En ce moment
 
 

2ememain.be, leboncoin.fr: de nouveaux arnaqueurs vous font envoyer les colis n'importe où, puis vous rackettent et vous menacent

2ememain.be, leboncoin.fr: de nouveaux arnaqueurs vous font envoyer les colis n'importe où, puis vous rackettent et vous menacent
arnaque, paypal, seconde main, 2iememain.be, leboncoin.fr

Deux personnes nous ont envoyé leurs échanges d'emails édifiants avec des pseudos acheteurs de leurs objets sur des sites de seconde main. Des arnaques qui mélangent Paypal, Neosurf et menaces. Récit de deux flagrants délits…

Ce n'est pas nouveau: la vente d'objets de seconde main est l'angle d'attaque idéal des arnaqueurs du web, qui semblent chaque année toujours plus nombreux. C'est un moyen très simple pour entrer en contact avec des personnes qui seront conciliantes, car sur le point de gagner de l'argent en vendant un bien.

Antonino est l'une de ces victimes. Dernièrement, il a vendu des vêtements de seconde main sur un site français, leboncoin.fr "Dans la même journée, j'ai reçu trois offres de clients potentiels", nous a-t-il expliqué après avoir contacté la rédaction de RTL info via la page Alertez-nous.

Mais après quelques heures et quelques échanges de mails, il s'est rendu compte qu'il s'était fait avoir: il a envoyé les colis à des adresses choisies aléatoirement par les arnaqueurs, dont le seul but était de soutirer de l'argent à Antonino par la suite. Stéphanie a connu une mésaventure identique, quelques jours plus tôt: on peut donc parler d'une nouvelle "vague" d'arnaques.

Antonino voulait vendre quelques vêtements

L'histoire d'Antonino est un cas d'école. "Je voulais vendre quelques affaires des enfants. Une paire de chaussures de la petite qui grandit si vite, le blouson Armani de Luca qui fait de la gonflette, et une casquette Gucci".

Comme ça ne mordait pas beaucoup du côté de Kapaza.be (un site belge de petites annonces), il a mis les vêtements en vente sur un équivalent français nettement plus consulté: leboncoin.fr. Et là, miracle: trois réponses enthousiastes dans la journée, une pour chaque article.

A chaque fois, la même procédure: "Ils m'ont demandé s'ils pouvaient payer avec Paypal (une sorte de compte en banque en ligne lié à votre carte de crédit, NDLR), et ils m'ont dit qu'ils allaient faire le paiement".

Antonino met en route la procédure pour l'envoi des colis.

Les arnaqueurs jouent sur la méconnaissance de Paypal

Quelques heures après avoir conclu les ventes via des échanges d'emails, Antonino reçoit à nouveau des messages des acheteurs.

Tout prend immédiatement une tournure très suspicieuse. Le pseudo-acheteur du blouson Armani lui dit dans un français que nous avons du corriger: "J'aimerais savoir si vous avez fait le nécessaire concernant l'envoi du colis. N'oubliez pas de communiquer le numéro du suivi au service Paypal à leur adresse email qui est je crois bien: s.virement.acreditationeurope@gmail.com".

Antonino sent venir l'arnaque. Et il a raison: il n'y a aucune raison de communiquer un numéro de suivi de colis à Paypal, qui ne s'occupe que du transfert d'argent d'un compte Paypal à un autre. De plus, l'adresse email suggérée par l'arnaqueur est un indice gros comme une maison. En aucun cas Paypal n'utiliserait une adresse Gmail aussi saugrenue (ceci étant dit, même un hacker à la petite semaine sait imiter une adresse d'envoi différente, ça n'est donc pas une garantie).

S'en suit "une combine terrible", nous dit cet homme de 55 ans, en invalidité suite à un accident de travail. Les arnaqueurs misent sur la méconnaissance de Paypal, jouent sur l'urgence et la naïveté des gens. A l'aide de la fausse adresse email, ils se font passer pour le service clientèle de Paypal, réclamant l'envoi d'argent afin d'activer le "serveur international" du compte d'Antonino (une activation inventée de toutes pièces…)


carte
Avec un code Neosurf, il est possible de charger sa carte de crédit


"Activer" son compte Paypal… avec 5 recharges Neosurf de 100€

Et ils insistent avec l'autre adresse email, celle utilisée pour correspondre en tant qu'acheteur:

"Je viens d’être contacté par le service Paypal qui m'informe que votre compte Paypal n'est pas actif", écrivent-ils alors à Antonino. "Vous devez vous acquitter de recharges Neosurf (voir encadré) de 500 euros pour l'activation de votre compte au niveau international (…) Vous devez vous rendre le plus rapidement possible dans une librairie, pour acheter 5 recharges Neosurf de 100 euros et après quoi vous devez communiquer les codes de rechargement au service Paypal via l'adresse s.virement.acreditationeurope@gmail.com".

Vous l'avez compris, l'idée des arnaqueurs est de recevoir de l'argent de manière anonyme, et non via un virement bancaire ou un transfert vers un compte identifiable.

Ils essaient de noyer le poisson de manière grotesque: "Figurez-vous que cette somme de 500 euros sera ajoutée aux 70 euros que je vous ai virés, ce qui vous permettra de recevoir la somme de 570 euros sur votre compte Paypal (…) comme ça vous ne perdez rien".

Sans scrupule, ils tentent également faire croire à Antonino que, eux aussi, ils doivent payer pour activer leur compte. "De mon côté, je compte acheter les carte de recharge Neosurf de 500 euros aujourd'hui à 18h pour que mon compte Paypal soit activé".

Menacé par "la police Interpole" (sic), il envoie balader l'escroc

Antonino s'est rendu compte de la supercherie dès qu'il a été question des 500 euros à payer via des recharges Neosurf. Il a mis fin aux discussions par email, au moment où l'escroc en venait aux menaces: "D'ici 24h si vous n'avez pas fait le nécessaire, la Police interpole viendra vous voir", lui a écrit un certain "Jérôme Olivier", nom d'emprunt de l'arnaqueur. 

Antonino envoie alors balader son interlocuteur. "J'attends Interpol, c'est mieux", ou "Allez vous faire voir ailleurs". 

Il a dès lors fait le maximum pour limiter la casse: "J'ai fait bloquer mes trois envois de colis. Le premier colis j'ai pu le retirer in extremis, via Kiala chez le distributeur où j'avais déposé la boite quelques heures plus tôt. Le deuxième, j'ai fait opposition à la poste pour fraude, il a été bloqué et j'ai pu le récupérer aussi".

Entretemps, il a mené sa petite enquête, et s'est rendu compte que les colis étaient envoyés à des adresses authentiques, mais choisies aléatoirement par les arnaqueurs, qui peuvent agir de l'autre bout de la planète (on sait que les pays africains francophones prennent souvent pour cible la France et la Belgique).


Un salon de coiffure à Paris reçoit des colis "toutes les semaines"

"Grâce à Google Street View, j'ai pu identifier correctement l'adresse de mon troisième colis, un envoi sur Paris. Il s'agit d'un salon de coiffure à Aubervilliers! J'ai pu m'entretenir avec la vraie personne habitant à l'adresse stipulée par l'arnaqueur. Elle n'a bien sûr rien commandé et m'a assuré que dès que le colis arrivera chez elle, elle me contactera pour que je puisse le récupérer".

Fait étonnant: l'arnaqueur ne prend pas la peine de changer ses fausses adresses. "La coiffeuse parisienne m'a indiqué que toutes les semaines, elle recevait des colis qu'elle refusait"...

arnaque_steph
L'un des emails reçus par Stéphanie.

Stéphanie a été menacée: "10 ans de prison"

Une semaine avant Antonino, Stéphanie nous avait également contactés pour nous raconter une histoire similaire.

"Voulant vendre plusieurs sacs que je n'utilisais plus, j'ai posté une annonce sur le site très connu 2ememain.be. Dans le quart d'heure qui a suivi, j'ai reçu une offre d'une femme qui semblait intéressée. Elle me dit qu'elle est prête à mettre 20€ de plus que le prix si j'envoie l'objet le plus rapidement possible. Elle me demande de lui répondre sur une autre adresse email. Peu méfiante sur le coup, je lui réponds et nous concluons l'offre". Une vente rapide et conclue par email, c'est le même cas de figure qu'Antonino.

"L’arnaque est arrivée plus tard quand elle m'a demandé mes coordonnées Paypal. Je reçois un e-mail soi-disant de Paypal, m'indiquant que je dois envoyer le lien de suivi de mon colis, le nom de la compagnie de livraison, mon numéro de portable et mon code postal. Là je deviens méfiante, pourquoi mon numéro de portable et mon code postal ? Plus bizarre encore, la femme avec qui je communique me dit que mon paiement est en instance et que je dois passer mon compte Paypal en premium (en envoyant des recharges Neosurf, comme avec Antonino, NDLR) pour débloquer l'argent. Plus étrange encore, les mails provenant soi-disant de Paypal sont envoyés d'une adresse visiblement situé en Russie".

On est donc dans une arnaque en tout point similaire. Mais l'escroc se montre plus pervers. "La femme est allée jusqu'à me menacer si je ne la remboursais pas, alors que je n'avais rien reçu de sa part ! Suivi d'un mail m'indiquant que si je ne payais pas les recharges Neosurf, je risquais une peine de 10 ans de prison".

Dans la correspondance que Stéphanie nous a faite parvenir, on comprend pourquoi les escrocs prennent la peine de demander des informations personnelles (numéro de suivi du colis, adresse, numéro de téléphone): pour mieux menacer leur victime récalcitrante.

"Nous vous informons que nous disposons de toutes les informations sur vous et l'acheteuse. Par conséquent, nous vous prions de bien vouloir procéder à l'achat du coupon et nous remettre le code de rechargement dans les plus brefs délais", lui a en effet écrit "paypal service" (en réalité, un certain service.89@list.ru)...

2ememain.be impuissant

Les sites de seconde main, aussi grands soient-ils, jouent au jeu du chat et de la souris avec les arnaqueurs. Même sur eBay, où il faut s'identifier et où un système de notation existe, les escorcs pullulent.

Sur 2ememain.be, "les vendeurs doivent s'inscrire et sont notés sur leur transaction, mais pas les acheteurs potentiels", nous a expliqué Pertra Baeck, porte-parole du site qui sert avant tout à mettre en relation. 

"Dans 99.9% tout se passe bien. Mais comme dans la vie de tous les jours, il faut rester vigilant", a-t-elle ajouté. Les sites de seconde main doivent se contenter de prévention, à l'image de ce blog sur 2ememain.be, "de l'envoi d'emails et de newsletters". 

Conclusion

Les faux emails Paypal envoyés dans le cadre de la vente d'un objet de seconde main, c'est un coup classique, qui existe depuis de nombreuses années. Mais les escrocs sont inventifs: ces dernières semaines, ils ont tenté de faire croire à (au moins) deux Wallons que leur compte Paypal devait "être activé sur le serveur international" ou "devenir premium" pour qu'ils puissent toucher effectivement l'argent de la vente.

Cette fausse mise-à-niveau de leur compte se ferait via l'envoi de code de rechargement d'une carte Neosurf (carte prépayée à utiliser sur internet, voir encadré) à une fausse adresse de Paypal. Le seul but des escrocs est de recevoir de l'argent de manière anonyme: il n'y a pas de compte en banque ni d'identité liés à l'usage de la carte.

L'arnaque est énorme, et ni Antonino ni Stéphanie ne sont tombés dans le panneau. Mais qu'en est-il des personnes moins expérimentées, et plus crédules ?

Hélas, la vente des objets ayant été conclue avant que la sombre histoire Paypal n'intervienne, Antonino avait déjà envoyé les colis à des adresses aléatoires (bien qu'authentiques: un salon de coiffure à Paris, un Brantano à Nimy), où des quidams étonnés réceptionnent des colis qui ne leur sont pas adressés.

"Dans l'histoire je perds 38€ de frais d'envoi. Attention donc, on ne le dira et écrira jamais assez : soyons vigilant en permanence", a conclu Antonino, qui avoue qu'avec le temps, "il a fait trop confiance à internet", après avoir vendu d'autres objets sans problème. "Désormais, Paypal, c'est non, et on paie à l'avance".

"Méfiez-vous donc !", a sagement conclu pour sa part Stéphanie.

Notre conseil est simple: n'envoyez jamais un colis avant d'être certain d'avoir été payé. Et ignorez tous les emails qui se disent "de Paypal" mais qui n'en ont pas l'air: vérifiez l'email précis de l'expéditeur, la qualité du français, l'urgence de l'envoi ou du paiement, les menaces, les paiements à l'aide de recharge de carte prépayée, etc…

arnaque_steph2
Les escrocs n'hésitent pas à menacer

 

 

 

 

 

Vos commentaires