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Rue transformée en "décharge à ciel ouvert" à Lodelinsart (photos): "Rien ne bouge depuis 4 ans", accuse Christophe

Rue transformée en
©DR
 
 

Dans la rue Jonet à Lodelinsart (Charleroi) , d'importants dépôts sauvages sont apparus ces derniers mois. La problématique est bien connue de la commune. Ces actes d'incivilité ne diminuent pas et la situation devient inacceptable pour les riverains et les promeneurs chez qui le sentiment de révolte grandit. Parmi eux, Christophe attend des autorités communales qu'elles trouvent des solutions.

"Voici de nombreuses années que la rue Jonet sert de décharge à ciel ouvert. Le 26 mai dernier, j'ai interpellé l'intercommunale TIBI (qui s'occupe de la gestion de la propreté publique) pour venir nettoyer l'endroit, la réponse a été assez rapide, tout comme celle du service propreté de la ville de Charleroi. Sauf que ce dimanche 21 juin, le dépôt était toujours là, et a pris encore un peu plus d'ampleur. Une chose constatée, TIBI et le service propreté de la Ville se renvoient la balle quand il s'agit d'intervenir dans cette rue, on se croirait à Roland-Garros. Les riverains en ont ras-le-bol", écrit Christophe via le bouton orange Alertez-nous.

L'habitant de Charleroi passe régulièrement dans cette rue pour ses activités sportives. Voir ces déchets prendre autant de place dans cette rue provoque chez lui un sentiment de révolte. "Il y a aussi un sentiment d'insécurité. Cela provoque des nuisances pour les riverains et pour les nombreux promeneurs qui passent par cet endroit", confie-t-il. "Les photos qui je vous ai envoyées représentent qu'une partie des déchets. Il y en a aussi dans la rue adjacente. Je vois ces dépôts sauvages quand je fais notamment mon jogging, et je suis surpris que rien ne bouge depuis au moins 4 ans. Cela ne met pas en valeur notre région."

TIBI, qui gère la propreté publique, confirme que ses équipes interviennent régulièrement dans cette rue pour enlever des dépôts sauvages, à une exception dans ce cas-ci. "Nos activités de propreté incluent le balayage des rues, la vidange des corbeilles publiques et le traitement des dépôts clandestins sur la voie publique. Nos équipes passent 2 à 3 fois par semaine dans la rue Jonet à Lodelinsart, qui fait partie de nos points d’attention, et lors de nos passages nous collectons effectivement des dépôts clandestins", indique le directeur général de TIBI, Philippe Teller. "Nos interventions couvrent les dépôts clandestins qui se trouvent sur la voie publique, et non sur les espaces privés tels que ceux qui sont repris à notre meilleure connaissance sur les photos jointes. Normalement, il revient à chaque propriétaire d’espace privé d’éviter l’apparition de dépôts clandestins sur son site et de les traiter le cas échéant. Dans le cas contraire, la commune pourrait se retourner contre le propriétaire de ce terrain."

Sur une parcelle privée qui jouxte une parcelle publique

La commune de Charleroi explique pourquoi l'enlèvement des déchets à cet endroit est plus compliqué qu'il n'y paraît. "Nous sommes à la rue Jonet sur une parcelle privée qui jouxte une parcelle publique", précise Fanny Van Leliendael, la porte-parole du cabinet du bourgmestre Paul Magnette.

1/ S'il s'agit d'un domaine public

"Les agents constatateurs de la ville de Charleroi vont tenter d’établir la charge de la preuve en vue d’une sanction. Ceci n’est pas toujours possible, il faut soit un flagrant délit, soit détection d’éléments de preuve via une fouille du dépôt clandestin. Si la charge de la preuve peut être établie, il y aura sanction administrative pouvant aller de 50 € à 100.000 €", précise Fanny Van Leliendael.  "J’apporte d’emblée une nuance à ce montant, car il est important de préciser que le principe de proportionnalité sera toujours de mise. Ceci est à la discrétion de la Fonctionnaire sanctionnatrice qui établira un montant proportionnel à l’infraction commise. Le dépôt sera enlevé par l’intercommunale Tibi à qui la ville a délégué l’ensemble des missions de propreté publique (à l’exception de la répression) pour le district centre."

2/ S'il s'agit d'un domaine privé

"Nous n’intervenons pas d’emblée. Un agent constatateur de la Ville de Charleroi ira constater le dépôt clandestin et identifiera le propriétaire des lieux. Il le met en demeure d’évacuer le dépôt. Il peut aussi lui recommander de protéger sa parcelle de sorte que d’autres personnes malveillantes ne viennent la souiller. Il peut dresser un constat en vue d’une sanction qui sera définie, en vertu du principe de proportionnalité, par la fonctionnaire sanctionnatrice. Si le propriétaire ne s’exécute pas à la suite des mises en demeure, la Ville peut aller jusqu’à la prise d’une mesure d’office. Elle se substitue alors au propriétaire défaillant, procède elle-même au nettoiement de la parcelle et retourne ensuite la facture au propriétaire. Ce n’est pas aux citoyens carolos de payer le prix de l’incivisme de quelques-uns."

La Ville de Charleroi a bien pris connaissance du problème et dépêchera un agent constatateur sur les lieux dès ce mardi.


 

Christophe a interpellé les différentes autorités chargées de combattre au mieux ce type d'incivilité, sans résultats concluants à ses yeux. Il propose spontanément quelques pistes pour mettre un terme à cette situation. "Avec les riverains, on se demande s'il ne serait pas plus simple d'y construire un parking de covoiturage, envisager un projet immobilier ou un bassin d'orage pour que cet endroit ne serve plus de décharge. Quant à la pose de caméras sur ce site, qu'en est-il?"

Parmi d'autres solution avancées pour lutter contre ce phénomène difficile à éradiquer, Mahmut Dogru, l’échevin de la propreté publique de Charleroi, a proposé d'instaurer des travaux d’intérêt communal. Il ne s'agirait donc pas de travaux d'intérêt général imposés par médiation judiciaire, mais plutôt d'un accord signé entre la ville et l'auteur des faits, qui participerait à des collectes de déchets. Etant donné que la plupart des amendes ne sont pas perçues à cause de l'insolvabilité ou de la précarité des contrevenants, l'objectif est de trouver une alternative. Le projet de Mahmut Dogru n'est pas encore entrée en vigueur, mais pourrait faire de Charleroi, la première commune en Wallonie à mettre ce système en place.

Un autre dossier est sur la table: travailler avec des caméras embarquées dans des voitures banalisées, qui iraient se placer dans les endroits problématiques.

"L’amende administrative s’élève jusqu’à 250 euros + l’enlèvement des déchets, sans quoi la Ville évacuera et traitera le dépôt, aux frais du pollueur : ce sont les mesures d’office", prévient la commune sur son site internet.

TIBI reprend progressivement toutes les activités de propreté publique

L'intercommunale TIBI a progressivement étendu ses activités de propreté publique sur Charleroi. Chaque jour, ce sont trois tonnes de déchets récoltés par les ouvriers. Chaque matin, deux camions embarquent plusieurs dépôts clandestins dans les différentes régions de la ville.

TIBI avait repris en mars 2018 la gestion de la propreté publique dans l’intra-ring de Charleroi. Depuis ce 6 janvier, elle a pris la relève dans tout le périmètre du district Centre (Charleroi Nord, Lodelinsart et Dampremy). En novembre 2020, les districts Sud et Ouest seront pris en charge. Cela sera ensuite au tour du district Nord en janvier 2021, avant le district Est en juillet 2021. Cette mutualisation des moyens humains et matériels a pour objectif d'augmenter la propreté dans les rues de la ville, en vidant aussi plus souvent les poubelles publiques.

"Depuis qu’on a repris le district centre, on a déjà fait pas mal de travail pour traiter les différents zones et les dépôts clandestins qui peuvent s’y trouver. Mais c’est un travail régulier et répétitif car des dépôts sont générés régulièrement", explique le directeur général de TIBI, Philippe Teller.

La ville de Charleroi reste néanmoins la seule compétente en ce qui concerne la répression des incivilités.

"Il faut savoir qu’au niveau de la partie répression, aujourd’hui, la ville de Charleroi conserve cette activité d’agent constatateur. On travaille avec la commune main dans la main pour pouvoir adresser ces dépôts clandestins. Mais notre rôle aujourd’hui est surtout de les signaler et de les traiter de manière à évacuer les déchets qui sont trouvés."

TIBI aimerait malgré tout apporter son soutien dans la phase de répression, en proposant la formation de brigadiers qui pourront apporter des sanctions appropriées."Notre personnel qui est pourtant sur le terrain fait le constat d’actes de malpropreté et d’actes d’incivismes, mais ne peut pas intervenir, si ce n’est en faisant la remarque à la personne. On a discuté avec la ville de Charleroi de la possibilité de faire en sorte que notre personnel d’encadrement puisse suivre les formations d’agent constatateur, puisse être assermenté par la ville et puisse effectuer des constats valablement. Aujourd’hui, il y a deux membres de notre encadrement qui ont suivi la formation et qui devraient prochainement être opérationnels", annonce Philippe Teller.

Y-a-t-il suffisamment de personnel pour évacuer les décharges sauvages ? "Au niveau du traitement de ces dépôts clandestins, il y a suffisamment de personnel que pour pouvoir intervenir. Mais une remise à blanc de la situation n’est pas suffisante. Cela risque de créer un appel d’air. Pour nous, il est important que la prévention, l’action de propreté et la répression soient gérés de la même manière. Il faut coupler le fait de traiter les dépôts clandestins avec une répression. Si les gens voient que TIBI intervient rapidement pour évacuer les dépôts, on risque de voir un dépôt clandestin qui se reconstruit rapidement derrière notre passage. C’est qui ce qu’il se passe actuellement", conclut le directeur général de TIBI.

 

Le PTB demande un plan propreté plus ambitieux 

Pour le chef de groupe PTB (qui représente l'opposition au conseil communal) Germain Mugemangango, la commune de Charleroi devrait mettre en place un plan propreté plus ambitieux.

"Nous sommes actuellement dans une situation transitoire. L'accès aux parcs à conteneurs a manqué durant cette période, et cela peut expliquer certains dépôts clandestins. Maintenant que les recyparcs sont rouverts, il n'y a plus d'excuses. Le problème dans la rue Jonet est connu, et il n'y a pas que cet endroit à Charleroi. Nous devons sensibiliser les citoyens pour qu'ils respectent le voisinage et l'environnement. Il faudrait des assemblées au niveau des quartiers, discuter avec les gens pour savoir d'où viennent les déchets."

Germain Mugemangango détaille également le plan propreté qu'il envisage pour lutter contre les déchets dans sa commune. "Premièrement, il faut s'assurer qu'il y ait assez de poubelles publiques. Deuxièmement, il faudrait revoir la taxe poubelle (200 euros par famille) et le prix notamment des sacs blancs (10 euros pour 10 sacs). Selon moi, la logique des poubelles payantes n'est pas la bonne, car il faut avoir suffisamment d'argent pour pouvoir les acheter. On voit que cela ne fonctionne pas, la ville est toujours aussi sale. Il faudrait arrêter de taxer les déchets", estime-t-il. 

Le membre du PTB demande aussi de revoir la répartition des interventions de l'intercommunale TIBI. "Elle est surtout concentrée sur l'hypercentre à Charleroi et des quartiers sont délaissés. Y a-t-il suffisamment de personnel?", s'interroge-t-il avant de conclure: "J'aimerais qu'on envisage également l'installation de conteneurs enterrés afin que les citoyens y aient accès facilement pour déposer leurs déchets."

Vous avez peut-être déjà aperçu des conteneurs enterrés à la ville haute de Charleroi. Ils ont été installés par TIBI dans 14 rues de Charleroi. Ils peuvent accueillir tout type de verre (bouteille, flacon en verre etc...). Des conteneurs accessibles gratuitement 7 jours sur 7 , de 7 à 22h. Cela concerne près de 950 ménages carolos. Dans ces rues, terminé donc les bacs de verre qui traînent sur les trottoirs le jour de la collecte. Une fois plein, les conteneurs enterrés sont vidés par TIBI.




 

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