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Avec Maduro qui s'accroche, les options de Trump sont limitées

Avec Maduro qui s'accroche, les options de Trump sont limitées
Le président vénézuélien Nicolas Maduro tient le drapeau national, lors d'un rassemblement, le 23 février 2019 à CaracasYuri CORTEZ

Un mois après avoir été déclaré illégitime par Donald Trump, le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro s'accroche encore au pouvoir et les options du président américain apparaissent de plus en plus limitées.

Largement soutenu, pour une fois, par la communauté internationale, M. Trump a reconnu le 23 janvier le dirigeant de l'opposition Juan Guaido comme le président par intérim du Venezuela, alors que l'économie du pays s'effondre et que les réfugiés affluent par millions dans les pays voisins.

Depuis, les Etats-Unis ont bloqué la principale source de liquidités du gouvernement Maduro en gelant les comptes de Citgo, la filiale américaine de la compagnie pétrolière vénézuélienne, et ils ont soutenu le week-end dernier la tentative de faire entrer dans le pays une aide humanitaire, ce qui a déclenché des incidents violents qui ont fait quatre morts et des centaines de blessés.

Bien que Nicolas Maduro soit très affaibli, l'armée lui reste globalement fidèle et à l'étranger, il bénéficie toujours du soutien de la Russie et surtout de la Chine, qui craint qu'un régime vénézuélien dirigé par l'opposition ne lui rembourse pas les milliards de dollars prêtés à Caracas.

"Nous sommes dans une situation où nous avons utilisé tous les leviers dont nous disposions pour faire pression sur le régime vénézuélien: nous n'avons pas reconnu le président Maduro, nous avons imposé des sanctions sur des dirigeants et nous avons activé l'option nucléaire, qui était d'arrêter les importations car les Etats-Unis sont les plus gros importateurs de brut vénézuélien", indique Mark Jones, de Rice University.

"C'était le dernier levier et si Maduro parvient à rester au pouvoir pendant encore un mois ou deux, il est probable qu'il restera au pouvoir dans un avenir proche", ajoute cet expert de l'Amérique latine.

L'opposition vénézuélienne, longtemps divisée, s'est ralliée à M. Guaido, 35 ans, qui a rencontré lundi le vice-président américain Mike Pence en Colombie. Mais selon Mark Jones, Maduro parie sur le fait que l'opposition va se diviser à nouveau si la crise dure, et il espère trouver de nouvelles sources de revenus.

Selon un responsable américain, Washington envisage de nouvelles sanctions, expliquant qu'"on ne peut pas avoir un nouveau Cuba". Mais un embargo total du Venezuela comme celui imposé pendant des décennies à Cuba se heurterait à de fortes résistances dans la région.

- L'option militaire -

Donald Trump a ouvertement envisagé l'option militaire mais il s'est heurté à l'opposition des alliés, notamment le Canada, au premier plan du soutien à Juan Guaido, et le nouveau gouvernement conservateur du Brésil.

Personne ne s'attend à une invasion américaine, qui raviverait les mauvais souvenirs des violentes ingérences américaines en Amérique Latine et qui se rapprocherait davantage de la guerre en Irak, compte tenu de la taille et de la complexité du pays, que de l'opération éclair à la Grenade en 1983, sous Ronald Reagan.

Mais l'US Air Force a multiplié les vols de reconnaissance au large du Venezuela, ostensiblement pour faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire qui est transportée par des avions militaires, a indiqué un responsable de l'administration américaine. Tous ces vols ont été effectués dans l'espace aérien international, a précisé ce responsable ayant requis l'anonymat.

"Le fait que l'option militaire soit évoquée est le signe qu'il y a peu d'alternatives claires pour résoudre la crise actuelle", a estimé Risa Grais-Targow, la directrice pour l'Amérique latine du groupe de consultants Eurasia Group dans un rapport sur l'évaluation des risques au Venezuela.

"Pourtant, même si la possibilité d'une intervention militaire américaine est évoquée à la marge, elle reste improbable", a-t-elle ajouté, notant les tendances non interventionnistes de Donald Trump.

- Une opposition affaiblie? -

Il y a pourtant un groupe qui a cru à l'option militaire: l'opposition vénézuélienne.

Juan Guaido espérait que la mobilisation du weekend dernier autour de l'aide humanitaire ferait chuter Nicolas Maduro, explique David Smilde, du Washington Office on Latin America, un centre de réflexion qui défend les droits humains.

En fait, selon le gouvernement colombien, seuls 300 militaires vénézuéliens ont fait défection et l'aide n'a pas franchi la frontière, malgré les menaces du président Trump, qui a même dit qu'il voulait en fait parvenir à une solution pacifique. Les Etats-Unis ont saisi le Conseil de sécurité.

Pour M. Michael Shifter, président du think tank Inter-American Dialogue, Juan Guaido devra persévérer malgré la pression, "ce qui ne sera pas facile". "Le soutien au régime s'affaiblit, mais sa chute pourrait prendre plus de temps que prévu".

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