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"J'ai joué, j'ai perdu": premiers aveux à Bruxelles dans un méga-procès pour trafic de drogue

"Madame la présidente, j'ai joué, j'ai perdu". Un Albanais de 50 ans a avoué son implication dans des transports de cocaïne à travers toute l'Europe, lundi à l'ouverture à Bruxelles d'un méga-procès pour plus de 120 trafiquants présumés.

"J'assume ce que j'ai fait, je confirme toutes mes déclarations à la police", a affirmé devant le tribunal correctionnel Eridan Munoz Guerrero, blouson à capuche et cheveux tirés en arrière.

Arrêté en octobre 2021 par la police belge, il utilisait au moins quatre pseudonymes pour échanger sur la messagerie téléphonique cryptée Sky ECC, selon l'enquête.

Il compte parmi la douzaine d'hommes ciblés comme "dirigeant" présumé d'une organisation criminelle, dans ce dossier belge --baptisé "Encro"-- s'appuyant en bonne partie sur le décryptage des messageries Encrochat et Sky ECC.

Premier à être appelé à la barre, Eridan Munoz Guerrero a expliqué avoir loué des grosses cylindrées et avoir dirigé des chauffeurs pour le transport de la cocaïne, transformée dans des laboratoires en Belgique avant d'être livrée en Italie, en Allemagne ou en Suède.

"Je confirme avoir dirigé un groupe", a-t-il dit dans un français limpide.

Mais "il y a ici cent personnes que je ne connais même pas (...) On verra si les autres prennent leurs responsabilités ou pas".

Le dossier porte sur un vaste trafic international de cocaïne et de cannabis qui avait été démantelé par la police belge en 2021-2022 en collaboration avec celles d'Italie et d'Allemagne.

La drogue était en général acheminée dans des conteneurs en provenance d'Amérique du Sud et du Maroc, via les ports d'Anvers, Rotterdam, Hambourg et Le Havre. Des laboratoires de transformation de cocaïne et des plantations de cannabis ont été découverts en Belgique.

L'accusation dit avoir identifié différents groupes criminels actifs depuis 2017, "structurés, hiérarchisés" et présentant entre eux "des liens commerciaux illicites" ou "de connexité".

Outre Eridan Munoz Guerrero, le tribunal a entendu lundi trois autres dirigeants présumés, qui ont eu tendance à minimiser leur implication.

- "Du pur et simple tourisme" -

"J'ai loué deux hangars pour des plantations de cannabis, mais je n'ai jamais touché à la cocaïne de ma vie", a assuré Ridouan Ali.

Ce Belge de 44 ans a affirmé avoir agi sous les ordres d'"un Hollandais" qu'il n'a pas identifié.

A l'Algérien Abdelwahab Guerni et au Belge Bilal Idrissi la présidente a demandé des explications sur des voyages au Brésil en 2020 pour le premier, à Bogota fin 2019 pour l'autre. Ils sont restés pour le moins évasifs.

"C'était du pur et simple tourisme pour visiter le pays", a soutenu Idrissi à propos de la Colombie.

Au total 125 personnes sont jugées, dont une qui n'a jamais été identifiée. A cela s'ajoutent quatre entreprises établies en Belgique, soupçonnées de dissimuler des activités illicites.

Certains prévenus comme Munoz Guerrero sont en détention préventive en Belgique. D'autres comparaissent libres, actuellement sous surveillance électronique ou contrôle judiciaire. Plusieurs ont déjà été signalés absents par leur avocat. L'un d'eux a refusé d'être extrait de cellule lundi matin, sa prison en Belgique étant jugée trop éloignée du tribunal, a expliqué son conseil.

Participation à une organisation criminelle, violation de la législation sur les stupéfiants, trafic d'armes, etc: une grosse dizaine d'infractions sont visées. Il est aussi question de séquestration et de tentative d'extorsion au préjudice de certains acteurs du dossier.

Pour les autorités belges ce dossier qui tient dans "328 cartons" est celui de tous les superlatifs.

A la veille du procès, le ministre belge de la Justice Paul Van Tigchelt s'est félicité que les dossiers Sky ECC ouverts devant les tribunaux du pays aient déjà abouti à "1.000 condamnations individuelles".

Les systèmes cryptés Encrochat et Sky ECC, très prisés des criminels, avaient été démantelés en 2020 et 2021 grâce aux efforts conjoints des polices néerlandaise, française et belge.

Ce procès devrait durer au minimum quatre mois, à raison de trois ou quatre demi-journées d'audience par semaine. Un jugement n'est pas attendu avant mi-2024.

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