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Pascal déçu: il n'aura pas sa dernière prime wallonne car ses panneaux photovoltaïques sont suffisamment rentables

Pascal déçu: il n'aura pas sa dernière prime wallonne car ses panneaux photovoltaïques sont suffisamment rentables
panneaux solaires

Le Carolo déclare qu'on lui avait promis cinq années de prime. Mais la CWaPE (commission wallonne pour l'énergie) rappelle que le montant de cette prime est établi de façon à atteindre une rentabilité de 5% et un retour sur investissement en 8 ans. Or, cette année, par rapport à ce but, il n'y avait pas de nécessité de verser une prime, indique la CWaPE.

Alors qu'ils devraient être source de satisfaction financière et écologique, les panneaux solaires évoquent plutôt à certains propriétaires déception et amertume. En cause: une succession d'erreurs d'estimation et de manques de réactivité politique.

Quand Pascal a installé ses panneaux sur sa maison à Marcinelle dans le Hainaut, le système de prime était en transition. On pouvait encore opter pour les certificats verts (CV) mais ils étaient en plein questionnement: notre témoin "a donc opté pour Qualiwatt", le nouveau système de calcul des primes apparu en 2014, nous a-t-il expliqué après avoir contacté la rédaction de RTL info via le bouton orange Alertez-nous.

Et aujourd'hui, "il le regrette" car il n'a pas reçu autant d'argent qu'il espérait.

12 panneaux pour 12.000 euros: "Je devais les rentabiliser en 6 ans"

En 2013, Pascal habitait avec sa famille à Marchienne-au-Pont. Une maison acquise en 2009 et sur laquelle il souhaitait installer des panneaux solaires. "Pour économiser sur ma facture, pour utiliser de l'énergie propre et ne plus dépendre des réseaux de distribution".

Il a donc fait installer 12 panneaux, pour "environ 12.000 euros": les travaux sont finalement effectués en 2014. "L'entreprise qui a installé les panneaux m'avait demandé d'attendre, car elle devait suivre des formations pour être agréée Qualiwatt", un nouveau système de primes qui venait d'être mis en place, pour remplacer les fameux certificats verts dont la valeur et la durée venaient d'être abaissés (voir plus bas).

maison
Les panneaux et l'installation électrique de Pascal

Pascal a opté pour Qualiwatt car "on promettait 5 primes de 1.001 euros", à raison d'une par an. A l'époque, "les certificats verts posaient des problèmes" et la Région était en train d'en abaisser fortement la valeur et la durée de vie.

L'installation effectuée correspondait à ses besoins annuels en énergie, "environ 5.000 kW". Depuis lors, "je ne paie plus mon électricité, à part les 5 euros par mois de frais de dossier à Engie". Avant cela, sa facture d'électricité était d'environ 95€ par mois, soit 1.140 euros par an.

Son installation aurait donc dû être amortie entièrement après environ 6 ans, à la grosse louche (5.000€ de primes + 7.000€ d'économie sur la facture d'électricité).

La prime Qualiwatt est calibrée pour que le retour sur investissement du citoyen soit de 8 ans, et la rentabilité de l'installation de 5%

Pourquoi a-t-il perdu une prime ? "Elle est calibrée"

Mais en réalité, Pascal n'a pas reçu les primes annoncées. "J'ai reçu 1001€ en 2014, 812€ en 2015, 770€ en 2016, 1001€ en 2017", explique-t-il, preuve à l'appui.

Il reçoit depuis 4 ans sa prime "au mois de juin". Mais ne voyant rien venir cette année, il se renseigne auprès d'ORES, le gestionnaire de réseau ayant la charge de verser ces primes. "Ils m'ont dit que cette année, il n'y avait pas de prime". Il appelle ensuite le service de médiation de la CWaPE, qui confirme la situation :

mail

D'après Pascal, "apparemment, c'est M. Crucke qui a décidé". Jean-Luc Crucke est le Ministre wallon du budget, des finances et de l'énergie depuis environ 1 an. Il a donc hérité du dossier empoisonné des aides au photovoltaïque.

Pascal prétend qu'il n'a "reçu aucune explication, aucun courrier lui stipulant qu'il ne toucherait pas de prime".

Nous avons contacté la CWaPE (commission wallonne pour l'énergie) pour tenter de comprendre la situation de Pascal. "En réalité, la prime peut être révisée tous les ans, selon les prix de l'électricité", nous a expliqué Stéphanie Grevesse, porte-parole.

La prime Qualiwatt "est calibrée pour que le retour sur investissement du citoyen soit de 8 ans, et la rentabilité de l'installation de 5%".

Si la prime de Pascal est tombée à zéro lors de cette dernière année, c'est que "elle n'était pas nécessaire pour atteindre l'objectif".

Pourquoi une chute si brutale en fin de parcours, et non étalée sur 5 ans ? "Parce qu'on avait misé sur une introduction plus rapide du 'tarif prosumer' (une sorte de taxe pour le propriétaire de panneaux solaires, voir plus bas, NDLR). Finalement, il n'arrivera qu'en 2020". Pascal n'a pas payé cette 'taxe' annuelle, donc la rentabilité sera plus précoce que prévu.

Les explications que nous avons obtenues se trouvent en réalité sur le site de la CWaPE, et sont d'application depuis le début du plan Qualiwatt. Mais peu de citoyens lisent dans le détail toutes les conditions d'octroi d'une prime… Pour Pascal, "les belles promesses se sont envolées", et il doit dire adieu aux 1.000€ qu'il espérait. Son installation sera néanmoins remboursée en environ 8 ans, comme envisagé initialement par le plan Qualiwatt.

Historique des aides à l'installation de panneaux: des certificats verts à… la fin des primes

Rappelons rapidement la sulfureuse histoire des panneaux solaires en Wallonie. La Région a très mal calculé la viabilité de son concept de certificats verts (CV) il y a une dizaine d'années. Trop généreuse, cette politique de primes annuelles a créé une explosion de la demande: des sociétés allaient jusqu'à installer "gratuitement" des panneaux et se payaient en récoltant les précieux certificats à la place des propriétaires. Il y a donc eu une marche arrière des autorités qui ont rapidement constaté un gouffre dans le budget…

Tout d'abord, la Région a diminué la valeur de ces CV (et donc de la prime annuelle) et leur durée de vie (de 15 ans, il a été ramené à 10 ans). Ce qui a provoqué une sacrée pagaille car tout le monde avait calculé son coup en fonction de ces CV, surtout les installateurs dit "tiers payant", qui ne facturaient rien au client mais lui prenaient ses primes.

Dès lors, vers 2014, un autre système de prime a été mis sur pied pour les nouvelles installations, baptisé Qualiwatt. Il s'agissait de 5 primes d'environ 1.000€, recalculée tous les semestres sur base des promesses initiales de rentabilité (5%) et de retour sur investissement (8 ans).

Ces promesses étaient moins avantageuses que celles des CV, mais malgré cela, ces primes creusaient encore trop le budget de la Région. Elle a donc décidé dernièrement, après des discussions mouvementées entre majorité et opposition, de mettre un terme pur et simple aux primes envers ceux qui décident d'installer des panneaux depuis le premier juillet 2018.

On considère que la rentabilité est suffisante sans prime, car le prix des panneaux a pratiquement chuté de moitié

"On considère que la rentabilité est suffisante sans prime, car le prix des panneaux a pratiquement chuté de moitié", nous a expliqué Stéphanie Grevesse, porte-parole de la CWaPE, la commission wallonne pour l'énergie.

Entretemps, hélas, le "tarif prosumer" a été acté. En 2020, les producteurs d'énergie solaire devront s'acquitter de ce qui ressemble bien à une taxe annuelle d'un montant compris "entre 80 et 120€ par kWc". Il s'agit de la mesure de rendement d'une installation de panneaux solaires, et il faut compter sur 4 kWc environ par maison (1 kWc est plus ou moins égal à 8 mètres carrés de panneaux). Donc cette "taxe" sera assez élevée…

Il reste néanmoins le principe du compteur électrique qui 'tourne à l'envers'. "Tous les ans, on fait la moyenne entre l'énergie consommée et l'énergie produite. Si on produit plus, la facture est de 0€, si on produit moins, on paie le surplus comme tout le monde. C'est avantageux car le particulier qui injecte de l'énergie sur le réseau et fait tourner son compteur, finalement il la vend au prix où il l'achète, or c'est normalement nettement moins élevé que ça".

Les chiffres étonnants du photovoltaïque en Belgique

Pour être complet dans notre nouveau dossier 'photovoltaïque', ajoutons quelques chiffres. S'il y a eu une chute vertigineuse du nombre d'installations de panneaux solaires après la marche arrière du gouvernement wallon quant à l'octroi des certificats verts (2013-2014), les chiffres sont en croissance depuis lors. La reprise s'est confirmée avec les derniers chiffres disponibles, de 2017:evol

C'est surtout grâce à la Flandre (42.500 nouvelles installations) que les chiffres sont bons. Le Wallon (5.600 installations en 2017) se méfie encore des règles changeantes de la Région après le fiasco des certificats verts et l'abandon récent de Qualiwatt…

D'après les derniers chiffres que nous avons obtenus auprès d'Elia, le gestionnaire du réseau de transport de l'électricité en Belgique, les panneaux solaires représentent 5% du total de l'énergie produite en Belgique :part

La puissance installée se répartit entre les trois régions de manière très déséquilibrée : Flandre (73%), Wallonie (25%), Bruxelles (2%).

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