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La rockstar démocrate Beto O'Rourke ratisse large dans le rural Iowa

Le phénomène médiatique Beto O'Rourke, dont la candidature à la Maison Blanche a secoué cette semaine la primaire démocrate, a ratissé large trois jours durant dans le rural Iowa, martelant ses priorités résolument marquées à gauche tout en se revendiquant "capitaliste".

"Vous considérez-vous comme un socialiste?"

Sensible, tant le terme "socialiste" véhicule aux Etats-Unis une connotation négative, la question lui a été posée vendredi matin par un homme venu l'écouter dans un café de Mount Pleasant, paisible petite ville du sud-est de l'Iowa.

Debout sur le comptoir, les manches retroussées, Beto O'Rourke ne s'est pas défilé. "Je considère que je suis capitaliste", a répondu sans hésiter le Texan de 46 ans, mettant en avant la "petite entreprise" de hi-tech qu'il avait lancée chez lui, à El Paso, à la fin des années 1990.

Né dans une famille aisée et marié à la fille d'un magnat de l'immobilier, l'ancien entrepreneur juge cependant l'actuelle "économie capitaliste" américaine "clairement imparfaite, inéquitable, injuste et raciste".

Sa belle gueule, ses tenues décontractées et son improbable gestuelle lui avaient valu à l'automne, lors de sa campagne pour le Sénat, l'attention des médias et le soutien de nombreuses célébrités, au premier rang desquelles la chanteuse Beyoncé, le basketteur LeBron James ou l'acteur Jim Carrey.

Battu d'une courte tête en novembre par le républicain Ted Cruz dans un Texas historiquement conservateur, l'ancien punk-rocker semblait hésiter à se lancer dans la course à la Maison Blanche pour 2020.

Malgré sa relative inexpérience politique, il a finalement franchi le pas, et l'annonce de sa candidature cette semaine dans une vidéo curieusement conformiste pour ce grand adepte des réseaux sociaux, ouvre de nouvelles perspectives parmi un nombre record de postulants démocrates à la succession de Donald Trump.

- Santé, immigration, climat -

Beaucoup plus au centre que le septuagénaire Bernie Sanders, socialiste autoproclamé, ou que la sénatrice Elizabeth Warren, Beto O'Rourke se rapproche davantage de l'ancien vice-président de Barack Obama et favori des sondages Joe Biden qui, à 76 ans, entretient encore un suspense de façade autour de sa candidature.

De trente ans son cadet, le Texan a souvent voté avec les républicains lors de ses six années (de 2013 à 2019) à la Chambre des représentants. Mais ce pragmatique a esquissé pendant les trois premiers jours de sa campagne de terrain dans l'Iowa, premier Etat à voter lors des primaires, dès février 2020, les contours d'un programme ancré à gauche sur bien des points.

Sans jamais mentionner le mur voulu par le président Donald Trump, le natif d'El Paso, ville frontalière avec le Mexique, a fait de l'immigration et de la régularisation de milliers de sans-papiers, l'une de ses priorités, aux côtés de la mise en place d'une couverture santé universelle et de la lutte contre le changement climatique --"le défi de notre génération".

Autres promesses: un salaire minimum à 15 dollars de l'heure, le contrôle systématique des antécédents pour toute vente d'arme à feu et une vaste réforme de la justice.

Homme de consensus, au-delà des barrières partisanes, Beto O'Rourke n'a évoqué Donald Trump lors de ses nombreux événements intimistes dans l'Iowa que pour en dénoncer la "rhétorique" dangereuse selon lui.

D'apparence accessible et naturel, il souhaite plutôt que "la gentillesse, la décence et le respect (...) se reflètent dans notre politique, notre démocratie et notre gouvernance".

Un message résolument positif troublé dès vendredi par une première polémique autour d'une violente fiction écrite à quinze ans alors qu'il appartenait à un groupe de hackers, pionniers du genre dans les années 1980, le "Cult of the Dead Cow".

"Je suis mortifié de relire cela aujourd'hui, incroyablement embarrassé mais je dois assumer ce que j'ai écrit", s'est platement excusé l'ancien ado rebelle, qui écrivait à l'époque sous un pseudonyme très éloigné de l'image de père de famille modèle affichée aujourd'hui: "Psychedelic Warlord", le chef de guerre psychédélique.

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