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"Un projet immobilier pharaonique": Ils se mobilisent en masse pour sauver un espace vert à Woluwe-Saint-Lambert

La mobilisation contre un important projet immobilier sur le site de "La Ferme aux Oies" à Woluwe-Saint-Lambert est forte depuis le début du mois où les comités de quartier ont réagi dès l’ouverture de l’enquête publique. "Les promoteurs ont trouvé un bon filon pour faire du fric et ils l’ont fait le plus grand possible. Cet espace accueille encore des oies, des poneys, et des arbres centenaires qui vont être démolis", dénonce Marc de Mey, un habitant de l’avenue de la Croix du Sud.

Depuis le début de l’année 2016, les habitants de l’avenue de la Croix du Sud et de la chaussée de Roodebeek à Woluwe-Saint-Lambert, semblent afficher une opposition unanime au projet immobilier sur le site de "La Ferme aux Oies". Les comités de quartier se sont intensivement mobilisés et des pétitions ont circulé durant l’enquête publique qui s’est tenue jusqu’au 14 janvier dernier. Les habitants de la commune et plus particulièrement les riverains craignent la disparition d’un des derniers vestiges du Woluwe rural. 

"C’est un terrain privé donc évidemment, on ne peut pas s’opposer à sa vente, mais on s’oppose au projet immobilier qui est pharaonique. Les promoteurs ont trouvé un bon filon pour faire du fric et ils l’ont fait le plus grand possible. Qu’ils soient au moins raisonnables et n’exigent pas des dérogations à toute une série de règlements", nous a confié Marc de Mey, un habitant de l’avenue de la Croix du Sud, qui nous a contacté via notre page Alertez-nous. "Ce projet de logements va entre autres conduire à la destruction d’un espace vert, ce qui serait irrémédiable pour la commune. Il s’agit d’une ferme où il y a encore des oies, des poneys, et des arbres centenaires qui vont être démolis. Pour un promoteur immobilier, c'est un endroit idyllique." La S.A. Geerivan, basée à Herselt (province d'Anvers), a en effet présenté un dossier qui prévoit la construction de 41 logements, dont 13 maisons unifamiliales, un immeuble de 25 appartements sur 5 niveaux ainsi que trois appartements. Le tout sur un terrain vallonné d’un demi-hectare situé entre l’avenue de la Croix du Sud et la chaussée de Roodebeek.

Après avoir appris l’ouverture de l’enquête publique le 30 décembre 2015, des groupes de pression, réunissant près de 100 personnes, se sont concrètement coordonnés pour tenter d’annuler le déploiement de ces nouvelles constructions. Une réunion d’information organisée par le comité de quartier "Hameau de Roodebeek" et le comité "Capricorne-Pleiades-Constellations" a ainsi eu lieu le 7 janvier afin de manifester leur contestation à travers une pétition qui est parvenue à la commune. "Des volontaires ont été sonnés aux portes pour remettre cette pétition en main propre aux Woluwéens. Et en une semaine, on a recueilli 647 signatures", précise Marc de Mey qui fait partie d’un autre groupe d’habitants ayant rejoint les comités de quartiers. "Moi en parallèle, j’ai diffusé l’information sur les groupes Facebook qui traitent de l’actualité de Woluwe ainsi que sur la toile, où la pétition a recueilli 158 signatures au moment de la clôturer le 13 janvier." Les riverains concernés ont ainsi pu observer la solidarité d’autres habitants grandir autour d’eux. 

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 "Les risques d’inondations vont encore s’accroître"

Outre la préservation d’une prairie verdoyante appréciée de tous, leurs revendications fustigent également l’imperméabilisation du sol dans une vallée de Roodebeek sujette aux inondations ces dernières années.

"Cette vallée est soumise en cas d’orage à de fortes pluies. Les caves des maisons le long de la chaussée de Rodebeek sont d’ailleurs régulièrement inondées. Ici, en diminuant l’imperméabilisation des sols, les risques d’inondations vont encore s’accroitre", poursuit Marc de Mey.

Le circulation actuelle dans le quartier risque par ailleurs de doubler. "60 voitures supplémentaires vont donc pouvoir entrer sur ce site. Nous sommes inquiets car au niveau des places parkings ça va devenir très compliqué même si le projet immobilier en prévoit de nouvelles", ajoute-t-il.

L’harmonie architecturale du quartier des "Constellations" au style de "cité-jardin" sera par ailleurs également compromise.

Autant d’arguments que les habitants vont tenter de défendre en nombre à la commission de concertation prévue le 29 janvier prochain et qui permettra de rendre un avis auprès de la Région bruxelloise.

Une commission à laquelle participera le conseiller communal Ecolo (opposition), Jean-Claude Van der Auwera, qui devrait plus que probablement prendre la parole afin de déconstruire un projet estimé à quelque 15 millions d’euros et, qu’il juge "démesuré".

"Cela fait quelques années qu’on sait qu’il y aura une construction sur ce grand terrain. Mais nous avons découvert un projet qui est certainement gigantesque pour le quartier", indique-t-il.

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"Les grandes terrasses offriront des vues plongeantes sur tous les jardins environnants"

Jean-Claude Van der Auwera estime par exemple que le volume de l’immeuble de 25 appartements projeté à l’avenue de la Croix du Sud est inadéquat: "Mettre un bâtiment de cinq étages à côté de maisons individuelles et installer des grandes terrasses qui offriront des vues plongeantes sur tous les jardins environnants, c’est choquant. Cela justifierait à tout le moins une demande de dérogation."

La construction des 13 maisons individuelles en intérieur d’îlot pourrait aussi être un argument de poids. Selon le conseiller communal Ecolo, certaines parcelles sont répertoriées au plan régional d’affectation du sol (PRAS) en zone d’équipement d’intérêt collectif ou de service public. "Le fait que le CPAS ne soit pas, actuellement, intéressé par ces parcelles ne devrait pas en changer la destination sans qu’une dérogation ne soit accordée. De plus, 4 des 13 maisons sont indiscutablement projetées en intérieur d’îlot, ce qui constituerait un non-respect de la jurisprudence urbanistique qui n’autorise plus les constructions dans ces zones", ajoute-t-il.

Il pointe également le manque d’intégration architecturale des bâtiments notamment à la chaussée de Roodebeek, l’une des plus anciennes rues de la commune.  Quant au vallon de la « Ferme aux Oies », véritable témoin de l’époque rurale de Woluwe-Saint-Lambert, "l’opportunité d’y implanter un bâti de qualité, bien intégré dans la typologie particulière du quartier, a été ignorée."

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"Un problème d’inondations"

Dans cette zone de l’entité où la problématique de la lutte contre les inondations est donc déjà bien intégrée, l’imperméabilisation d’une prairie de cette dimension est un point noir que les contestataires ne manqueront pas de mettre en avant. "On a un problème d’inondations avec un collecteur déjà surchargé et qui régulièrement déborde. Donc on ne peut pas l’accepter ces nouveaux logements sans prendre de précautions. En analysant les plans, j’ai découvert qu’il n’est absolument pas conforme au règlement d’urbanisme de la Région bruxelloise (RRU) car, aucun bassin d’orages n’est prévu", rapporte Jean-Claude Van der Auwera.  17 citernes de récupération des eaux de pluie d’une capacité totale de 127,6 m3 sont annoncées dans les plans, ce qui dans le RRU n’est pas reconnu comme un dispositif ralentisseur de ruissèllement.

La réalisation du projet nécessiterait donc pour être lancée des demandes de dérogation au plan régional d’affectation du sol (PRAS) et au règlement régional d’urbanisme (RRU).

Le Collège communal va être amené à se prononcer rapidement

Dans ce dossier, le Collège communal a jusqu’à la fin du mois de janvier pour se prononcer et livrer sa position.  Ce qui sera fait précisément d’ici la commission de concertation qui se tiendra donc le 29 janvier dans la salle "Jubilation" au bâtiment "Wolu Techni Cité", de la chaussée de Stockel.

"De manière générale, on veille à garantir une véritable qualité de vie de nos habitants avec des conditions très strictes (perméabilité des sols, la construction de bassins d’orages et la préservation des intérieurs d’îlots", assure l’échevin de l’urbanisme, Jean-François Thayer qui rappelle qu’une demande de permis a déjà été refusée sur ce site par le passé. "Vu le nombre de réactions des habitants, la commune va vite rendre un avis. Ici c’est la Région qui doit se prononcer pour délivrer ou refuser." A noter qu’aucun permis d’urbanisme n’a encore été délivré à la société demandeuse dont le dossier a toutefois été jugé suffisamment complet pour mener à la consultation des citoyens.

Ce terrain que les habitants perçoivent comme un espace vert fait en réalité partie du cadastre de la région bruxelloise et est donc constructible.  

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