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USA: appel au départ du président de l'université USC, visée par trois plaintes

USA: appel au départ du président de l'université USC, visée par trois plaintes
C.L. Max Nikias, président de l'University of Southern California, le 11 mai 2018 à Los AngelesLeon BENNETT

La pression monte sur le président de l'université californienne USC, appelé à démissionner par de nombreux enseignants à la suite du scandale d'abus sexuels présumés d'un ancien gynécologue, tandis que se multiplient les plaintes de victimes.

Quelque 200 professeurs ont écrit mardi au conseil d'administration de l'institution de Los Angeles, exprimant leur "outrage et leur déception à propos des preuves s'accumulant et illustrant l'échec du président (C. L. Max) Nikias à protéger les étudiantes, nos employés et nos collègues".

Dans une lettre cinglante, ils affirment que M. Nikias a "perdu l'autorité morale pour diriger l'université".

Le conseil d'administration, où siège le réalisateur Steven Spielberg, a assuré dans un communiqué garder "toute sa confiance dans la gestion du président Nikias, son sens de l'éthique, ses valeurs".

Une réaction qualifiée d'"effarante" auprès de l'AFP par Hilary Schor, professeure d'anglais et co-auteure de la lettre.

M. Nikias a quant à lui publié un vaste plan d'action prévoyant notamment davantage de concertation, un nouveau code éthique, un "changement du système de signalement".

Au moins 200 étudiantes ont déjà appelé une ligne téléphonique spéciale pour apporter leur témoignage concernant le docteur George Tyndall, gynécologue au centre médical d'USC jusqu'à ce qu'il soit écarté de son poste en 2016, puis limogé en 2017 au terme d'un accord amiable.

Le médecin de 71 ans est accusé par des étudiantes et des infirmières d'avoir pénétré le vagin de dizaines de patientes avec ses doigts, parfois une main entière, sans raison médicale valable, faisant des commentaires lubriques sur leur tonicité vaginale, leurs seins, leur peau, entre autres.

Il n'était pas joignable mais avait nié toutes ces accusations auprès du Los Angeles Times.

Une troisième plainte contre l'université a été déposée mardi. Elle émane d'une étudiante en communication, Daniella Mohazab, et vise aussi le médecin, dénonçant entre autres violences sexuelles et négligence et réclamant des dommages et intérêts.

- "Aux mains d'un prédateur" -

La jeune femme, âgée de 19 ans à l'époque, a eu un rendez-vous avec le gynécologue en 2016.

Lors d'une conférence de presse au bureau de son avocate Gloria Allred, elle a expliqué que M. Tyndall avait fait des commentaires sur son physique, ses origines philippines, affirmant que "les Philippines sont bonnes au lit" et lui demandant également des détails sur sa vie sexuelle.

Contrairement à la norme aux Etats-Unis, la jeune femme a été auscultée seule par M. Tyndall et il lui a demandé d"'enlever le bas" tout en la regardant faire. Il a ensuite introduit et remué deux doigts dans son vagin "sans gant" et "pendant plusieurs minutes", affirmant que c'était pour "ne pas faire mal quand le bâtonnet (de prélèvement pour un test de maladie sexuellement transmissible, NDLR) serait introduit".

Elle se dit "choquée qu'USC ait eu connaissance de la conduite inappropriée du docteur Tyndall et l'ait laissé continuer à exercer".

Lors de la même conférence de presse, Angela Hawkins a dit avoir consulté le docteur en 2006 alors qu'elle avait 21 ans et qu'elle venait de se faire agresser sexuellement sur le campus: "C'est affreux de savoir qu'à un moment de telle vulnérabilité dans ma vie, j'étais dans les mains d'un prédateur".

Elle a aussi dénoncé la destruction de son dossier médical par l'université "entre 2015 et 2017", soit la période où l'USC a lancé une enquête interne ayant débouché sur l'éviction du médecin.

Enfin, l'avocate a lu le témoignage d'une patiente anonyme du docteur Tyndall en 1991: il a pris des photos de ses parties génitales, déclarant que c'était une nouvelle manière de dépister les cancers du col de l'utérus.

La jeune femme dit avoir signalé à l'époque ces agissements au directeur médical de la clinique qui a interrogé le médecin, mais il a nié tout acte déplacé et n'a pas été inquiété.

Ariel Sobel, diplômée en 2017, a raconté à l'AFP avoir consulté le gynécologue lorsqu'elle avait 18 ans: outre des commentaires homophobes, "il m'a dit plusieurs fois qu'il aimait avoir des patientes asiatiques".

Cette affaire rappelle celle de Larry Nassar, l'ex-médecin sportif de l'université d'Etat du Michigan condamné à 175 ans de prison pour avoir agressé sexuellement plus de 300 anciennes jeunes sportives.

Le scandale pourrait ternir la réputation d'USC, qui dépend notamment largement d'étudiants internationaux et chinois en particulier. D'autant que l'université a déjà été secouée l'an dernier par des révélations sur la consommation de drogues du doyen de la faculté de médecine.

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