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Vous vous demandez toujours pourquoi on parle de ‘french fries’ et non de ‘belgian fries’? Voici la réponse

Comme la gaufre, Tintin ou le Manneken Pis, la frite est un des symboles de la Belgique. Pourtant cet aliment est connu mondialement sous le nom de "french fries". Peter Scholliers (VUB), historien de l'alimentation, nous explique l'origine de cette appellation et confirme également que la culture des frites a ses origines en Belgique. Il répond aux questions de notre journaliste Maud Pique à l'occasion du lancement de la campagne de la marque Lutosa pour que les frites retrouvent toute leur belgitude.

Pourquoi parle-t-on de ‘french fries’ et non de ‘belgian fries’ ?

‘French’a plus de résonance dans le monde que belge. Au 19e siècle la cuisine française était la cuisine qui dominait le monde. En Belgique, on imitait la cuisine française. Et la frite, surtout fin du 19e siècle faisait partie de la cuisine française. De plus, et là c’est peut-être plus un mythe qu’une vérité historique, c’est que les soldats américains lorsqu’ils ont débarqué en Europe, ont mangé des frites qu’ils nommaient ‘french fries’ parce qu’ils pensaient que c’était français. Une fois que les Américains ont adopté le terme de ‘french fries’, les Britanniques l’ont fait et Mc Donald l’a fait aussi. Quand Mac Donald a conquis le monde avec ses hamburgers, il y avait les ‘french fries’. Depuis lors tout le monde parle de ‘french fries’…

On peut se poser la question : pourquoi parle-t-on des french fries et pas des ‘belgians fries’ alors que la culture de la frite est beaucoup plus belge que française ? Si on descend en dessous de Paris, Lyon, Marseille, il n’y a pas de culture de la frite. Si on monte au-dessus de Maastricht en Hollande il n’y a pas de culture de la frite. Si on parle la frontière allemande, il n’y a pas de culture de la frite. Donc, c’est très, très belge. Ce qui tient les Belges ensemble, c’est le football et la frite.


Quelle est l’histoire de la frite ?

En blaguant, on pourrait dire que la frite a été inventée à Paris fin 19e siècle. Mais il n’y a pas de preuves. Alors soyons sérieux et regardons cela d’un œil scientifique […] C’est un phénomène urbain qui date de 1800, de villes de grande taille, dans des lieux où beaucoup de gens se croisent : ils viennent travailler, visiter et ils ont faim. Il faut manger. Alors c’est un fast food avant la lettre : on faisait cuire des pommes de terre entières. Et pour faire vite, on tranchait les pommes de terre. Quelqu’un a commencé à faire des frites. Qui ? On ne sait pas. Ce n’est pas la question la plus importante. C’est surtout la diffusion de ce phénomène culturel qui est tout à fait nouveau. […] On ne mangeait pas la pomme de terre en Europe au 16 et 17e siècle. Elle était considérée comme un aliment pour les porcs. Ce n’est que fin 18e et surtout début 19e siècle que cet aliment rentre dans l’alimentation des rois et de l’élite.

Vers le milieu du 19e siècle à Bruxelles, il y a des documents pour demander l’autorisation d’ouvrir un fritkot à Bruxelles. Il y a eu une enquête de la police qui dit ‘oui mais l’odeur risque de déranger les habtitants’ (…) mais on donne les autorisations. En 1849, le phénomène des fritkots est installé à Bruxelles. Et là, il y a des preuves…


Comment faire en sorte qu’on ne parle plus de ‘french fries’ mais de ‘belgian fries’ ?

Oulala… Ce sera très, très difficile. En Belgique, on peut faire ça sur une ou deux journées. Je pense que tous les Belges sont convaincus. Mais le gris problème c’est d’essayer d’introduire a notion ‘belgian fries’ ailleurs. Et là je pense que cela prendra du temps parce que ‘french fries’ est introduit dans le vocabulaire partout dans le monde. Pour changer cela, il faudra du temps, de la patience et surtout un bon produit.

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