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Les enfants américains n'apprennent plus à écrire en lettres attachées: "C'est un art oublié"

Pour les élèves de 8 ans de l'école Triadelphia Ridge d'Ellicott City (Maryland, est), à une heure de route de Washington, apprendre à écrire en cursive, c'est d'abord s'amuser, dans un pays où elle s'enseigne de moins en moins.

"J'aime bien écrire comme ça quelquefois, c'est amusant", dit Oren Dubensky après avoir appris, comme ses petits camarades, à tracer correctement sa première lettre -- "I" -- en cursive à l'école Triadelphia Ridge d'Ellicott City (Maryland, est), à une heure de route de Washington. "C'est comme si on n'avait plus besoin de faire des lettres normales", en script, ajoute la petite Sophia Spence, "on peut faire des lettres originales".
 
Mais à l'heure de l'iPad, les Etats-Unis se demandent s'il est encore nécessaire d'enseigner la cursive, l'écriture aux lettres "attachées" avec leurs pleins et leurs déliés. Le programme officiel, adopté par 45 Etats sur 50, ne dit rien sur la cursive elle-même, mais oblige à ce que soit enseignée l'écriture en script, typographique.
 
"Aux Etats-Unis, peu de gens se servent de la cursive", dit Morgan Polikoff, professeur assistant de politique éducative à l'University de Southern California, qui ne voit "aucune raison" à ce qu'elle continue à être enseignée. "Dans les autres pays, si tout le monde écrit en cursive, on comprendrait moins l'arrêt de son enseignement. Ici, c'est quasiment fini", dit-il à l'AFP.
 

Savoir signer un chèque
 
"Tout le monde tape sur un clavier, envoie des SMS, la cursive, c'est un art oublié", ajoute Bernadette Lucas, la principale de l'école élémentaire de Melrose Avenue à Los Angeles, qui vient de débloquer 30 millions de dollars pour acheter des iPads à ses élèves.
 
D'autres en revanche s'inquiètent du fait que le pays est en train d'éduquer la première génération qui sera incapable de signer un chèque ou de lire le texte d'origine de la Constitution, datant de la fin du XVIIIe siècle.
 
"Ca ne doit pas arriver. On s'en sert encore pour des usages quotidiens", estime Pat Hurley, une élue de Caroline du nord (sud-est) qui a proposé un projet de loi pour son Etat imposant l'enseignement de la cursive.
 
Mme Hurley a eu le déclic après avoir accompagné une classe de CM1 en visite dans les bâtiments officiels de l'Etat à Raleigh.
 
"L'instituteur leur a demandé d'envoyer un petit mot de remerciement", dit-elle à l'AFP, "celle de l'instituteur était en cursive, celles des élèves étaient toutes en script. J'ai compris qu'on ne leur apprenait pas", dit-elle.
 
Selon la chercheuse Laura Dinehart, du département éducation de la Florida International University à Miami, les petits de quatre ans bons en écriture, réussiront mieux plus tard en maths et en lecture.
 
Au Québec (Canada), une étude portant sur 718 élèves de deuxième niveau (7 ans) montre que ceux qui savent écrire en cursive sont meilleurs en orthographe et en syntaxe, grâce à leurs compétences motrices.

Quand la plume court sur le papier, "la pensée se développe"

"Il y a une émotion à écrire en cursive", dit Mme Dinehart à l'AFP, "quand la plume court sur le papier, la pensée se développe", dit-elle.
 
"Jusqu'aux années 1930, on a seulement enseigné la cursive", indique Kathleen Wright, de la maison d'édition Zaner-Bloser spécialisée en ouvrages d'écriture. A l'époque, dit-elle, enseigner le script était une façon d'aider les jeunes à comprendre le monde de l'imprimé. Le script relevait de la compétence des adultes.
 
Aujourd'hui, "on n'en sait pas suffisamment pour savoir si l'enseignement de la cursive vaut ou non le coup", ajoute Mme Dinehart, et "on l'abandonne sans savoir quelles en seront les conséquences".
 
Dans le comté Howard du Maryland, dont fait partie l'école Triadelphia Ridge, 30 minutes par semaine sont dédiées à la cursive pour les élèves de 8 ans. "C'est le maximum que les élèves peuvent absorber", dit l'institutrice Kathleen Russell.
 
L'an prochain, les cours commenceront pour les élèves de 7 ans,  avec l'objectif que les élèves de cinquième niveau (10 ans) la maîtrisent.
 
"Les élèves l'aiment bien", ajoute l'instituteur Christian Buzzerd, "c'est aussi pour eux l'impression qu'ils deviennent des grands".

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