Fauchée mais pas coulée: la revanche de Pauline Déroulède, espoir du tennis fauteuil français

 
 

"Une vraie revanche": fauchée par un chauffard de 90 ans lors d'un accident qui lui a sectionné la jambe, Pauline Déroulède s'est imposée en moins de deux ans comme un espoir français du tennis fauteuil avec en ligne de mire les Jeux paralympiques de Paris 2024.

"On va pas se mentir, si demain on me disait +on te redonne ta jambe, Pauline+, bien sûr, je la reprendrais! Il me manque quelque chose, j'étais épanouie dans ma vie d'avant", reconnaît la jeune femme, 28 ans, ancienne bonne joueuse de tennis mais débutante dans sa nouvelle discipline.

"J'ai maintenant la vie d'une sportive de haut niveau dans le sens où je ne fais que ça", dit-elle. "Le plus dur, c'est le déplacement en fauteuil, je faisais un blocage psychologique, c'était un truc d'handicapé et diminuant pour moi. J'ai dû évoluer et je ne regrette pas", poursuit celle qui se déplace debout, grâce à une prothèse, dans sa vie de tous les jours.

Coachée dans les Yvelines, à Feucherolles, à côté de jeunes espoirs du tennis français, son quotidien est rythmé par des heures d'entraînement, de préparation physique, les tournois, la recherche de sponsors.

- "Machine de guerre" -

Il y a encore du travail, notamment pour le fauteuil dont le maniement est "hyper-physique" et qui "change tous les repères". Parallèlement, elle milite pour faire changer la loi et imposer des tests aux conducteurs âgés afin d'éviter d'autres drames comme le sien.

Mais "l'ironie de mon sort, c'est que j'ai la vie que je voulais avoir", grince-t-elle.

Enfant, Pauline imagine une carrière sportive mais sa mère, "un peu sceptique", a raison de ce "rêve de gosse", et c'est dans l'audiovisuel qu'elle travaille quand l'accident survient: "En salle de réveil, j'ai dit à ma copine +je veux faire les Jeux paralympiques+. A partir de là, je suis entrée en mode +machine de guerre+".

Repérée par la Fédération française de tennis (FFT), Pauline endosse illico le costume de future championne, jusque dans cette touche d'humour noir qu'elle développe comme les meilleurs du handisport, ou en adoptant le même mental survolté.

"J'étais très en colère, je le suis encore, mais j'essaie de transformer ça en hargne. Sur le terrain, je ne joue plus comme avant, c'est plus qu'un match de tennis, je joue ma vie", explique la jeune femme.

Des stars de la discipline lui font déjà confiance. "J'ai l'impression de me revoir il y a 20 ans... La barbe en moins!", sourit Michaël Jeremiasz, ancien N.1 mondial multi-médaillé.

Fin septembre, il vient échanger des balles avec Pauline lors du French Open Riviera, le tournoi de tennis fauteuil qu'il organise à l'académie Mouratoglou à Biot, dans les Alpes-Maritimes: "Mêmes forces, mêmes faiblesses, elle ira aux Jeux de Paris en 2024, je n'ai aucun doute là-dessus. Avec son bagage et un peu de travail, elle peut y arriver".

Jusqu'à viser une médaille? "Le très haut niveau féminin est très relevé", tempère Michaël Jeremiasz.

- Un champion olympique dans la famille -

Sans palmarès, Pauline s'est aussi trouvée une partenaire pour disputer également le double dames en 2024, la N.3 française Charlotte Fairbank, très confiante: "On a déjà le même niveau, elle a tous les atouts".

Et malgré le coup du sort qu'elle a subi, le mot "chance" revient souvent quand Pauline parle d'elle-même.

La chance d'avoir été soignée à l'hôpital militaire à Paris, où elle a "vu des gens beaucoup plus atteints". La chance aussi d'"être bien entourée" par ses proches et d'avoir déjà un champion olympique dans la famille, son grand cousin Thierry Peponnet, médaillé d'or de voile en 470 en 1988.

Sa mère a longtemps repoussé le moment de la voir en fauteuil. En septembre, elle a passé une tête lors d'un entraînement. Il y a eu des larmes, en cachette, "mais elle a réussi à voir le côté positif et que j'étais heureuse", se rassure Pauline.

La chance lui a aussi souri avec Babolat, sa marque favorite, sponsor de Rafael Nadal ou Dominic Thiem. "On ne s'intéresse pas qu'aux plus beaux, aux plus forts", assure Jean-Christophe Verborg, directeur de la compétition de l'équipementier qui lui fournit ses raquettes. "Cette fille a un projet super fort qui vise la performance mais est aussi humain. Il y a ce côté +je veux me dépasser et j'ai une deuxième vie qui commence+, c'est ultra-touchant".




 

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