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Trump agite le spectre d'une crise migratoire en Europe pour défendre sa politique

Trump agite le spectre d'une crise migratoire en Europe pour défendre sa politique
Des manifestants contre la séparation des enfants de leurs parents sans-papiers le 14 juin 2018 à Los AngelesRobyn Beck

Donald Trump s'est invité lundi dans la crise politique en Allemagne, brandissant le spectre d'une immigration hors de contrôle en Europe pour justifier sa politique d'extrême fermeté aux frontières américaines, où quelque 2.000 enfants migrants ont déjà été séparés de leurs parents.

"Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants alors que l'immigration secoue la coalition déjà fragile de Berlin", a tweeté le président américain alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, joue sa survie politique.

"La criminalité en Allemagne est très en hausse. Grosse erreur dans toute l'Europe que de laisser entrer des millions de personnes qui ont si fortement et violemment changé leur culture!", a poursuivi Donald Trump, contredisant les statistiques officielles allemandes montrant une baisse de la criminalité en 2017.

"Nous ne voulons pas que ce qui se passe avec l'immigration en Europe se passe avec nous!", a-t-il encore lancé.

Une salve de tweets matinaux aux airs de contre-offensive face à la pression montante aux Etats-Unis pour qu'il mette fin aux séparations d'enfants migrants à la frontière, alimentée par des récits déchirants, l'indignation y compris dans le camp républicain et le malaise exprimé par Melania Trump elle-même.

Près de 2.000 enfants ont été séparés de leurs parents dans les six semaines ayant suivi la mise en oeuvre d'une politique de "tolérance zéro" sur l'immigration clandestine, mi-avril, d'après les chiffres officiels de l'administration Trump. Des centaines sont hébergés, avec d'autres mineurs arrivés seuls à la frontière, dans de grands centres de rétention près de la frontière avec le Mexique.

- "Changez les lois "-

Face à la tempête de réactions outrées jusque dans les milieux religieux conservateurs très influents sur son électorat, Donald Trump tient le même cap depuis des jours, martelant que la responsabilité revient aux démocrates qui bloquent, selon lui, toute avancée sur une réforme migratoire incluant ses exigences --notamment sur un mur à la frontière et une limite à l'immigration légale-- alors même que les républicains détiennent la majorité au Congrès.

"CHANGEZ LES LOIS", a tonné le président dans un tweet lundi. "C'est la faute des démocrates qui sont faibles et inefficaces sur la sécurité aux frontières et la criminalité. Dites-leur de commencer à penser aux gens dévastés par la criminalité venant de l'immigration illégale".

Dans un même souffle, Donald Trump a de nouveau lié sur Twitter les séparations de familles de migrants, dont beaucoup viennent d'Amérique centrale où la violence est endémique, aux questions de sécurité: "Des enfants sont utilisés par les pires criminels sur terre comme un moyen d'entrer dans notre pays. Est-ce que quelqu'un a regardé la criminalité au sud de la frontière. C'est historique, certains pays étant les endroits les plus dangereux du monde. Ca n'arrivera pas aux Etats-Unis".

Pour l'administration Trump, l'équation est simple: plus question de relâcher des sans-papiers parce qu'ils ont été interpellés en compagnie de mineurs qui ne peuvent être détenus avec eux, dans l'attente de leur hypothétique retour devant le juge comme c'était la pratique sous le démocrate Barack Obama.

Tous les clandestins surpris du côté américain de la frontière sont désormais poursuivis et écroués, martèle l'administration Trump, et leurs enfants doivent donc être hébergés de leur côté.

Sans détour, plusieurs hauts responsables de la Maison Blanche ont affiché clairement l'argument de la dissuasion des candidats à l'immigration illégale.

"Nous ne pouvons pas et n'allons pas encourager les gens à amener des enfants en leur donnant une vaste immunité face à nos lois", a encore déclaré lundi le ministre de la Justice Jeff Sessions.

"Si nous construisons le mur, si nous passons une loi pour mettre un terme au non-droit, nous n'aurons plus à faire face à ces choix terribles", a-t-il affirmé, alors que Donald Trump pourrait rencontrer les républicains au Congrès mardi, selon le Wall Street Journal.

- "Enfants en otage" -

Des arguments qui n'apaisent pas la tempête politique et médiatique agitant depuis près d'une semaine Washington, et au-delà.

Rarissime intervention dans un sujet politique brûlant, la Première dame Melania Trump a dit dimanche "détester voir des enfants séparés de leur famille".

Si elle reprend dans sa déclaration l'argument de son époux rejetant la responsabilité sur la paralysie au Congrès, l'intervention exceptionnelle de Melania Trump sur la scène publique témoigne du malaise au sein-même de la Maison Blanche.

L'ex-Première dame Laura Bush a elle aussi rompu sa traditionnelle discrétion avec des mots forts, en dénonçant une politique "cruelle".

"Certains dans l'administration ont décidé que cette politique cruelle renforçait leur pouvoir d'influence" au Congrès, a souligné sur Facebook un sénateur républicain, Ben Sasse. "C'est inacceptable. Les Américains ne prennent pas les enfants en otage. Point".

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