de plus en plus d'entreprises américaines, à l'instar du fabricant d'électroménagers Whirlpool ou le premier constructeur automobile General Motors, ont enregistré des centaines de millions de dollars de coûts supplémentaires dans leurs comptes du deuxième trimestre en raison de la guerre commerciale.

Mardi, l'administration Trump a dû consentir une aide d'urgence de douze milliards de dollars pour compenser les pertes de revenus des agriculteurs américains.

Jeudi, Donald Trump se rendait d'ailleurs dans l'Iowa, l'Illinois et le Missouri à la rencontre d'agriculteurs et d'industriels.

La trêve annoncée mercredi a suscité des espoirs, en particulier à Berlin, mais aussi des interrogations à Paris.

L'Allemagne, dont les excédents commerciaux records et l'industrie automobile sont dans le collimateur de la politique protectionniste du président américain, a fait état de son satisfecit, jugeant "constructif" le résultat de la rencontre Trump-Juncker.

- Soulagement et scepticisme -

"Non seulement la menace des tarifs douaniers automobiles est écartée mais encore nous nous sommes mis d'accord pour travailler ensemble contre les pratiques commerciales injustes et pour une réforme de l'OMC", Organisation mondiale du commerce, a réagi Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères. Le secteur automobile emploie quelque 800.000 personnes en Allemagne.

Soulagement également du côté des milieux d'affaires. "La raison a prévalu (...) Eliminer les tarifs douaniers et les autres barrières au commerce et à l'investissement est bénéfique pour les entreprises et les citoyens des deux côtés de l'Atlantique", a commenté le Français Pierre Gattaz, président de l'organisation patronale européenne BusinessEurope.

En revanche, Paris a demandé des "clarifications", par la voix de son ministre de l'Economie Bruno Le Maire, dans un entretien à l'AFP. "Une bonne discussion commerciale ne peut se faire que sur des bases claires", a-t-il mis en garde.

Pas question, a-t-il rappelé, d'un accord commercial global USA-UE, comme l'avait évoqué Steven Mnuchin le week-end dernier à la réunion du G20 Finances au Brésil.

"Nous ne voulons pas entrer sur la négociation d'un grand accord dont nous avons vu les limites avec le TTIP", traité dont les discussions entre Bruxelles et l'administration de Barack Obama avaient échoué il y a deux ans, a prévenu le ministre français.

Alors que Donald Trump a annoncé que l'Union européenne allait importer "beaucoup de soja" américain, dont 94% de la production est génétiquement modifiée, Bruno Le Maire exige aussi que l'agriculture "reste en dehors du champ des discussions".

"Nous avons des normes sanitaires, alimentaires et environnementales élevées et des règles de production auxquelles nous sommes attachés parce qu'elles garantissent la protection et la sécurité de nos consommateurs", a-t-il insisté.

Le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a salué cette avancée tout en soulignant qu'il était "trop tôt" pour présager des résultats.

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