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Top 14: Toulouse-Castres, derby centenaire

 
 

Le derby Toulouse-Castres, comptant pour la 8e journée du Top 14, se jouera samedi presque cent ans jour pour jour après la première confrontation entre les deux rivaux occitans, séparés d'environ 75 kilomètres. Retour sur une rivalité historique.

Le Parc olympique du quartier de Bisséous -- devenu le stade Pierre-Antoine, puis Pierre-Fabre -- était encore cerné de champs la première fois que le Castres Olympique (CO) y a accueilli le Stade toulousain, vainqueur 16-0, le 30 octobre 1921.

Henri Daffos est né une dizaine d'années plus tard. Et si les abords de l'enceinte castraise ont depuis largement cédé à l'urbanisation, l'ancien pilier, qui a défendu les couleurs des deux clubs, se souvient encore bien, à 92 ans, des derbies de l'après-guerre.

"C'était assez tendu", raconte-t-il. "Le rugby à l'époque n'était pas du tout le même qu'aujourd'hui. Il n'y avait qu'un seul arbitre, pas de vidéo. Le jeu était rude et c'est un euphémisme: les coups de poing partaient souvent sous la mêlée."

Castres se disputait alors la suprématie locale avec d'autres clochers plus proches: Mazamet, Albi, Graulhet... Mais même si elle est plus prégnante depuis l'avènement du professionnalisme et le déclin des autres équipes tarnaises, la rivalité avec Toulouse a toujours existé.

Elle est teintée d'un certain romantisme, presque caricatural, entre la sous-préfecture de 40.000 habitants et la capitale régionale aux approches antagoniques du rugby.

- La "vengeance" Dupont -

"Le Stade toulousain a traditionnellement un jeu fait de mouvement, d'évitement, de vitesse. Celui des Castrais est plus basé sur les fondamentaux, le combat, la vaillance. C'est comme ça qu'ils réussissent", note Serge Lemaire, l'une des "mémoires" des Rouge et Noir.

Selon Grégory Andrès, correspondant local de La Dépêche du Midi et auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire du rugby, Castres se complaît dans la posture du "petit" face à l'ogre toulousain.

"C'est une façon de faire en sorte que la pression change de camp", explique-t-il. "Si on perd, c'est normal. Si on gagne, c'est un exploit. Alors que le CO, quoi qu'on en dise, reste un grand club. Les laboratoires Pierre-Fabre sont un soutien non négligeable que beaucoup aimeraient avoir".

L'apport financier du groupe pharmaceutique et cosmétique, principal employeur du département, permet même par moments au club tarnais de rivaliser avec le Stade toulousain sur le marché des transferts.

Grand fan de Thomas Castaignède, le patron Pierre Fabre était lui-même venu chercher le "Petit prince" en hélicoptère à Toulouse dans les années 1990.

Une "prise de guerre" mal vécue par le président haut-garonnais de l'époque, René Bouscatel, qui a savouré sa "vengeance" à froid en 2017 en arrachant au rival un certain Antoine Dupont.

Comme lui, de nombreux joueurs ont emprunté au fil des décennies, dans un sens ou dans l'autre, la passerelle entre les deux voisins: Jacques Larzabal, Albert Cigagna, Eric Artiguste, Rémi Lamerat, Iosefa Tekori, Piula Faasalele, Yann David ou Anthony Jelonch, le dernier en date.

- Tensions, dissémination et sparadrap -

La légende veut que les joueurs castrais aient eu un temps l'interdiction formelle d'habiter à Toulouse, distante d'environ 1h15 par la route.

Un trajet que connaît bien l'actuel manager toulousain Ugo Mola, qui a joué et entraîné dans les deux clubs. Son inimitié assumée avec son ancien coéquipier et homologue castrais Christophe Urios a contribué récemment à pimenter encore davantage le derby.

Au point de devoir organiser en 2019, "à titre préventif", une conférence de presse commune avec les dirigeants des deux camps afin d'apaiser les tensions, de plus en plus prononcées.

Les Castrais accusaient notamment le Stade toulousain de les avoir volontairement "disséminés aux quatre coins" du stade Ernest-Wallon quelques mois plus tôt "pour casser l'ambiance", rappelle Didier Hardy, président des Amis du rugby, le plus gros club de supporters castrais.

"Car quand on se déplace à Toulouse, on nous entend", souligne-t-il. "C'est une date qu'on coche dans le calendrier. Le match à ne surtout pas perdre."

Une autre "vacherie" a eu le don d'agacer les fans du CO: quelqu'un avait pris soin sur le Bouclier de Brennus reconquis en 2019 par Toulouse de cacher avec du sparadrap les titres remportés par le rival tarnais. Des pansements sur une planche de bois.


 




 

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