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Arles au coeur de New York, avec une première rétrospective de Helen Levitt

Arles au coeur de New York, avec une première rétrospective de Helen Levitt
Rétrospective consacrée à Helen Levitt à Arles, le 1er juillet 2019GERARD JULIEN

Elle a vécu toute sa vie à New York et lui a consacré quasiment tous ses reportages: pour la première fois, les Rencontres de la photographie présentent à Arles une rétrospective de Helen Levitt (1913-2009), une invitation à la suivre dans les quartiers pauvres de "Big Apple".

A l'exception d'un séjour à Mexico, cette autodidacte née à Brooklyn a consacré son travail exclusivement à sa ville natale, en y promenant son Leica 35 mm, à la manière de son mentor Henri Cartier-Bresson.

"Les deux tiers de ses photos sont des enfants", souligne Walter Moser, le commissaire de l'exposition qui lui est consacrée à l'espace Van Gogh. Toutes les photos présentées sont des tirages originaux et ses premières photos datent des années 30.

Helen Levitt travaille alors avec Walker Evans et fait une série sur le métro à New York, caméra cachée sous son manteau. Des années plus tard, en 1954, elle reprendra le sujet, appareil photo en évidence.

Ce sont les années 30/40 et de la dépression économique qui sont, selon Walter Moser, les meilleures années pour la photographie documentaire. Durant ces années, Helen Levitt prend de nombreuses photos d'enfants évoluant librement dans les rues new-yorkaises, sur les trottoirs, sur la chaussée où les voitures sont absentes.

Photographe documentariste, Helen Levitt, a toutefois été influencée par les surréalistes. "Elle transforme la réalité en quelque chose d'irréel", explique Walter Moser, directeur du département photo du musée Albertina, à Vienne (Autriche), qui a rassemblé plusieurs centaines de photos à partir de fonds publics et de collections privées.

Contrairement à son maître Helen Levitt recadrait ses photos: "Cartier-Bresson désapprouvait", note M. Moser, qui a tenu à exposer des planches contact des films "pour montrer comment elle retravaillait ses photos". Les images y gagnent parfois plus de force.

- "Pas d'intention politique" -

Sur l'une d'elles, deux gamins juchés sur une échelle, cigarette au bec, ont tout de mauvais garçons reproduisant le monde des adultes. Un cliché plus saisissant que ne l'était l'original dévoilé sur la planche contact: on y voit un troisième enfant, calmement assis, sans cigarette, qui donne à la scène un aspect ludique, beaucoup moins violent.

Nombre de photos renvoient à la pauvreté et la misère des populations frappées par la dépression économique. Mais ses clichés, souvent empreints malgré tout d'humour, "n'ont pas d'intention politique, elle ne présente pas les gens comme des victimes", pour M. Moser. Tout le contraire de ses photos du Mexique où elle se rend avec Cartier-Bresson et Walker Evans. "Elle veut alors rendre compte de la misère des gens", analyse le commissaire.

Helen Levitt s'intéresse au cinéma muet, son propre travail s'en inspire jusqu'à passer à son tour de l'image fixe au mouvement, toujours fidèle à son sujet de prédilection, les quartiers pauvres de New York

Nouveau changement au début des années 60 avec un retour à la photographie et un passage à la photo, diapositive, couleur. "Mais la plupart ont disparu après avoir été volées dans son appartement", souligne M. Mose.

Restent les archives des années 70. Des enfants et toujours l'humour, un côté irréel, comme la photo de cette fillette, accroupie entre trottoir et voiture, dont les bras et jambes font penser à une araignée: "Cette photo montre aussi comment l'espace de liberté qu'était la rue pour les enfants a disparu. Ils sont poussés dans un coin, la rue n'est plus leur aire de jeu", remarque Walter Moser.

Helen Levitt arrêtera la photo au début des années 1980.

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