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Elections en Turquie: des votes recomptés à Istanbul et Ankara

Les autorités électorales turques ont commencé mercredi à recompter les votes dans plusieurs districts d'Istanbul et Ankara, après que le parti du président Recep Tayyip Erdogan eut refusé d'admettre sa défaite dans ces villes aux élections municipales de dimanche.

Sur les 39 districts que compte Istanbul, 18 sont concernés par cette mesure, a rapporté l'agence de presse étatique Anadolu. Dans 15 districts, seuls les votes comptabilisés comme nuls, dimanche, sont réexaminés. Dans les trois autres, toutes les voix sont recomptées.

A Ankara, toutes les voix vont être recomptées dans 11 districts sur les 25 que compte la capitale, selon Anadolu, après que le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) de M. Erdogan eut déposé des recours.

Si l'AKP est arrivé en tête de ce scrutin à l'échelle nationale, il a, selon les résultats provisoires, subi un revers cinglant en perdant à Ankara et en arrivant derrière l'opposition à Istanbul, deux villes contrôlées par les islamistes depuis 25 ans.

M. Erdogan a mis tout son poids dans la campagne pour ces élections qui s'annonçaient comme difficiles en raison de la tempête économique que traverse la Turquie, avec la première récession en 10 ans, une inflation de 20% et un chômage en hausse.

Selon des résultats provisoires et non-officiels publiés par Anadolu, le candidat de l'opposition à Istanbul, Ekrem Imamoglu, l'a emporté sur l'ex-Premier ministre Binali Yildirim avec environ 25.000 voix d'écart. D'après Anadolu, environ 300.000 voix ont été comptabilisées comme nulles à Istanbul.

Dans la capitale, le candidat de l'opposition, Mansur Yavas, l'emporte franchement avec 50,93% des voix, contre 47,12% pour son adversaire, selon ces résultats provisoires.

- "Tout continue" -

Mais refusant de concéder la défaite, l'AKP a saisi mardi le Haut-comité électoral (YSK) dans l'ensemble des 39 districts d'Istanbul et dans les 25 districts de la capitale Ankara pour contester les résultats.

Le parti de M. Erdogan dénonce des "irrégularités flagrantes" et estime que de nombreuses voix ont été indûment comptabilisées comme nulles, pénalisant selon lui ses candidats.

Dans une vidéo publiée mercredi par des médias progouvernementaux, le président Erdogan tente de rassurer des partisans, en affirmant qu'"en ce moment, tout continue".

Il a également qualifié ses opposants de "canards boiteux", rappelant que même si leur victoire était confirmée, l'AKP contrôlait la majorité des districts à Istanbul et Ankara.

Le scrutin de dimanche opposait deux blocs: d'un côté, l'AKP et ses alliés ultranationalistes du MHP. De l'autre, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et l'Iyi (droite), soutenus par les prokurdes du Parti démocratique des peuples (HDP).

Ces derniers ont récupéré plusieurs villes dans le sud-est à majorité kurde du pays, comme Diyarbakir et Van où ses maires avaient été remplacés par des administrateurs publics nommés par le gouvernement dans un contexte de pressions croissantes contre ce parti depuis 2016.

M. Imamoglu, qui se présente désormais comme le "maire d'Istanbul" à chacune de ses apparitions, a accusé mercredi l'AKP de chercher à "gagner du temps" et exhorté M. Erdogan à ne pas "laisser cette élection être entraînée vers des eaux troubles".

- Dormir sur les bulletins -

"Ne laissez pas trois ou quatre personnes qui se comportent comme des enfants dont on aurait pris les jouets saper la crédibilité de la Turquie", a-t-il lancé.

Redoutant des fraudes de la part des autorités, l'opposition a appelé ses partisans à être vigilants.

Des responsables du CHP ont partagé sur les réseaux sociaux des photos d'eux en train de dormir sur des sacs de jute contenant des bulletins de vote.

Interrogé au sujet des recours déposés mardi par l'AKP, le porte-parole du département d'Etat américain Robert Palladino a souligné qu'"accepter les résultats d'élections légitimes est essentiel".

Sans attendre, un porte-parole de M. Erdogan, Fahrettin Altun, a appelé les gouvernements étrangers à "s'abstenir de prendre des mesures qui pourraient être comprises comme une ingérence".

Dans l'attente des résultats officiels, les journaux progouvernementaux relaient la thèse d'un "complot" contre la Turquie, comparant le résultat du scrutin à la tentative de putsch de 2016.

"Qui a organisé ce coup d'Etat à travers les urnes ?", s'interrogeait ainsi mercredi le journal Star. L'influent éditorialiste Ibrahim Karagül, du quotidien Yeni Safak, appelait à organiser de nouvelles élections à Istanbul.

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