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Chine: l'excédent commercial avec les Etats-Unis gonfle

Chine: l'excédent commercial avec les Etats-Unis gonfle
Des conteneurs au port de Qingdao, dans l'est de la Chine, le 8 mai 2018-
Chine

La Chine a vu ses exportations rebondir plus vigoureusement qu'attendu en avril, tandis que l'excédent commercial du géant asiatique avec les Etats-Unis, au coeur d'un vif différend entre les deux pays, gonflait encore davantage.

Après avoir enregistré en mars un déficit commercial inattendu de 5 milliards de dollars sur l'ensemble des échanges extérieurs, la Chine a renoué le mois dernier avec ses habituels excédents commerciaux colossaux avec le reste du monde.

Sa balance commerciale totale affiche pour avril un surplus de 28,78 milliards de dollars, légèrement supérieur aux attentes, ont annoncé mardi les Douanes chinoises.

Des chiffres peu susceptibles d'apaiser le président américain Donald Trump, exaspéré par l'abyssal déséquilibre des échanges trans-pacifiques.

L'excédent commercial chinois avec les seuls Etats-Unis, dont l'ampleur attise les menaces d'une guerre douanière, s'est élevé à 22,2 milliards de dollars... gonflant de 4,2% par rapport à avril 2017. C'est un rebond spectaculaire (+44%) par rapport à mars, mois où il avait connu une baisse exceptionnelle.

Deux jours de négociations, menées la semaine dernière à Pékin par une délégation américaine de haut rang, ne sont pas parvenus à débloquer les vifs contentieux commerciaux entre les deux puissances. Ces pourparlers se poursuivront la semaine prochaine à Washington, où se rendra le vice-Premier ministre chinois Liu He.

L'objectif est de désamorcer la perspective d'une guerre commerciale: la Chine est sous la menace, qui pourrait se concrétiser dès le 22 mai, de droits de douane américains sur quelque 50 milliards de dollars de produits exportés vers les Etats-Unis.

"Ces visites croisées marquent des pas dans la bonne direction", mais les chiffres publiés mardi "reflètent la difficulté d'arriver à un compromis, étant donné les exigences américaines", souligne Betty Wang, analyste de la banque ANZ.

- Importations technologiques -

L'administration Trump réclame ainsi, selon la presse américaine, une réduction "d'au moins" 200 milliards de dollars d'ici fin 2020 du déficit des échanges annuels avec la Chine (qui était de 375 milliards de dollars en 2017, selon Washington), accusant le régime communiste de "pratiques commerciales déloyales".

Un objectif difficilement réalisable et acceptable en l'état pour Pékin, qui réclame de son côté "un traitement équitable" des firmes technologiques chinoises aux Etats-Unis.

Pour le moment, le géant asiatique, premier pays exportateur du globe, profite toujours d'une robuste demande mondiale, en particulier chez ses premiers partenaires commerciaux, Union européenne (UE) et Etats-Unis.

Dans l'ensemble, les exportations chinoises ont progressé en avril de 12,9% sur un an, bien plus qu'attendu par les experts sondés par Bloomberg. Cette reprise intervient après l'inattendu repli de mars (-2,7%), causé par les perturbations tardives liées au Nouvel an lunaire.

De leur côté, baromètre d'une consommation intérieure résistante, les importations chinoises ont accéléré nettement (+21,5%, contre 14,4% le mois précédent), là aussi bien plus nettement qu'anticipé.

Les importations de pétrole (+15% sur un an) ou de cuivre (+47%) ont bondi alors que l'activité manufacturière s'intensifiait après la fin des turbulences du Nouvel an, tandis que s'envolaient les importations de produits de haute technologie (+27%)

Le signe, selon Mme Wang, de "la transition chinoise depuis (une production industrielle) bon marché vers une chaîne de production à haute valeur ajoutée".

- Froid sur le soja -

L'analyste de ANZ se montrait cependant plus prudente sur le bond des exportations: "Cela peut simplement signifier que des exportateurs ont avancé l'envoi de leur produits" pour éviter des ruptures d'approvisionnements ou barrières douanières en cas d'intensification des tensions commerciales, notait-elle.

"Les chiffres d'avril-mai peuvent être faussés par l'anticipation de tarifs douaniers américains en juin, qui suscite des commandes en avance par les importateurs chinois et des livraisons précipitées par les firmes exportatrices", abondait Tommy Xie, analyste de Oversea-Chinese Banking cité par Bloomberg.

Le marché reste hanté par la perspective d'une escalade: en cas de sanctions américaines, Pékin s'est dit prêt à répliquer avec des taxes sur 50 milliards de dollars de produits américains importés (soja, boeuf...).

Sur le soja, l'enjeu est colossal: les Etats-Unis exportent un tiers de leur production de soja vers la Chine, qui a acheté l'an dernier pour 14 milliards de dollars de soja américain.

Or, la Chine pourrait déjà avoir réduit sensiblement ses achats aux Etats-Unis. Les importations totales de soja du pays, toutes origines confondues, ont chuté de 14% sur un an en avril, selon les douanes.

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