Mehdi Bayat et les Red Flames: "On ne doit pas être dans une hypocrisie par rapport au foot féminin"

Mehdi Bayat et les Red Flames:
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Nos Red Flames se sont offert deux matchs de prestige la semaine dernière. Contre les Pays-Bas, 4e au ranking FIFA et contre l’Allemagne, 2e nation mondiale. Ces matchs de gala en vue de préparer l’Euro 2022 ont montré le chemin qu’il reste à parcourir à nos Flames pour atteindre les sommets du football mondial. Un chemin qui va "dans la bonne direction" mais qui "sera semé d’embûches" selon le président de la Fédération Belge de Football, Mehdi Bayat.

"Face à des équipes du top comme les Pays-Bas et l’Allemagne, on a vu qu’il y avait encore du chemin mais on a prouvé aussi qu’on avait les ressources nécessaires pour ennuyer ces équipes-là" observe Mehdi Bayat, président de l'Union belge de football. Si nos Flames ont pris l’eau contre les Pays-Bas (1-6), elles ont montré un meilleur visage contre les Allemandes malgré une défaite 2-0. "Je pense que ça montre qu’on va dans la bonne direction mais le chemin sera encore semé d’embûches et on va encore devoir travailler" poursuit le président.

Pour faire progresser notre équipe nationale, il ne suffit pas d’améliorer les conditions des Flames. A l’instar d’un arbre que l’on veut faire pousser, on arrose les racines et pas les feuilles. Pour que les joueuses appelées en équipe nationale puissent être les plus performantes possibles, il est primordial que le niveau du football en Belgique augmente lui aussi. Pour se faire, il faut "faire en sorte qu’il y ait un marché économique autour du foot féminin professionnel en Belgique". Pour Mehdi Bayat, "le foot féminin ne doit pas uniquement se consacrer aux Red Flames. La grosse majorité des joueuses de l’équipe nationale joue dans le championnat de Belgique. On doit faire progresser notre Super League (la D1 Belge féminine, NDLR)." Une responsabilité qui repose sur chacune des dix équipes de Super League.

J’étais même incapable de citer trois noms de Red Flames

Justement, avec sa double casquette de président de la Fédération belge et d’administrateur délégué du Sporting de Charleroi, Mehdi Bayat est en première ligne. "Aujourd’hui je suis beaucoup plus engagé sur deux volets (…) parce que d’un côté il y a une stratégie que l’on veut appliquer à travers la Fédération et de l’autre côté je peux l’appliquer avec ma casquette à Charleroi." S’il dit être plus engagé aujourd’hui c’est parce que le patron du football belge avoue qu’avant de devenir président de la Fédération, il n’accordait pas beaucoup d’intérêt au foot féminin. "J’étais même incapable de citer trois noms de Red Flames" nous a-t-il déclaré.

Cette période est désormais bien derrière lui et la volonté de le Fédération à pousser le foot féminin vers le haut est bien réelle. Pour l’illustrer, le président met un point d’honneur à être présent à chaque match. « On ne doit pas être dans une hypocrisie par rapport au foot féminin. Je ne peux pas dire d’un côté qu’on soutient le foot féminin et de l’autre ne pas montrer qu’on a de l’intérêt pour le foot féminin. »

Les sponsors ne s’intéressent pas encore suffisamment au foot féminin

Un marché pour le foot féminin

Créer un marché économique autour du football féminin serait donc la clé pour in fine rendre notre équipe nationale plus compétitive. Très bien, mais en quoi ça consiste ? "Il faut qu’il y ait un intérêt de plusieurs clubs sur la même joueuse, de manière à ce que la joueuse puisse négocier avec les clubs et obtenir de meilleurs salaires. Ça c’est la base, mais pour pouvoir créer un vrai marché il faut qu’il y ait une rentabilité autour de nos équipes féminines, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Parce que les sponsors ne s’intéressent pas encore suffisamment, il faut aussi que l’on pousse à ce niveau-là."

Pour rameuter les sponsors, cela passe par une visibilité accrue. Le détenteur des droits, Eleven, a diffusé certains des matchs de la Super League cette année. "Une très bonne chose" pour Mehdi Bayat mais ça n’est pas encore suffisant pour autant. "Il faut qu’on fasse en sorte qu’il y ait encore plus de diffusion, plus d’intérêt, plus de revenus qui viennent vers les équipes et que ces revenus soient utilisés pour pouvoir améliorer les conditions contractuelles de nos filles pour essayer à moyen terme d’avoir des équipes professionnelles."

De son côté, la Fédération ne se contente pas d’émettre des avis et compte bien servir d’exemple. "Aujourd’hui tout ce qui est fait pour les hommes est dupliqué chez les femmes. Explique Mehdi Bayat. Ça veut dire qu’il n’y a pas de différences dans la manière de traiter nos Red Flames par rapport à nos Diables Rouges." En tout cas au niveau des infrastructures car un point fait tâche, encore et toujours : le salaire.

Sur ce point, le président de la Fédération est on ne peut plus lucide. "On a souvent dit qu’on aimerait qu’un jour on arrive à une égalité économique ; aujourd’hui c’est utopique, on ne peut pas dire le contraire. Tout simplement parce que les revenus ne sont pas les mêmes. Mais on doit travailler pour essayer de les faire progresser et c’est la volonté stratégique de la Fédération."




 

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