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Vous avez un piège à rats dans votre grenier? Mieux vaut ne pas capturer ce rongeur, sous peine d'amende...

Vous avez un piège à rats dans votre grenier? Mieux vaut ne pas capturer ce rongeur, sous peine d'amende...

En voulant capturer des nuisibles, on peut parfois faire des victimes collatérales: c'est ce qu'a appris Yvonne à ses dépens. La Montoise a capturé dans son piège à rats ce petit lérot, une espèce protégée en Wallonie: il est interdit de les piéger et de les tuer. Comment se prémunir au mieux de la présence d'indésirables tout en préservant les rongeurs plus rares et vulnérables? Nous avons sondé des spécialistes...

"J'ai trouvé cette petite bête dans mon grenier", nous écrit Yvonne (prénom d’emprunt) depuis la région montoise, via la page Alertez-nous. "Aucune idée de ce que cela peut être", nous disait-elle alors à propos de l’animal qui a été capturé par son piège à rats. Il s’agit d’un lérot, un petit rongeur plutôt rare. Yvonne l’a appris entre temps en faisant quelques recherches juste après nous avoir alertés: "Je pensais que c’était un rat. Quand je l’ai trouvé, je me suis demandé ce que c’était, mon mari a regardé sur internet et on a vu qu’il s’agissait d’un lérot", nous explique-t-elle, navrée d’avoir tué l’animal: "Si j’avais su, j’aurais mis une cage (voir plus bas, ndlr)".


Une amende entre 50 et 10.000 euros

Car le lérot est une espèce partiellement protégée, selon la loi du 12 juillet 1973 sur la conservation de la nature. Cet animal, ainsi que d’autres rongeurs comme le muscardin, font l’objet d’une "convention de suivi", qui a permis la pose de 450 nichoirs, et bientôt 150 supplémentaires pour les observer se développer en Région wallonne. Il est donc interdit de piéger et tuer ce petit rongeur que l’on peut parfois retrouver chez soi… au risque d’écoper d’une amende, estimée notamment en fonction des intentions de capture de la personne : "On encourt une amende administrative de 50 à 10.000 euros. Généralement, c’est en fonction du nombre de bêtes capturées, de la personne qui l’a capturé (s’il s’agit d’un professionnel), si l’animal a été capturé dans le cadre d’une activité lucrative, et éventuellement de l’endroit, si cela a été fait sur un site protégé Natura 2000 par exemple", explique Ludovic Boquet, fonctionnaire sanctionnateur au département Police et Contrôle de la Direction Générale de l'Environnement en Wallonie.


Où vit ce rongeur ?

Le lérot est un petit rongeur, à peine plus gros qu’une souris. "Il pèse entre 40 et 120 grammes selon qu’il soit au début ou à la fin de l’hibernation", détaille Antoine Derouaux, bio-ingénieur chez Natagora. Il est plutôt difficile à recenser (pour vous faire une idée de sa répartition, consultez les dernières observations), mais on constate qu’il est plutôt présent dans le nord de la Région wallonne: "C’est à Mons qu’on a le plus d’informations, ainsi qu’à Liège. C’est-à-dire qu’on le retrouve dans une grosse partie de la région limoneuse, aussi un peu dans la Famenne et le Condroz", explique Vinciane Schockert, qui étudie les petits mammifères protégés au sein de l’Unité de recherches zoogéographiques de l’Université de Liège.

Le lérot n’est donc pas présent dans la zone ardennaise: le rongeur préfère les zones plus habitées: "Il va d’office choisir la cohabitation avec l’homme. Ils sont un peu comme la fouine, quand ils ont l’opportunité de dormir dans un grenier, ils vont le faire", explique Vinciane Schockert.



Photo d'un lérot observé dans le Hainaut et posté sur le site Observations.be



Que faut-il faire ?

Ce cousin du loir passe la moitié de sa vie à hiberner, soit d’octobre à avril-mai. Il est donc tout à fait susceptible de venir se promener dans nos greniers en ce moment. Si vous avez un piège à rats, que faire, dès lors qu’il est interdit de piéger des mammifères protégés susceptibles de s’y retrouver coincés? La "cage" suggérée par Yvonne est une option possible, selon Antoine Derouaux de Natagora. "On peut tenter de les capturer avec des pièges qui permettent de les attraper vivants et de les relâcher plus loin, cela existe dans les jardineries".


Des pièges non létaux… qui peuvent tout de même tuer

Une solution qui n’est toutefois pas à privilégier, selon la biologiste Vinciane Schockert: "On a quand même des animaux qui meurent dans pièges non létaux, parce qu’ils ont une faible résistance au stress, comme les musaraignes", explique-t-elle. De plus, si on ne vérifie pas régulièrement les pièges, les animaux peuvent y mourir avec le temps. L’idéal, si l’on veut se prémunir de la présence de rats pour des raisons sanitaires, sans pour cela nuire à des espèces protégées, c’est de surveiller la zone "squattée" par des animaux: "On peut par exemple acheter des petites caméras infrarouges, et les placer pour vérifier qui est l’auteur des dégâts et du dérangement, et placer un piège approprié".


"On ne se donne plus le droit de cohabiter avec la nature"

S’il s’agit d’un lérot, la spécialiste suggère d’apprendre à vivre avec: "Pourquoi faudrait-il les évacuer de chez soi, alors qu’ils jouent le rôle d’insectivores ?". En effet, le lérot se nourrit de petits insectes, mais aussi de graines et de fruits. Autant de vivres qu’il pourrait venir piller dans vos réserves. Si vous voulez éviter cela, mieux vaut bien refermer vos paquets. Une fois vos stocks bien protégés, sachez que le lérot n’est pas systématiquement un colocataire dérangeant: il est moins invasif qu'une souris par exmple, car il se reproduit moins et fait moins de dégâts. "Aujourd’hui, on a beaucoup de mal à cohabiter avec la nature quelle qu’elle soit, on ne se donne plus le droit de cohabiter avec elle. Dès qu’on est confronté à une espèce, on l’évacue", commente Mme Schockert.


Une autre possibilité : lui offrir le gîte et le couvert

Si vous êtes intéressé par l’observation, voici la marche à suivre: "On peut passer son temps à voir ce qui se passe dans son grenier, mais on peut aussi placer des nichoirs pour favoriser l’espèce dans son jardin. Il faut un trou d’au moins 40 mm de diamètre, qui est plus gros que les ouvertures des nichoirs classiques, destinés aux mésanges". Dans ce cas, gare aux chats: "Souvent les observations qui sont rapportées, ce sont des lérots ramenés par les chats. Quand on place un nichoir, il faut veiller à ce qu’ils n’y aient pas accès. Il faut mettre nichoir à bonne hauteur sur le tronc, et vérifier qu’il n’y ait pas de branche secondaires où le prédateur peut grimper". Il est également conseillé de réfléchir à l’environnement dans lequel on installe le nichoir: "Il faut le placer dans une zone où il y a une disponibilité fruitière : on offre le gîte et le couvert".


Et quand la cohabitation est impossible…

La présence de lérots peut tout de même poser problème dans un foyer: "On a parfois une famille de 8 ou 9, ça fait tellement de bruit que ça devient impossible. Dans ce cas, il faut prévenir la Division Nature et Forest, qui intervient". Si vous êtes dans le cas, vous pouvez donc contacter directement le service lié à votre région, tous les numéros se trouvent sur cette page. "Si quelqu’un qui a la présomption qu’il s’agit d’une espèce protégée appelle, on l’aiguille. Nous avons un rôle de conseil qui tient compte des nuisances. On redirige et éventuellement on planifie une intervention, mais on ne va pas forcément sur place. En tout cas, on a toujours une solution pour les gens", explique Yvan Thienpont, attaché auprès du Département de la Nature et des Forêts de Mons. Il rappelle qu'une fois l'espèce installée, il est délicat de les déloger: "Cela pourrait déranger les jeunes". Si vous ne souhaitez pas qu'une famille s'installe, colmatez préventivement les trous, afin d'éviter que les animaux ne s'introduisent.

Deborah Van Thournout

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