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Pour les Kurdes syriens, le risque d'une offensive turque est réel (responsable à l'AFP)

Pour les Kurdes syriens, le risque d'une offensive turque est réel (responsable à l'AFP)
Photo d'Aldar Khalil, haut responsable kurde syrien, lors d'un entretien à l'AFP, le 5 août 2019Delil SOULEIMAN
Syrie

La Turquie attaquera les combattants kurdes dans le nord-est de la Syrie "à la première occasion", a assuré un haut responsable kurde syrien, Aldar Khalil, dans un entretien lundi à l'AFP.

Dimanche, le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé de lancer en Syrie une offensive contre les positions des Unités de protection du peuple (YPG), un groupe de combattants kurdes qualifié par Ankara de "groupe terroriste".

Pour Aldar Khalil, "Erdogan est sérieux et lancera une attaque à la première occasion" dans le nord-est du pays en guerre, où les Kurdes ont instauré une autonomie fragile.

"Si on n'en dissuade pas la Turquie et s'il n'y a pas de consensus pour une décision internationale l'en empêchant, elle va certainement être en mode offensif", a affirmé ce haut responsable politique à l'AFP.

Les YPG constituent l'épine dorsale des Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de combattants arabo-kurdes engagée en Syrie dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) aux côtés de la coalition internationale emmenée par Washington.

Le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a appelé lundi les Etats-Unis à "cesser leur coopération" avec les YPG, alors que des responsables turcs et américains s'entretenaient au même moment à Ankara de l'éventuelle création d'une "zone de sécurité".

Celle-ci devrait permettre de séparer la frontière turque de certaines positions des YPG dans le nord-est syrien.

Selon la presse turque, les négociations achoppent pour l'instant sur la profondeur d'une éventuelle "zone de sécurité", Ankara, qui veut éviter la formation d'une zone autonome kurde le long de sa frontière, réclamant une bande de 30 km de large en Syrie et exigeant d'en avoir seule le contrôle.

D'après M. Khalil, les Kurdes, qui refusent toute présence turque dans cette région, avaient accepté une zone tampon de 5 km de large mais Ankara a refusé cette proposition.

- Trouver l'"équilibre" -

Le 19 décembre, le président américain Donald Trump a annoncé le retrait des forces américaines qui luttent dans le nord-est de la Syrie contre les jihadistes aux côtés des FDS. De nombreux observateurs avaient alors dit craindre que cette mesure ne laisse à la Turquie le champ libre d'agir contre les YPG.

Les négociations entre responsables turcs et américains à Ankara traînent en longueur en raison des tentatives de Washington de "trouver un équilibre (...) et une formule de compromis", estime M. Khalil.

Les Etats-Unis pourraient "stopper l'attaque d'un seul mot mais on dirait qu'ils ne veulent pas mettre plus de pression que nécessaire sur la Turquie", juge-t-il.

Ces dernières semaines, des médias turcs ont fait état de l'envoi de véhicules militaires et d'unités de commandos vers des localités turques à proximité de la frontière syrienne.

La Turquie a mené deux offensives en Syrie en 2016 et début 2018 pour repousser les YPG.

En 2018, la Turquie a pris le contrôle de l'enclave kurde d'Afrine, dans le nord-ouest de la Syrie, après une offensive terrestre et aérienne de deux mois qui a poussé à la fuite des dizaines de milliers de personnes.

Mais si Ankara lance une nouvelle offensive, elle pourrait être difficile à mener, prévient M. Khalil.

"La Turquie aura des difficultés à faire voler ses avions dans le même espace aérien que l'aviation américaine", remarque-t-il.

Pour Nicholas Heras, expert du Center for a New American Security, si une "zone de sécurité" est créée, les Américains pourraient envisager la constitution de patrouilles communes.

Washington, "après des mois passés à retenir la Turquie, considère désormais que la seule chose qui empêchera l'armée turque d'envahir (les zones sous contrôle des YPG) est d'autoriser des unités militaires turques à patrouiller dans le nord et l'est de la Syrie avec la coalition", estime-t-il.

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