"Quelque chose de fusionnel": nous avons accompagné à l'entraînement des champions belges de course de chiens de traineau (vidéos)

 

Quand on vous parle de chiens de traîneaux, logiquement, vous pensez à la neige. N’ayez crainte, c’est totalement logique. Mais saviez-vous que la Belgique était elle aussi le théâtre de courses de ce genre ? Mieux que ça, nos meilleurs mushers, comme on les appelle, ont récemment brillé en décrochant 7 médailles mondiales !

S’il s’agit bien entendu d’un sport, la course de chiens de traîneau ou mushing est surtout le fruit d’une relation parfaite entre un maître et ses chiens. C’est ce que nous a expliqué Jonathan Benois, musher depuis une dizaine d’années. Ce dernier, vice-champion du monde en 2019 dans sa catégorie, a commencé le mushing après avoir découvert Rock, son tout premier chien, un malamute, une race originaire d’Alaska. "C’est une race que mes parents appréciaient quand j’étais enfant. Je me suis renseigné et j’ai vu que ces chiens avaient besoin de faire beaucoup de sport", nous explique Jonathan. "J’ai regardé ce que je pouvais faire avec lui sur internet et je suis tombé sur le mushing. Je me suis renseigné, inscrit dans un club et tout est parti de là", commence-t-il.

Mes chiens sont comme mes enfants

De là est née une passion. Jonathan Benois s’est spécialisé dans la course sprint, sur des parcours allant de 4 à 8 kilomètres sur terre, atteignant les 12 km en conditions neigeuses. S’il s’est entraîné de son côté, il a aussi passé énormément de temps à dresser ses chiens. De quoi faire naître des relations particulières.

"Personnellement, mes chiens sont comme mes enfants", nous confie-t-il. "Je passe énormément de temps avec eux, que ce soit à l’entraînement ou à la maison. C’est quelque chose de spécial, de fusionnel. Après la course, ils ont droit aux câlins, aux jeux… c’est important pour eux, ils travaillent pour nous faire plaisir, on se doit de leur rendre la pareille".

On commence à former un chien vers l’âge de 10-11 mois

La formation des chiens

Pour parvenir à obtenir de son chien une obéissance totale, le travail commence relativement tôt. "On commence à former un chien vers l’âge de 10-11 mois", nous explique le musher belge, qui nous explique ensuite la marche à suivre. "On regarde comment il se comporte avec nos ordres pendant les balades, on regarde s’il assimile vite ou pas et on évolue avec lui. Vers un an, je le mets à l’attelage avec d’autres chiens un peu plus âgés et je regarde comment il s’adapte. Selon ce qu’il fait, j’évalue sa position".

Un processus de dressage complet. Mais trois aspects sont travaillés en particulier pour tenter d’atteindre de bonnes performances. Le tout peut d’ailleurs prendre un certain temps. "On apprend d’abord les directions, la musculation et la vitesse. C’est un programme complet qui peut prendre, selon le chien, 2,5 à 3 ans", détaille Jonathan Benois, qui a dû composer avec un chien relativement difficile à dresser. "Le malamute est têtu, il a l’habitude de faire ce qu’il veut, ce qui exige de prendre plus de temps", nous explique-t-il en rigolant.

Les chiens les plus âgés vont tout apprendre aux plus jeunes. Ils prennent un rôle de mentor

Sur neige avec un traîneau, sur terre avec un petit véhicule à roues

Si le mushing sur neige se pratique avec des traîneaux, les épreuves sur terres se courent avec des véhicules munis de roues, semblables à de petits karts. Pour tirer de telles charges, les mushers n’ont d’autres choix que de travailler la musculature de leurs chiens. Quitte à employer de gros moyens.

"J’entraîne mes chiens avec un quad. On est deux dessus, sans le moteur, qui est retiré. On travaille avec du poids pour développer leur musculation", nous explique Jonathan Benois. Le résultat est saisissant, avec des vitesses de pointe en course atteignant les 35 km/h avec quatre chiens. Le départ est toujours très impressionnant, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo.

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Difficile, cette formation n’est pas vaine et un bon dressage peut amener à des réactions intéressantes. "Une fois formé, c’est plus facile, parce que les chiens les plus âgés vont tout apprendre aux plus jeunes. Ils prennent un rôle de mentor", explique Jonathan.

Un musher, qui peut concourir avec un ou plusieurs chiens, est le maître à bord. Jonathan est de son côté du genre à courir avec minimum deux animaux. Il faut donc ce que l’on appelle un chien de tête, qui prend le rôle de leader de la meute.

Le profil de cet animal doit être tout à fait spécifique. "Le chien de tête doit être un chien très intelligent. Il doit pouvoir comprendre ce que l’on veut : le go, le stop, droite, gauche, demi-tour… il doit savoir assimiler ces ordres-là. Lorsqu’il y arrive, on tient vraiment un bon chien de traîneau", résume le musher.

Le temps accordé au dressage permet de lier le maître et ses animaux. Jonathan Benois ne peut aujourd’hui s’imaginer loin de ses chiens, devenus des membres de la famille à part entière.

Une discipline très encadrée

En Belgique, l’attraction canine est formellement interdite. Cela s’explique par les ambitions de protection des animaux, que certains ont tendance à négliger voire à mettre en danger par des pratiques scandaleuses. Le mushing est un sport nécessitant une présence canine. C’est donc logiquement qu’une fédération chapeaute aujourd’hui la pratique de ce sport, avec une série de règles visant à s’assurer du bon traitement des animaux.

"En Belgique, il faut une licence, parce que l’attraction canine est interdite. C’est très important parce que ça protège nos animaux", nous assure d’entrée Jonathan Benois. "Il y a toute une réglementation de la fédération sur le matériel, le traitement des animaux, avec les vaccins… rien n’est laissé au hasard", nous précise-t-il ensuite.

Des règles encore plus fortes lorsqu’il s’agit d’emmener ses animaux sur des événements internationaux. Une vision logique selon Jonathan Benois, qui considère les chiens de traîneaux comme des pilotes à part entière. "Le chien est essentiel sur une course. C’est un complément entre le musher et son chien", affirme-t-il. "On est très fusionnels avec nos animaux. On crée des liens et on s’accorde une confiance mutuelle plus importante que d’habitude. Surtout avec le chien de tête, qui dirige tout l’attelage. Il doit comprendre les directions, nos consignes…", détaille-t-il ensuite.

Le bon traitement des chiens est donc une priorité et les moyens sont mis en place pour s'assurer que ces derniers reçoivent l'attention qu'ils méritent.

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Des entraînements sur-vitaminés

Mais comment peut-on s’entraîner en Belgique ? C’est dans le Bois de Hal que les membres de l’équipe belge se donnent rendez-vous trois à quatre fois par semaine. Nous les avons accompagnés. Nos mushers arrivent sur le parking avec leurs camionnettes. De prime abord, rien de spécial à noter. Mais à l’intérieur, c’est un véritable hôtel pour chiens : des cages pour le transport, de quoi boire, de quoi manger, des harnais et des traîneaux.

Première étape, sous les chants des chiens impatients, attacher le traîneau à un arbre ou… à son attache-remorque. Un traîneau tiré par six chiens peut partir très vite. Surtout avec l’état d’excitation de ces magnifiques animaux. On ne rigole pas avec la sécurité !

Viennent alors les chiens. D’une rare gentillesse, ils sont approchables par n’importe qui avant d’être lancés à vive allure. Mais une fois partis, ces animaux sont des bêtes de compétition. Le bois étant un lieu public, les mushers viennent travailler en soirée afin d’éviter de rencontrer d’autres chiens. Le risque ? Qu’ils écrasent l’animal, qui pourrait être lourdement blessé par la vitesse et le poids du véhicule.

L’obéissance saute aux yeux : en un mot, chaque chien se positionne à sa place. Les harnais sont fixés, le traîneau relié aux animaux : tout le monde est prêt à y aller.

Le temps d’enfiler un casque et voilà nos mushers partis. Au menu, un parcours de 7,5 kilomètres, avec trois traîneaux et une bonne dizaine de chiens. La vitesse est incroyable et le parcours est avalé en 20 minutes.

"Ce n’est qu’un entraînement technique", nous confiera l’un des mushers à l’arrivée. Il ne m’en fallait pas plus pour vous affirmer que la relation de confiance entre le maître et les chiens a de quoi réjouir n’importe quel amoureux des animaux. Les chiens sont ensuite hydratés à leur retour, avec des câlins sincères de maîtres très fiers de leurs protégés. A juste titre.

Une passion qui peut coûter cher

Pratiquer le mushing n’est pas chose aisée. Plus encore en Belgique. Si la discipline se popularise doucement, elle reste encore aujourd’hui très peu connue. La majorité des épreuves se déroulent sur terre, dans des formats courts, mi-longs ou longs.

Jonathan Benois participe à de nombreuses courses par an. Passionné, il accepte de consacrer une partie de ses revenus à la pratique de sa passion, qu’il cumule avec un emploi, n’ayant pas la possibilité de vivre du mushing.

Notre compatriote participe à une bonne dizaine de courses par an, dont un tiers à l’étranger. Si la fédération prend l’inscription en charge, le reste est assumé par les mushers. Cela peut nécessiter 1.000 à 5.000 euros par an. "Cela ne comprend pas l’achat du matériel et les soins vétérinaires", nous précise immédiatement Jonathan.

Pour s’entraîner, les mushers trouvent des parcs ou des bois, à Bruxelles comme ailleurs. Malgré la complexité du terrain, la Belgique forme d’excellent mushers. "Je trouve que ça se passe de mieux en mieux en Belgique. On est peu chez nous, si on est une dizaine aux championnats, c’est beaucoup. Franchement, les résultats sont très bons vu notre situation", résume Jonathan Benois.

Le prouve les médailles mondiales, mais aussi notre excellente deuxième place lors de la Coupe des Nations, le meilleur résultat belge depuis une dizaine d’années. Quand les hommes et les animaux sont sur la même longueur d’onde, voilà ce que cela donne : de fabuleuses histoires !


 

 

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