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Un sommet UE-Balkans sous l'ombre des défis de Trump à l'Europe

Un sommet UE-Balkans sous l'ombre des défis de Trump à l'Europe
Le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker (G) lors d'une conférence de presse avec le Premier ministre bulgare (D), Boyko Borissov, devant des dirigeants des pays des Balkans, à SoDimitar DILKOFF

Les Européens vont tenter de redonner du souffle à leur relations avec les Balkans occidentaux lors d'un sommet jeudi en Bulgarie, qui risque d'être éclipsé par des débats sur les défis diplomatiques à l'UE du président américain Donald Trump.

La rencontre des dirigeants européens avec leurs homologues de six pays --Albanie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine et Kosovo--, visent à "établir des liens étroits" avec cette région où la Russie tente d'étendre son influence.

Mais les 28 ont d'abord prévu de débattre entre eux, mercredi soir à Sofia, de la réponse à apporter aux Etats-Unis après leurs décisions de se retirer de l'accord sur le nucléaire iranien et de ne pas accorder d'exemption permanente à l'UE de droits de douanes sur l'acier et l'aluminium.

"Les politiques de Donald Trump sur l'accord iranien et le commerce vont faire face à une approche européenne unie. Les dirigeants de l'UE se saisiront des deux sujets" à Sofia, a annoncé le président du Conseil européen Donald Tusk dans la foulée de la très clivante décision américaine sur l'Iran.

Si la dégradation de la relation transatlantique inquiète, l'avenir de celle avec les Balkans revêt aussi des enjeux cruciaux pour le Vieux Continent.

Les Balkans "ont dramatiquement besoin d'une perspective européenne, sinon nous allons revivre tous les malheurs que nous avons connus pendant les années 90", ensanglantées par des guerres dans la région, a prévenu vendredi le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

L'exécutif européen a dévoilé mi-avril sa stratégie pour donner à ces pays une "perspective crédible d'élargissement", alors que des pourparlers d'adhésion n'ont pour l'heure démarré qu'avec la Serbie (en 2014) et le Monténégro (en 2012), que M. Juncker verrait bien devenir membres de l'Union "d'ici 2025".

-Rajoy absent-

Bruxelles propose désormais que les Etats membres acceptent d'ouvrir formellement les négociations d'adhésion avec l'Albanie et l'ancienne république yougoslave de Macédoine, pour récompenser leurs progrès dans la lutte contre le crime organisé et la corruption.

En revanche, les avis de la Commission sur la Bosnie-Herzégovine et surtout le Kosovo sont moins positifs. L'UE s'inquiète notamment des blocages persistants dans la normalisation des relations entre la Serbie et son ancienne province.

La question du Kosovo est particulièrement complexe pour les 28. Cinq d'entre eux (l'Espagne, la Grèce, Chypre, la Slovaquie et la Roumanie) ne reconnaissent pas sa déclaration unilatérale d'indépendance de 2008. D'ailleurs, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy sera même absent du sommet jeudi pour marquer son hostilité.

Plus généralement, plusieurs pays, dont la France, se refusent à accepter trop vite de nouvelles adhésions à l'UE de pays des Balkans.

Dans leur projet de conclusions du sommet, vu par l'AFP, les Etats membres de l'UE rappellent leur "soutien univoque à la perspective européenne" donnée aux pays des Balkans, mais ils évitent soigneusement d'utiliser les mots "adhésion" ou "élargissement".

Le texte met l'accent sur la nécessité d'améliorer la "connectivité" par des investissements dans les infrastructures de transport notamment, des échanges éducatifs et culturels, et des liens renforcés face à des "défis communs" comme la sécurité et les migrations.

-Russie 'agressive'-

Les conclusions préparées par les 28 n'évoquent pas non plus la question de l'influence russe, si ce n'est manière indirecte en s'engageant à travailler avec les pays des Balkans "contre la désinformation et autres activités hybrides".

Face aux réticences européennes, des dirigeants de la région ont averti que la Russie, comme la Chine et la Turquie, profiterait d'une trop longue période dans la salle d'attente de l'UE pour mieux ancrer leurs intérêts dans la région.

"Depuis longtemps, les intérêts de l'Ouest et de la Russie se croisent ici, comme à l'époque de la Guerre froide, mais la Russie tente d'étendre son influence dans la région d'une manière beaucoup plus agressive", selon Aleksandar Popov, directeur du Centre pour le régionalisme de Serbie, une ONG.

La Russie a accru sa présence médiatique dans la région des Balkans ces dernières années, mais son influence ne s'est pas encore concrétisée sur le plan politique ou économique.

Les candidats pro-russes n'ont pas réussi à conquérir le pouvoir au Monténégro, qui a rejoint l'année dernière l'OTAN malgré l'opposition de Moscou. Et en Macédoine, un nationaliste soutenu par Moscou a perdu le pouvoir au profit d'un pro-occidental.

Quant à la Serbie, la Russie y a toujours été considérée comme un allié important, mais le niveau des investissements russes y reste symbolique par rapport à ceux de l'UE et de ses Etats membres.

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