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Procès Nemmouche: l'avocat de Nacer Bendrer demande aux jurés d'acquitter son client

  • Musée Juif: la défense de Nacer Bendrer demande son acquittement

  • Attentat au Musée Juif: le point après les dernières plaidoiries

 
Le procès Nemmouche

Après les plaidoiries des parties civiles, le réquisitoire du ministère public et la défense de Mehdi Nemmouche, la parole est vendredi aux avocats de Nacer Bendrer, accusé d'avoir fourni les armes qui ont servi à la tuerie du Musée juif en 2014. "J'espère un autre style que celui d'hier (jeudi, NDLR)", a lancé avant le début de l'audience devant la cour d'assises de Bruxelles Me Adrien Masset, avocat du Musée juif. Le compte-rendu avec notre journaliste Dominique Demoulin.

Les plaidoiries commencent ce matin avec celle de Me Blot, l'avocat de Nacer Bendrer. L’avocat se réjouit d’être à Bruxelles dans cet "imposant palais". "Je croyais qu’il était en rénovation. J’ai compris que les échafaudages, c’était pour ne pas qu’il s’écroule", a-t-il indiqué.

18h50 - La défense de Nacer Bendrer demande aux jurés de prononcer l'acquittement de son client

Me Gilles Vanderbeck, conseil de Nacer Bendrer, a conclu vendredi sa plaidoirie devant la cour d'assises de Bruxelles en demandant aux jurés de prononcer l'acquittement du Marseillais de 30 ans, accusé d'être co-auteur de la tuerie au Musée juif de Belgique.

"Je vous confie cet homme, je vous demande de répondre 'non' à toutes les questions qui vous seront posées", a dit Me Vanderbeck au terme de sa prise de parole, qui aura duré toute l'après-midi. Nacer Bendrer, qu'on a "cassé", a été détenu préventivement pendant près de deux ans, condamné à cinq ans pour une tentative d'extorsion "sur base de la seule déclaration d'un truand", a ajouté son conseil. "C'est d'une sévérité inouïe. Il devra encore être jugé pour l'affaire de (détention d'armes) de Ceyreste et il va être condamné, ça ne fait pas l'ombre d'un doute. Il va payer pour cela", a-t-il insisté. "Tout ça parce qu'il a eu le malheur de croiser la route de Mehdi Nemmouche et d'être en contact avec lui pendant moins de 20 jours".


18h01 - La défense de Bendrer pointe "l'incohérence" des reproches à son client

"Que reproche-t-on à Nacer Bendrer? Nos adversaires ne sont pas d'accord", a affirmé vendredi devant la cour d'assises Me Gilles Vanderbeck. "Ce simple constat est révélateur d'une grande incohérence dans ce qui est reproché" au Marseillais, renvoyé devant la cour pour avoir fourni à Mehdi Nemmouche des armes qui auraient servi à perpétrer la tuerie au Musée juif de 2014.

Me Gilles Vanderbeck a poursuivi sa plaidoirie vendredi après-midi en se penchant sur la réquisition du parquet envers son client, qui a demandé au jury de condamner Nacer Bendrer pour complicité d'un quadruple assassinat terroriste et non pour corréité. "Un aveu de faiblesse", pour le pénaliste.

Il a également dénoncé la doctrine brandie par le parquet sur le concept de complicité et l'exigence d'avoir connaissance des infractions auxquelles on participe. "On est resté en famille, l'un des livres a été écrit par le frère du procureur Yves Moreau", a-t-il lancé, déclenchant un fou rire de la cour étant donné que ce frère est marié à la cousine de... Me Vanderbeck.

Revenant sur les faits, le pénaliste a affirmé que les reproches à l'encontre de son client étaient "incohérents". Parle-t-on de la livraison d'une arme ou des deux?, s'est-il interrogé. "Pour certains, Nacer Bendrer a prêté les armes. Pour d'autres, il a fourni une aide financière. Allez y comprendre quelque chose, un chat n'y retrouverait pas ses jeunes!". Il a également attaqué le parquet, qui s'est "emmêlé les pieds dans le tapis car (les deux procureurs) ne disent pas la même chose".

Selon lui, l'accusation présente Mehdi Nemmouche comme isolé mais également envoyé en mission, avec les poches remplies d'argent. Il a moqué la thèse du procureur Bernard Michel selon laquelle Nacer Bendrer aurait prêté les armes à Mehdi Nemmouche, ce qui explique le retour de ce dernier à Marseille fin mai. "Nacer Bendrer, ce beau bandit décrit par l'accusation, mû par l'appât du gain, aurait prêté ses armes?". Il a aussi balayé l'affirmation selon laquelle une arme prend de la valeur avec le temps. "Une arme utilisée, surtout dans un tel massacre, est totalement grillée et dangereuse. C'est un fardeau dont il faut se débarrasser au plus vite".

En outre, selon la défense, Nacer Bendrer se trouvait en Algérie le 30 mai 2014, jour de l'arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille, pour les funérailles de l'un de ses amis. L'accusation conteste ces dates mais Me Vanderbeck a souligné qu'elles n'avaient pas été vérifiées. "La juge d'instruction a admis qu'elle ne connaissait pas les dates du voyage. C'est au parquet de prouver que Bendrer ne se trouvait pas en Algérie. A défaut, il faut le croire!".

Le Marseillais, dont aucune empreinte n'a été relevée sur les armes de Mehdi Nemmouche, n'avait aucune connaissance des projets de ce dernier, ni même de sa radicalisation, a insisté Me Vanderbeck. "Si j'avais su, je ne lui aurais même pas parlé", avait déclaré Nacer Bendrer lors d'une audition rappelée par son conseil.


16h39 - Mehdi Nemmouche n'est "certainement pas un loup solitaire" (Me Vanderbeck)

L'accusé de la tuerie au Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche, n'est "certainement pas le loup solitaire" présenté par l'accusation, qui n'aurait eu d'autre choix que de se tourner vers Nacer Bendrer pour se procurer des armes, a plaidé vendredi après-midi devant la cour d'assises de Bruxelles Me Gilles Vanderbeck, conseil du Marseillais.

Selon les procureurs et parties civiles, Mehdi Nemmouche n'avait plus aucun contact après ses séjours en prison puis en Syrie. Il n'avait donc pas d'autre solution que de se tourner vers son ancien co-détenu Nacer Bendrer pour obtenir des armes.Pour l'avocat de ce dernier, l'accusation se base sur trois postulats erronés: la thèse du "loup solitaire", le radicalisme "supposé" de Nacer Bendrer et sa prétendue connaissance des armes.

Mehdi Nemmouche n'est pas quelqu'un d'isolé, selon Me Vanderbeck. Chez Eurolines, l'accusé a été vu avec une personne lorsqu'il a acheté son billet de bus pour Marseille, a rappelé l'avocat. Cet homme au crâne dégarni était "super important" au début de l'enquête. "Mais comme il n'a pas été identifié, il devient une simple 'rencontre fortuite'", s'est étonné le conseil de Nacer Bendrer. Selon les témoignages de la compagne de son ami du nord de la France, de sa tante et de sa grand-mère, Mehdi Nemmouche avait des fréquentations, a-t-il ajouté.

La thèse du radicalisme du Marseillais a fait "bondir" son avocat. "Avec ce que vous avez entendu, y a-t-il encore quelqu'un qui pense que Nacer Bendrer est radicalisé? L'accusation veut faire l'économie d'une preuve en évoquant une radicalisation commune" du Marseillais et de Mehdi Nemmouche, fustige Me Vanderbeck. Nacer Bendrer serait une "cellule dormante" qui se réveille au "premier appel" de Mehdi Nemmouche, en vertu de sa "fascination" pour ce dernier? "De qui se moque-t-on?", a adressé le pénaliste aux jurés. Il a rappelé que les deux accusés n'avaient passé que trois mois dans la même aile de la prison de Salon-de-Provence. Au sein de l'établissement, Nacer Bendrer "ne fait pas parler de lui" selon un rapport, a insisté Me Vanderbeck. "Pour preuve: il a obtenu des congés pénitentiaires, des remises de peine..." Il n'a fait l'objet que de quatre rapports pendant ses cinq ans de détention: "pour avoir enlevé les étiquettes nominatives sur les portes de cellules, pour ne pas s'être réveillé" et pour deux refus de changer de cellule.

L'avocat a dénoncé une analyse "assassine" de ces éléments par le chef d'enquête belge, alors que le juge d'application des peines français et l'expert psychologique ont affirmé que Nacer Bendrer ne représentait "aucun danger social". Il s'en est aussi pris à l'arborescence réalisée à la prison de Salon-de-Provence en 2010 et qui décrivait le Marseillais comme un membre du réseau radical au sein de l'établissement. Ce rapport est "incompréhensible et sans justification" quant à Nacer Bendrer. Et son auteur, le directeur de la prison, n'a pas été en mesure de le justifier devant la cour, a rappelé Me Vanderbeck. "Des informations verbales, sur base de sources anonymes qui ne valent rien si elles ne sont pas corroborées. Quelle légèreté! Quel manque de professionnalisme!".

Le conseil du Marseillais a aussi attaqué l'avocat de la partie civile Me Koning, coupable à ses yeux de "mauvaise foi intellectuelle" sur la question d'une relation épistolaire entre les deux accusés. "On n'a jamais retrouvé la moindre lettre. Me Koning le savait mais a voulu le faire croire", a-t-il encore dit, en se lançant dans une longue imitation de son confrère. Les procureurs ont aussi reconnu que l'enquête n'avait rien révélé à ce sujet, a-t-il relevé. Nacer Bendrer n'est "pas un enfant de choeur, il a des antécédents, il a baigné dans un milieu délinquant, mais on vous vend un scénario bancal comme possible", a adressé l'avocat aux jurés.

15h45 - Les enquêteurs ont eu "la volonté évidente de salir l'image de Bendrer" (Me Vanderbeck)

Me Gilles Vanderbeck est entré en piste vendredi après-midi devant la cour d'assises de Bruxelles. Le dernier avocat à plaider dans ce procès de l'attentat au Musée juif de Belgique s'est d'emblée montré critique vis-à-vis de l'enquête. Pour lui, on a voulu faire de son client, Nacer Bendrer, un dangereux trafiquant d'armes qu'il n'est pas.

Me Vanderbeck, après son co-plaideur Me Julien Blot, a débuté une plaidoirie pleine de fougue vendredi après-midi. Dès l'entame de son exposé, le pénaliste est rentré dans le chou des enquêteurs et de l'accusation. "On vous présente Nacer Bendrer comme un beau bandit, un personnage dangereux. Je dénonce cette volonté évidente de salir l'image de Bendrer au prix de contorsions avec la vérité inacceptables, d'une présentation partisane des faits, avec beaucoup de subjectivité, et au prix de libertés importantes par rapport à la vérité", a-t-il fustigé avec emphase. "Les procureurs vous ont-ils fourni la preuve qu'il a donné les armes à Nemmouche? Vous ont-ils rapporté la preuve qu'il savait quelle infraction allait être commise avec ces armes et qu'il marquait son accord? Vous ont-ils rapporté la preuve du dol spécial, c'est-à-dire, dans ce cas-ci, le fait de s'associer à un acte terroriste? Non", a avancé l'avocat. "Je constate déjà qu'après quatre ans et demi d'enquête, ils ont revu leurs prétentions à la baisse", a taclé le pénaliste, rappelant que le ministère public a requis la culpabilité de Nacer Bendrer pour complicité et non pour corréité dans l'attentat au Musée juif de Belgique.

"La complicité, c'est ce que la juge d'instruction avait retenu au départ. Elle avait par ailleurs libéré Nacer Bendrer après deux ans de détention préventive. Pensez-vous qu'elle l'aurait libéré si elle était convaincue que c'était un terroriste? Non. Mais ça, ça n'a pas plu à tout le monde. Les Français se sont d'ailleurs empressés d'assigner Nacer Bendrer à résidence après sa libération en Belgique", a relevé Me Vanderbeck. Ce dernier s'est targué de l'avantage, par rapport aux procureurs et autres avocats, de son recul par rapport au dossier, étant donné qu'il n'y est intervenu qu'à partir de novembre dernier. "J'ai une distance qui me permet un regard critique, celui d'un observateur attentif, un peu comme vous", s'est-il adressé aux jurés. L'avocat a annoncé qu'il allait s'employer à démonter la thèse de l'accusation selon laquelle Mehdi Nemmouche est un loup solitaire et selon laquelle Nacer Bendrer est un "djihadiste" couplé d'un "véritable armurier qui prête et revend des armes".

12h10 - Me Blot revient également sur l’inconnu d’Eurolines en compagnie duquel Mehdi Nemmocuhe est filmé, piste essentielle selon les enquêteurs. "Mais on ne trouve pas, alors ce n’est plus intéressant", lâche Me Blot. 

12h09 - Me Blot indique que Mehdi Nemmouche aurait pu se procurer ses armes aussi bien à Nice qu'à Bruxelles. "On a négligé des pistes", dit l’avocat.

12h07 - "Pour l'avocat, l'arborescence de détenus radicalisés et prosélytes réalisée en 2010 à la prison de Salon-de-Provence, sur laquelle apparaissent Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, ne constitue qu'un "procès d'intention". Le directeur reconnaît lui même qu'elle est basée sur des "suppositions", a insisté Me Blot.

Un autre responsable de l'établissement n'avait rapporté "aucun problème avec Bendrer", a-t-il ajouté. "Pourquoi n'a-t-on pas interrogé les autres personnes présentes sur l'organigramme?", s'est encore interrogé l'avocat. Il souligne que son client n'avait, contrairement à Mehdi Nemmouche et à ce qu'a affirmé le directeur de la prison de Salon-de-Provence, jamais été transféré pour un problème de radicalisation.

"Ce n'est pas inscrit dans son dossier pénitentiaire. Il n'est pas même pas surveillé pour un risque d'évasion ou comme détenu dangereux", a poursuivi le pénaliste.A partir de sa sortie en 2011, il n'y a "rien à signaler" dans la vie de Nacer Bendrer, selon son conseil. Son client ne commet aucune infraction. "Il rattrape le temps perdu: football, jet-ski, soleil... Il se réinsère, il en a marre de la prison." Il ne va pas en Syrie, ne sachant même pas ce qui s'y passe. Il préfère le short à la mosquée, a résumé Me Blot.

12h - "Pour vous, c'est le procès Nemmouche, pour moi c'est le dossier Bendrer. Ce n'est pas un procès historique, c'est un procès comme un autre (...) Il est innocent. Plaider cela, ce n'est pas nier la douleur des victimes, nous nous inclinons, Nacer Bendrer y compris, devant cette douleur", a indiqué Me Blot.

10h - L'avocat décrit son client comme un homme "normal, qui aime sortir, faire la fête, qui préfère les shorts à la mosquée où on ne peut pas en mettre. Ce n'est pas un homme sérieux c’est sûr mais ce n'est pas un radicalisé", assure-t-il. Me Blot s’en prend à l’organigramme établi à la prison de Salon où Nacer Bendrer est présenté comme un lieutenant de Mehdi Nemmouche. "C’est une supposition qui ne repose sur rien. Ça suffit. Faut arrêter avec ces galéjades", s'exclame-t-il. 

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, deux Français âgés de 33 et 30 ans, sont accusés devant la cour d'assises de Bruxelles d'être auteur et co-auteur de l'attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique, situé rue des Minimes à Bruxelles. L'attentat avait coûté la vie à quatre personnes: Emanuel et Miriam Riva, un couple de touristes israéliens, Dominique Sabrier et Alexandre Strens, deux membres du personnel du musée.


Arrêté à la gare de Marseille

Mehdi Nemmouche avait été arrêté six jours après les faits, le 30 mai 2014, à la gare routière de Marseille. Il était en possession de munitions et d'armes - une kalachnikov et un revolver - qui ont servi lors de l'attaque au Musée juif. Selon l'enquête, il est celui qui a fait feu sur les quatre victimes à l'intérieur du musée, l'homme visible sur les images de caméras de vidéosurveillance dans et autour du musée lors de l'attaque, et qui avaient fait l'objet d'un avis de recherche largement diffusé.

Mehdi Nemmouche ne conteste pas avoir possédé les armes du crime, mais il nie être le tireur. Quant à Nacer Bendrer, arrêté le 9 décembre 2014 à Marseille, il est soupçonné d'avoir fourni les armes à Mehdi Nemmouche. Ce délinquant notoire a admis que Mehdi Nemmouche lui avait demandé de lui fournir une kalachnikov mais il nie lui avoir remis une telle arme en mains.

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