Accueil Actu

Dans le train Paris-Nice, entre les voyageurs de la nuit et le Premier ministre

"On est un peu déçus que les voitures ne soient pas rénovées", soupirent Alice et Pierre, deux fans de trains de nuit dans le Paris-Nice, qui a repris son trajet quotidien jeudi soir après trois ans d'arrêt.

Pour ce premier voyage de 1088 kilomètres, une voiture a été réservée à deux invités d'honneur: le Premier ministre Jean Castex et le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou.

Le Premier ministre veut mettre en lumière une "concrétisation rapide du plan de relance", qui consacre 5,3 milliards au secteur ferroviaire, dont 100 millions pour les trains de nuit.

-Départ à l'heure-

A la gare d'Austerlitz, passionné du rail et auteur d'un livre sur une ligne historique des Pyrénées-Orientales, Jean Castex est monté dans la motrice pour saluer le conducteur, puis a discuté avec des passagers.

Sur les couchettes bleues ou rouges des autres voitures de l'Intercités de nuit N°5773 se sont installés une centaine de passagers, des fans des trains de nuit, et quelques journalistes.

L'héritier du "Train bleu" désormais siglé "France Relance" est parti à l'heure de Paris et devait arriver à 09H11 vendredi sur la Côte d'Azur.

"Longue vie au Paris-Nice et bon voyage", a lancé le Premier ministre au micro alors que le train s'échappait de la banlieue parisienne en longeant la Seine, au coucher du soleil.

A l'autre bout du train, Noé Weil, 23 ans, aurait "bien aimé prendre une couchette, mais il n'y en a plus". Le jeune salarié de La Poste est parti de Nantes pour Marseille après le travail.

Pour relancer le Paris-Nice, les billets sont proposés à partir de 19 euros en siège incliné.

Mais pour cause de pandémie, l’occupation des compartiments couchettes est limitée à quatre voyageurs au lieu de six en seconde classe. "En position +tête bêche+ afin de maximiser les distances entre les voyageurs", a précisé la SNCF. Le masque reste obligatoire pendant la nuit.

"J'ai téléchargé des films mais peut-être que j'aurais dû prendre un jogging et un oreiller pour être +confort+", regrette Noé.

En uniforme, Séverine et Sylvie assurent le service à bord, limité en temps de pandémie. Les chips, les mini-saucissons et les jus de fruits feront leur retour le 9 juin, ainsi que la brioche et le café le matin, promettent-elles.

-"On imagine"-

Eric Delasimone, directeur financier, trouve dans le train de nuit "un charme qu’on ne retrouve pas dans le TGV. Descendre, partir le soir, s’installer et dormir avec le bruit des rails (...) on imagine le chemin, ça a un côté un peu poétique et très exotique".

Depuis leurs couchettes, les jeunes Nicolas Forien et Alice Billon, du collectif "Oui au train de nuit", ne cachent pas leur plaisir non plus, et se mettent à rêver de traversées nocturnes de la France et de trains mieux équipés.

Seul dans son compartiment, Cédric Roussel, député (LREM) de Nice, se rappelle de ses trajets d'étudiant pour "monter à la capitale", où l'on "se baladait dans les couloirs, on rencontrait des gens".

Mais pour des déplacements professionnels, le train "reste trop lent" face à l'avion sur un Paris-Nice, souligne le député. Il compte surtout sur la construction très attendue d'une ligne rapide entre Marseille et Nice.

A 23H, seuls restent debout des membres de l'équipe du Premier ministre, et un compartiment de jeunes fêtards.

Dans un couloir sombre, Diane, 39 ans, donne le sein à son fils de 9 mois, Eliott, avec à ses côtés son compagnon américain, Gavin. "On va voir des amis à Marseille. Economiquement, ça vaut carrément le coup. Mais on vieillit, alors on est passés des sièges inclinables aux couchettes", plaisante Diane.

Le député Roussel règle son réveil pour ne pas rater sa photo. "Ceux qui connaissent la ligne font tous la même chose", souffle-t-il: "on se lève pour voir la mer aux Adrets de l'Estérel", dans les falaises entre St-Raphaël et Cannes.

À la une

Sélectionné pour vous