Afghanistan: 37 tués dans un attentat-suicide à Kaboul, calme précaire à Ghazni

Trente-sept personnes au moins, pour la plupart des étudiants, ont été tués mercredi dans un nouvel attentat-suicide à Kaboul, tandis qu'un calme précaire revenait à Ghazni (est) mais où la crainte de nouveaux combats reste forte.

L'attentat-suicide est survenu dans une école d'un quartier chiite à l'ouest de la capitale afghane.

"Vers 16H00, un assaillant kamikaze muni d'explosifs s'est fait sauter dans le centre d'éducation Mawoud", a indiqué un porte-parole de la police, Hashmat Stanikzai.

"37 personnes ont été tuées dans l'explosion, plus d'une quarantaine blessées", a ajouté le porte-parole, précisant que "l'absolue majorité" des victimes étaient des étudiants.

Il a déclaré redouter que le bilan ne s'alourdisse encore. D'autres officiels ont avancé le chiffre de 48 victimes.

Le nombre des personnes présentes sur les lieux au moment de l'attentat n'est pas établi. Selon un témoin, un étudiant du nom d'Ali Ahmad, une centaine de ses collègues étaient à l'intérieur de l'établissement lors de l'attentat.

L'attaque n'a pas été revendiquée dans l'immédiat. Le président afghan, Ashraf Ghani, l'a rapidement condamnée.

A Ghazni, les forces de sécurité patrouillaient dans les rues et plus aucun insurgé n'était visible mercredi. Des commerçants commençaient à réparer les dégâts et à nettoyer leurs échoppes dans les rues encore enfumées, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Mais l'AFP a aperçu des talibans dans au moins un village à l'extérieur de la ville et leur présence a également été signalée aux habitants dans d'autres lieux à proximité, faisant craindre une nouvelle offensive.

L'assaut taliban sur Ghazni, ville stratégique située à deux heures de route de Kaboul, avait commencé jeudi soir. L'armée afghane, appuyée par des dizaines de raids aériens américains, peinait depuis plusieurs jours à les repousser.

Les autorités maintiennent que la ville n'est pas tombée et que seules des opérations limitées s'y poursuivent. On ignorait mercredi à quel stade en étaient ces opérations.

Le président afghan Ashraf Ghani a qualifié l'offensive de "crime impardonnable", précisant qu'il avait ordonné aux autorités de fournir la ville en eau et nourriture de toute urgence.

"Vous pouvez être certains que la douleur de Ghazni est la douleur de tous les Afghans, surtout la mienne", a ajouté M. Ghani qui a été critiqué ces derniers jours pour son relatif silence au sujet de la bataille.

- Confiance affaiblie -

L'attaque de Ghazni, chef-lieu de la province du même nom, constitue la plus grande offensive talibane depuis un cessez-le-feu inédit de trois jours observé en juin, qui avait relancé les espoirs de paix après quelque 17 ans de guerre.

Les insurgés sont sous pression depuis des mois pour accepter d'ouvrir des négociations de paix avec le gouvernement afghan et les analystes estiment que de telles batailles visent à les placer en position de force au moment de les entamer.

En ce sens, l'opération est un succès pour les insurgés, souligne le général à la retraite et analyste Atiqullah Amarkhail.

"Le gouvernement a peut-être été capable de reprendre la ville mais la confiance des gens à son égard a été affaiblie", estime-t-il.

"Aujourd'hui, même à Kaboul, les gens pourraient commencer à redouter une soudaine attaque des talibans contre la ville", a-t-il souligné.

- des Talibans enhardis -

"Ce que nous avons vu ces derniers jours est un microcosme de la guerre en Afghanistan, des forces afghanes débordées, des talibans enhardis et des troupes américaines qui interviennent finalement pour aider les Afghans à se sortir de la situation", décrypte pour l'AFP Michael Kugelman, du Wilson Center, à Washington.

"Certaines informations indiquent que le bilan à Ghazni est très lourd", a déclaré le représentant spécial de l'ONU en Afghanistan Tadamichi Yamamoto.

"Des estimations non confirmées font état d'un bilan de 110 à 150 victimes civiles. Selon des informations fiables, l'hôpital public de Ghazni est débordé par un afflux continu de blessés", a-t-il ajouté.

"Il y avait une odeur de sang dans la ville", a témoigné Basir Ahmad, un commerçant réfugié tôt mercredi dans la capitale Kaboul. "Les gens avaient peur que les combats ne reprennent à tout moment", a-t-il dit à l'AFP.

Les habitants ont été contraints plusieurs jours durant de se réfugier dans les sous-sols et de ravitailler des talibans.

"Nos stocks de nourriture se sont épuisés au deuxième jour de combats", a témoigné un habitant, Shukrullah Nahimi. "Les talibans étaient près de notre maison et nous avons dû nous cacher au sous-sol".

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