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L'eau, "une question de sécurité nationale" pour la Jordanie

En Jordanie, un des cinq pays les plus arides de la planète, l'eau constitue "une question de sécurité nationale", d'autant que l'afflux de réfugiés syriens a aggravé la pénurie, souligne Iyad Dahiyat, secrétaire général de l'Autorité jordanienne de l'eau.

Question: Comment décririez-vous l'état des ressources en eau en Jordanie ?

Réponse: Dans les normes internationales on considère qu'un pays qui dispose de moins de 1.000 m3 d'eau par personne et par an est un pays en pénurie. Les Jordaniens en reçoivent 123 m3 par personne. Cela fait de notre pays un des plus pauvres en eau au monde.

Nos ressources en eau sont très limitées et situées loin des zones habitées, qui sont sur des plateaux en altitude. Nos rivières doivent être partagées avec la Syrie et Israël et il est toujours compliqué d'obtenir notre juste part d'eau.

Nous avons conclu en 1994 un traité de paix avec Israël, qui nous vend de l'eau du lac de Tibériade. Avec la Syrie, nous avons un accord depuis 1987 sur le partage des eaux de la rivière Yarmouk. Malheureusement, il n'a jamais été respecté par la partie syrienne.

Nous avons aussi un accord avec l'Arabie saoudite sur le partage des sources et des nappes fossiles et il est bien appliqué par les deux parties.

Mais bien sûr tout cela dépend beaucoup de la situation politique.

Q: En matière d'approvisionnement, quel a été l'impact de l'arrivée des centaines de milliers de réfugiés syriens dans le nord de la Jordanie ?

R: Depuis 2011, la Jordanie a reçu plusieurs vagues de réfugiés syriens. Cela a lourdement pesé sur le secteur de l'eau. La demande en eau a augmenté de 21% dans l'ensemble du pays et de 40% dans les gouvernorats du nord d'Irbid et de Mafraq. Nous étions déjà en crise en raison de la raréfaction des ressources, l'afflux de réfugiés a ajouté une crise à la crise.

L'eau était déjà rationnée avec des livraisons une fois par semaine aux Jordaniens, qui devaient la stocker et l'utiliser efficacement. Avec la crise des réfugiés, l'eau n'est plus livrée une fois par semaine mais tous les quinze jours.

Cela a bien sûr généré des tensions. Les gens viennent se plaindre ne pas être livrés en eau dans les temps, ils nous demandent pourquoi ils devraient pâtir de l'arrivée des Syriens en Jordanie.

C'est la raison pour laquelle nous devons développer d'autres sources d'approvisionnement en eau. Par exemple, nous traitons les eaux usées pour les réutiliser dans l'irrigation dans la vallée du Jourdain.

Q: Le manque d'eau peut-il menacer la sécurité du pays ?

R: L'eau est précieuse, sur elle repose une partie de la stabilité même du Royaume. C'est une question de sécurité nationale et elle est traitée comme telle au plus haut niveau, par le roi lui-même.

Dans un pays en pénurie comme le nôtre, où nous devons faire face à la rareté des ressources et à une demande en hausse, il est difficile de fonctionner normalement. Il nous faut placer l'approvisionnement en eau avant toute chose. C'est une priorité qui doit aiguillonner l'action de l'ensemble du gouvernement et des agences de sécurité.

Depuis six ans, nous menons une campagne de lutte contre les puits illégaux. A ce jour, nous avons pu fermer quelque 1.000 puits illégaux et interrompre 36.000 branchements sauvages.

(Propos recueillis par Marie WOLFROM)

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