Décès en Israël d'une figure du camp de la paix et intervieweur d'Arafat

Décès en Israël d'une figure du camp de la paix et intervieweur d'Arafat
L'Israélien Uri Avneri marche avec d'autres militants de l'ONG pacifiste Gush Shalom en direction du QG du leader palestinien Yasser Arafat à Ramallah en Cisjordanie occupée, le 22 avril 2002MIKE NELSON
ISRAEL

Le journaliste israélien Uri Avnery, figure centrale du mouvement pour la paix avec les Palestiniens qui avait été durement attaquée dans les années 1980 pour avoir rencontré Yasser Arafat, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à Tel-Aviv, à 94 ans.

Grande voix de l'opposition à l'occupation israélienne des Territoires, avocat résolu de la création d'un Etat palestinien, Uri Avnery avait causé une tempête en recueillant en juillet 1982 ce qui est présenté comme la première interview de M. Arafat avec un journal israélien, Haolam Haze, qu'il dirigeait.

Il était à l'époque l'un des premiers Israéliens à rencontrer M. Arafat, alors considéré comme l'ennemi numéro un d'Israël. L'entretien avait eu lieu à Beyrouth, assiégée par l'armée israélienne.

Uri Avnery, dont le décès a été confirmé de source hospitalière, avait été soldat et avait même appartenu à une milice de droite avant de devenir une figure emblématique du camp de la paix avec les Palestiniens, en laquelle il a cru jusqu'au bout.

- Censure et attaques personnelles -

Né Helmut Ostermann, ayant choisi plus tard le nom d'Uri Avnery, il est né en Allemagne en 1923, d'où il émigre vers la Palestine mandataire en 1933 après l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler.

Brièvement membre de l'Irgoun, le groupe clandestin armé de droite qui combat le mandat britannique, il s'engage dans l'armée israélienne après la création de l'Etat d'Israël en 1948. Il est blessé lors de la guerre israélo-arabe.

Patriote israélien se définissant comme "post-sioniste", il a longtemps éprouvé un véritable amour envers Tsahal avant de se désoler que "l'armée du peuple" ait été "corrompue par l'occupation" des Territoires palestiniens.

En 1950, après sa démobilisation, il fonde Haolam Haze (Ce monde), hebdomadaire critique des institutions israéliennes. Il est la cible de la censure et d'attaques personnelles. Une bombe est placée au siège du journal en 1955, le seul de l'époque à ne pas être sous la coupe d'un parti.

Il restera pendant 40 ans à la tête de Haolam Haze, publiant des enquêtes et des faits divers souvent sensationnels dans un style inconnu alors en Israël, tout en militant pour la coexistence avec la population arabe et en faveur de la création d'un Etat palestinien.

"Nous n'étions pas plus de cent à travers le monde en 1949 à promouvoir cette idée", disait-il en 2011 de la création d'un Etat palestinien coexistant avec Israël, "aujourd'hui, le monde entier la soutient et c'est même le cas de la majorité des Israéliens".

Engagé tout à la gauche de l'échiquier politique israélien, il est élu au Parlement en 1965. Il y passera 10 ans en tout.

- "Changer de cap" -

En 1994, il fonde une ONG pacifiste, Gush Shalom (Bloc de la paix), en marge des autres mouvements pacifistes car plaidant pour le droit au retour des Palestiniens et de leurs descendants sur les terres dont ils ont été chassés ou qu'ils ont fuies à la création d'Israël en 1948.

Ecrivain prolifique, il écrit une dizaine de livres, dont, en 2014, son autobiographie intitulée "optimiste".

En 2011, il se disait consterné par l'évolution de la société israélienne. Mais il ajoutait rester "optimiste". "Je crois à la capacité de ce peuple de changer de cap", expliquait-il.

Uri Avnery a reçu de nombreux prix internationaux, dont le Prix de la paix Erich-Maria Remarque en 1995.

Il avait été admis il y a plusieurs jours à l'hôpital Ichilov de Tel-Aviv à la suite d'un accident vasculaire cérébral.

Le président Reuven Rivlin, du Likoud, le parti de droite du Premier ministre Netanyahu, a affirmé dans un communiqué que "les rivalités idéologiques disparaissent devant sa volonté de construire une société libre et forte".

Le chef de la Liste Arabe Unie (opposition), Ayman Odeh, a salué la mémoire de "l'homme qui a dédié sa vie à la paix et à la création d'un Etat palestinien".

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