En ce moment
 
 

La communauté noire LGBTQ n'est pas au bout des ses combats

La communauté noire LGBTQ n'est pas au bout des ses combats
Une hôtesse d'un stand à la Harlem Pride, à New YorkKena Betancur

A l'image du mouvement tout entier, la communauté noire LGBTQ célèbre ce week-end les avancées obtenues depuis les émeutes de Stonewall, mais continue à faire face à des discriminations de tous bords.

Ils étaient environ 15.000, attendus ce samedi à la Harlem Pride, déclinaison de la parade des fiertés dans le quartier emblématique de la culture afro-américaine aux Etats-Unis.

Il y a dix ans, pour la première édition, seuls 2.000 personnes étaient venues.

"J'aime beaucoup", explique Leon McCutcheon, artiste du quartier, noir et gay, qui vient de fêter ses 60 ans. "C'est important que nous ayons une communauté gay, particulièrement les Afro-Américains parce qu'on n'entend pas beaucoup parler d'eux."

La visibilité, c'est une partie importante de l'action de la National Black Justice Coalition, dont David Johns est le directeur exécutif.

"Les gens comme moi, qui sont fiers d'être noirs et altersexuels (queer, c'est-à-dire à la sexualité sans genre) sont exclus de beaucoup des acquis associés au mouvement de libération gay ou plus généralement au mouvement LGBTQ", estime David Johns.

Pour lui, lors de la Gay Pride, on considère "acquis de pouvoir porter des arcs-en-ciel (les couleurs LGBTQ), parader, occuper l'espace (...) alors que les Noirs LGBTQ sont oubliés."

Il attire aussi l'attention sur les problèmes que rencontrent des Noirs LGBTQ hors de la communauté arc-en-ciel.

En 2017, 52 agressions mortelles visant, à dessein, des non-hétéros ont été répertoriées aux Etats-Unis par l'Anti-Violence Project (AVP), dont 71% visaient des personnes de couleur.

Depuis le début de l'année, 11 femmes noires transgenre ont été assassinées dans le pays, selon l'Human Rights Campaign.

- Peur du "coming-out" -

La discrimination prend aussi d'autres formes que la violence, comme en témoigne une étude du Williams Institute datée de 2009, qui montre que 32% des enfants de couples gays noirs vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 13% seulement pour les couples hétéros afro-américains.

"Le plus gros défi pour un Noir LGBTQ, c'est que vous êtes noir ET LGBTQ", souligne David Johns. "Et dans beaucoup de milieux et d'endroits à travers les Etats-Unis, les gens n'ont pas les outils pour avoir une conversation sur l'identité."

Même à Harlem, la communauté LGBTQ reçoit encore sporadiquement des marques d'hostilité, comme ces deux drapeaux arc-en-ciel brûlés, fin mai, par un vandale à l'entrée du seul bar LGBTQ du quartier, Alibi Lounge.

"Nous avons une grande communauté (LGBTQ) ici" à Harlem, explique Leon McCutcheon, "mais il y a encore beaucoup de gens de mon âge qui ont peur de sortir du placard."

Il y voit d'abord le poids de la religion, qui rend encore aujourd'hui, selon lui, le "coming out" quasiment impossible dans certaines régions, notamment sa Caroline du Sud natale.

Se superpose, selon lui, une certaine image de la masculinité. "Si tu es gay", résume-t-il, "tu es une chochotte".

"L'homophobie est toujours une réalité", estime Kemar Asphall, du NBLCA, spécialisé dans la lutte contre la propagation du VIH au sein de la minorité afro-américaine.

"Il y a toujours un côté dégradant" aux yeux de certains, poursuit-il. "Ce sont des facteurs qu'il faut traiter au sein de la communauté."

Mais les choses changent, doucement, reconnaît Leon McCutcheon, dont la soeur, qui a longtemps mal accepté son orientation sexuelle, se fait peu à peu à l'idée.

Après l'incendie des drapeaux devant l'Alibi Lounge, "des gens de tous bords, gays, hétéros, jeunes, vieux, sont venus dès les premières heures pour témoigner leur soutien et montrer qu'il s'agissait d'un incident isolé, qui ne reflétait en rien les valeurs de Harlem", explique Alexi Minko, le propriétaire de l'établissement.

Presque au même moment, le maire de New York Bill de Blasio a annoncé qu'un monument allait être dédié à l'héroïne transgenre noire Marsha P. Johnson, l'une des figures de Stonewall, conjointement avec une autre activiste trans, Sylvia Rivera, une initiative présentée comme une première mondiale.

Une étape marquante dans la reconnaissance des grandes figures noires LGBTQ, souvent oubliées jusqu'ici par l'Histoire du mouvement.

"Ces gens ont été essentiels dans le démarrage de Stonewall", rappelle Carmen Neely, présidente de la Harlem Pride. "Donc nous célébrons Stonewall, parce que cela fait partie de l'histoire afro-américaine."

Vos commentaires