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La bourse du fils de Valérie réduite de 1.000€ après un séjour linguistique en Irlande: "Ce ne sont pas des vacances" répond le Forem

La bourse du fils de Valérie réduite de 1.000€ après un séjour linguistique en Irlande:

Une famille namuroise avait sollicité pour son fils une aide financière de 4.000 euros auprès du Forem. Cet argent devait en partie couvrir les frais d'un an de vie en Irlande. La bourse a été réduite de 1.000 euros car l’étudiant de 18 ans n'a pas amélioré son niveau d'anglais de manière suffisante. Chaque année, le Forem consacre deux millions d'euros à ces séjours linguistiques.

En 2017, Ethan (prénom d’emprunt par volonté d'anonymat), le fils de Valérie, a fait part de son désir d’aller vivre un an à l’étranger pour s’immerger dans une nouvelle culture et améliorer sa connaissance de l'anglais. Sa maman l’a immédiatement encouragé dans sa démarche et a décidé de solliciter une aide financière auprès de la Région wallonne dans le cadre du Plan Langues.


Une aide financière en deux temps

Un dossier a ainsi été remis au Forem qui octroie ces bourses d’étude. Ethan a notamment dû rédiger une lettre de motivation pour décrire son projet d’immersion en détails.

Celui-ci a été accepté mais, avant d’être définitivement retenu, l’étudiant de 18 ans a dû passer un test linguistique organisé dans un centre de formation du Forem. Un test réussi qui lui a ouvert les portes d’un long séjour en Irlande (du mois d’août 2017 au mois de juin 2018). Une aide financière substantielle lui a été octroyée avec un paiement en deux temps: 3.000 euros versés à l’avance et 1.000 euros pouvant lui être versés après le voyage sous certaines conditions. Arrivé à destination, Ethan a dû respecter certaines conditions pour ne pas "perdre" cette dernière aide financière de 1.000 euros. Parmi celles-ci, la fréquentation obligatoire à tous les cours prévus dans l'établissement scolaire qui l'accueillait, et la rédaction d’un rapport sur son séjour là-bas.


"Le souci est que mon fils avait déjà un très bon niveau d’anglais"

A son retour en Belgique, le jeune Namurois a dû remplir une ultime condition pour obtenir les derniers 1.000 euros de la bourse d’étude: réussir un second test linguistique du Forem, pour prouver son évolution en anglais.

C’est à ce moment-là que la situation s’est corsée.

"Le souci est que mon fils avait déjà un très bon niveau d’anglais, et il a fait un très bon résultat au premier test. Quand il est revenu en juin dernier, il a passé le second test. Son niveau était de nouveau très bon, mais il n’avait pas acquis le niveau supérieur, un niveau équivalent à celui des enseignants. Il avait progressé mais pas suffisamment", affirme Valérie.

Pour réussir le premier test, les candidats doivent démontrer qu'ils possèdent au minimum le niveau A2, ce qu’est parvenu à faire Ethan en obtenant un B2. Un niveau qu’il n’a pas été capable de dépasser, lors du test à son retour et lors d’un rattrapage en octobre dernier. "Le problème est que mon fils est au courant que nous avons du mal financièrement et il a été extrêmement stressé. Il l’a presque foiré car il savait qu’il y avait 1.000 euros en jeu", argumente Valérie.




"Nous clôturons votre dossier sans versement du solde"

Quelques semaines plus tard, elle a reçu un courrier de la part du Forem. "Les résultats linguistiques que vous avez obtenus lors du passage du test de rattrapage après votre immersion ne répondent toujours pas aux exigences fixées. Dès lors, et conformément au vade mecum, nous clôturons définitivement votre dossier sans versement du solde de l’intervention financière."


 

Déçue de la tournure des événements, Valérie, qui aura déboursé 9.000 euros de sa poche (+3.000 euros d’aide du Forem) pour le séjour de son fils, pointe ce qui, selon elle, constitue une faille dans le Plan Langue mis en place par la Région wallonne.


"Des jeunes faisaient exprès de mal faire le test"

"Ce qui est rageant, c’est que quand j’ai accompagné mon fils pour le test, des parents m’ont dit qu’il y avait des jeunes qui faisaient exprès de mal faire le test avant de partir pour être sûr de montrer une évolution à leur retour et ainsi obtenir une bourse complète. Je trouvais ça dommage de ne pas l’avoir su", ajoute-t-elle. "Finalement, il y a des jeunes qui avaient un niveau super médiocre avant de partir, qui sont revenus avec un niveau bien inférieur à celui de mon fils, mais qui ont eu la bourse car ils ont progressé."

Selon elle, ce fameux test serait "formaté et pas fidèle à la réalité du terrain". "Mon fils a été en Irlande et il y avait des questions sur les traditions aux Etats-Unis ou des émissions télé en Angleterre. C’est tellement formaté que ce n’est pas forcément en lien avec ce qu’il a vécu. Il était dans les campagnes en Irlande et le vocabulaire n’était pas vraiment le même que pour un jeune qui irait dans une famille aux Etats-Unis ou en Angleterre", explique-t-elle.

Elle conclut: "C’est évident que tous les jeunes ne sont pas obligés de partir à l’étranger, mais je ne voulais pas priver mon enfant de cette opportunité-là. Je me disais malgré tout que je pouvais miser sur une bourse de 4.000 euros. Finalement, je ne l’ai pas eue. C’est dommage car le but à la base est de permettre à tout le monde de pouvoir partir."


Le porte-parole du Forem répond: "Ce ne sont pas des vacances"

A la question de savoir s’il est préférable d’obtenir un résultat "en-dessous de ses capacités" au premier test pour "s’assurer" ensuite une bourse d’études complète, le porte-parole du Forem, Thierry Ney, n'entre pas dans ce débat-là et répond avec fermeté.

"Il faut remettre l’église au milieu du village. Pour pouvoir bénéficier d’aides financières et aller faire ce stage en immersion durant une année, il faut avoir un certain niveau de langue pour pouvoir prétendre partir à l’étranger. Deuxièmement, il est intéressant pour les jeunes que le Forem évalue à sa juste valeur le niveau de départ de ces personnes car ce ne sont pas des vacances qui sont proposées à ces jeunes", souligne-t-il. "C’est un soutien financier pour les encourager à augmenter leurs compétences linguistiques. Au final, c’est quand même pour ressortir avec des compétences qui pourront être utiles dans le monde professionnel. Il est important pour le Forem d’avoir ce rôle de contrôleur pour d’une part, ne pas lâcher dans la nature des étudiants qui auraient un niveau trop faible et d’autre part, vérifier que ce type de formation a été bénéfique pour les jeunes."

Au total, 2900 personnes ont déjà pu bénéficier de cette aide financière depuis sa création en 2014. "Moins d’1% n’ont pas atteint l’objectif final qui leur avait été fixé et n'ont pas pu obtenir la bourse complète. On parle donc d’objectifs et d’ambitions réalistes", souligne le porte-parole du Forem. "Pour les personnes qui souhaitent bénéficier de cette aide financière, elles peuvent se rendre sur le site du Forem pour visualiser les prérequis qui sont exigés pour bénéficier de ce genre d’avantage et être bien conscient des attentes." Pour cette année 2019, l’Office wallon de la formation professionnelle et de l’emploi indique par ailleurs avoir prévu un budget de plus de 2 millions d'euros consacré à ces formations en immersion.



Qui peut bénéficier de cette aide financière?

Pour améliorer leurs connaissances linguistiques avant d'entamer leurs carrières académiques et/ou professionnelle, les jeunes ont le choix entre différents types d'immersions:

1) une année (une langue aux choix) en seconde rhéto ou en 1ère année du supérieur.

2) un semestre (une langue aux choix) en seconde rhéto, en 1ère année du supérieur ou en école de langue.

3) Une année (2 langues au choix) en seconde rhéto, en 1ère année du supérieur et/ou cours de langues (+ 12h par semestre de visites en entreprise ou bénévolat, avec rapports d'immersion et de visite d'entreprise à rédiger en fin de séjour).

Les étudiants peuvent ainsi se perfectionner dans trois langues: en néerlandais (en Flandre ou aux Pays-Bas), en allemand (en communauté germanophone, en Allemagne ou en Autriche) et en anglais (au Royaume-Uni, en Irlande, à Malte, aux Etats-Unis ou au Canada (hors Québec).

Après leurs formations linguistiques, certains bénéficiaires ne se mettent pas directement à la recherche d'un emploi. "Ils se forment pour les langues mais après ils peuvent basculer vers des études. Nous voulons permettre aux jeunes de se former le plus possible et les langues font partie des compétences à acquérir pour trouver du travail. Est-ce trop précoce si le jeune doit encore faire toutes ces études supérieures ensuite? Ce n'est jamais trop tôt", répond Thierry Ney. "Il y a des jeunes qui vont dans des classes d'immersions bien avant durant leurs parcours scolaires."

A noter qu'actuellement, aucune enquête ou chiffre ne permet d'évaluer si ces formations permettent de trouver un emploi plus facilement. On sait toutefois que la maîtrise d'une langue supplémentaire constitue toujours un atout dans la recherche d'un emploi.


Plus de 250 formations

Thierry Ney rappelle aussi que le Forem offre à l'heure actuelle plus de 250 formations et parmi celles-ci, on retrouve des modules de formation en langues.

"Il y a la formation classique avec un professeur dans une classe (plus de 250.000 heures dispensées dans ce cadre-là), il y a la formation à distance par ordinateur, et puis il y a des formations qui invitent les jeunes et les personnes intéressées à le faire de façon immersive, en entreprise ou à l’étranger", indique-t-il.

Avec l'objectif d'augmenter les compétences linguistiques des demandeurs des demandeurs d’emploi ou des jeunes, le Forem évalue chaque année le succès de ce plan. "2900, c’est un chiffre objectif sur lequel on se base. Le Forem veut permettre aux demandeurs de venir se former car le marché de l’emploi est toujours plus compétitif. Il est important de continuer à se former pour tenter d’obtenir le job de vos rêves."

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